Le couvre-feu est-il efficace ?
Le couvre-feu est-il efficace ?

Le couvre-feu est-il vraiment efficace ?

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Le couvre-feu est-il efficace ?

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Le couvre-feu est-il une mesure efficace pour lutter contre l'épidémie de Covid-19 ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

Ce sont désormais 54 départements qui sont contraints à un couvre-feu nocturne. Cette mesure drastique, expérimentée en Guyane au printemps dernier, avait conduit a réduire significativement le taux de reproduction du virus. Mais est-elle applicable à l'ensemble du territoire français ?

Pour répondre à cette question, nous avons interrogé Mircea Sofonea, maître de conférences en épidémiologie et évolution des maladies infectieuses à l'université de Montpellier.

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Le couvre-feu est-il efficace ?

Mircea Sofonea : "C'est une mesure qui risque évidemment de freiner la propagation du virus en France, étant donné qu'il s'agit de diminuer le nombre d'occasions où les personnes pourront se contaminer dans des contextes qui sont connus pour être des événements potentiels de contamination. En revanche, il n'existe pas à ce jour d'études qui permettent de dire que le couvre-feu aura un effet suffisant. Il existe en revanche une étude, un 'préprint', donc en fait une étude qui n'est pas encore expertisée et publiée ensuite dans les revues internationales à comité de lecture, qui a évalué qu'en Guyane, le nombre de reproduction du Sars-Cov 2, qui est donc le nombre moyen d'infectés secondaires par cas primaire, est passé de 1,7 à 1,1. suite à l'application du couvre-feu."

Le couvre-feu est-il applicable à tout le territoire ?

Mircea Sofonea : "Le problème, il est là, c'est-à-dire qu'il ne s'agit absolument pas du même territoire. Déjà, c'est un territoire qui est plus petit, qui n'a pas la même structure ni spatiale, ni en âge. Par ailleurs, c'était dans un contexte qui n'était pas météorologiquement identique. Donc, la transposition entre une baisse de 0,6 unité de nombre de reproduction en Guyane à ce qui est en train de se passer actuellement en France métropolitaine, c'est quand même difficilement faisable. Il faut attendre d'avoir davantage de données hospitalières pour trancher. "

Quand saura-t-on s'il est efficace ?

Mircea Sofonea : "Les premiers signes apparaissent généralement deux semaines après, puisque cela correspond à peu près au temps moyen qui s'écoule entre la contamination et les complications respiratoires, qui nécessitent souvent des soins critiques, c'est-à-dire la réanimation, des soins intensifs. Donc, en moyenne, il faut attendre 14 jours pour voir ce qu'on appelle une "cohorte". C'est donc les premiers infectés, qui ont été infectés dans un contexte post-application des mesures et qui arrivent dans les établissements de santé, dans les hôpitaux. Il faudra attendre plutôt trois semaines pour avoir suffisamment de données qui ont capturé la tendance épidémiologique post-application du couvre-feu. 

Les mesures prises depuis la rentrée n'ont eu aucun effet ?

Mircea Sofonea : "On a bien attendu 2-3 semaines pour regarder quel était l'effet des premières restrictions et on n'a pas vu d'effet, donc on ne peut pas dire que l'on n'a pas attendu suffisamment longtemps. C'est dire que ces restrictions-là ne sont pas suffisantes. Il y a eu des effets qui se sont surajoutés à cette baisse isolée de la transmission, mais des effets qui augmentent la transmission, typiquement la météo. Mais dès qu'il fait froid, les gens sont davantage à l'intérieur et le froid contribue à une transmission qui est accrue. On sait que dans le froid, par exemple, les gouttelettes qui contiennent les particules virales peuvent voyager plus loin parce que le froid est souvent associé à un air plus sec. Et donc, il y a une propagation qui se fait plus loin, contrairement à un contexte humide où les gouttes peuvent être plus lourdes parce qu'il y a de l'humidité autour, qui les charges en eau et donc qui ont tendance à tomber plus vite.

Pourtant l'automne a été humide...

Mircea Sofonea : "Les muqueuses du pharynx ou de la bouche et ensuite de la gorge sont des barrières naturelles contre les virus respiratoires. Lorsqu'il fait froid, ces muqueuses sont un peu moins actives, un peu moins efficaces pour empêcher l'entrée du virus. Mais il n'y a pas que ça. Il y a aussi l'effet "rentrée" puisque vous avez un moment très particulier qui, début septembre, est une reprise importante, scolaire, professionnelle. Beaucoup de personnes qui reviennent. C'est l'occasion de beaucoup de flux et de brassage. Et donc, cet effet rentrée a pu avoir lieu et compenser l'effet des restrictions qui ont été prises ici et là."

Pourquoi avoir décidé de limiter les moments de socialisation plutôt que les moments en entreprise ?

Mircea Sofonea : "Il y a une typologie établie par Santé Publique France chaque semaine avec le nombre de nouveaux clusters. Je vous donne un autre chiffre qui est paru hier soir, environ un quart, 26% exactement des nouveaux cas étaient des cas contacts.  Donc, trois quarts environ des nouveaux cas dépistés de Covid-19 en France ne sont reliés à aucun autre cas. On ne connaît pas la source. D'autre part, les clusters eux-mêmes, par la façon même dont ils sont définis, vont être surreprésentés dans les contextes dans lesquels il y a un suivi bien connu, les milieux scolaires ou les entreprises, les établissements médico-sociaux. Ce sont des contextes qui connaissent les mêmes usagers au quotidien et pour lesquels il y a une surveillance qui est facile à mettre en place. Ce n'est pas le cas des transports, donc c'est pour ça que les transports sont sous-représentés dans les clusters."

Et si le couvre-feu ne fonctionne pas ?

Mircea Sofonea : "Il risque quand même de fonctionner par endroits. Il y a des départements récemment inclus dans ce protocole qui risquent de connaître un aplatissement de leur courbe épidémiologique. Localement, on peut craindre qu'il soit nécessaire d'aller plus loin. Et ça, effectivement, à part aller dans un confinement au moins localisé et sur une durée courte pour éviter la saturation et de quelques quelques semaines... il n'y a pas vraiment d'autres d'autres solutions à l'heure actuelle parce que nous n'avons toujours pas de solution thérapeutique."

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