Le CSA démet Mathieu Gallet de la présidence de Radio France

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Le CSA démet Mathieu Gallet de la présidence de Radio France

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Affiche de grève à Radio France en avril 2015
Affiche de grève à Radio France en avril 2015
© Radio France

Après plus de 5 heures de délibéré, le Conseil supérieur de l'audiovisuel a révoqué le PDG de Radio France par un vote historique et unanime. Décision effective à compter du 1er mars prochain pour celui qui avait été condamné pour favoritisme à un an de prison avec sursis et avait fait appel.

Le communiqué de deux lignes du Conseil supérieur de l'audiovisuel est tombé à 15h12 ce mercredi, alors que les 7 membres du CSA étaient réunis depuis 9h30 dans la matinée. L'autorité de régulation a finalement choisi de démettre Mathieu Gallet de ses fonctions à Radio France, comme la loi le lui permet. Un choix à l'unanimité d'après une source en interne, malgré les audiences historiquement bonnes du groupe et une situation financière assainie, au prix du non-remplacement de départs "naturels" et d'efforts budgétaires. Mais le PDG de 41 ans avait été condamné mi janvier par le tribunal correctionnel de Créteil à un an de prison avec sursis et 20 000 euros d'amende pour des faits de favoritisme, du temps où il dirigeait l'INA, l'Institut National de l'Audiovisuel. Il a fait appel.

Cette décision inédite répond à une audition de 3 heures, lundi, du dirigeant et de ses 4 avocats. Elle entrera en vigueur le 1er mars prochain.

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"L'intérêt général" et le "bon fonctionnement du service public audiovisuel", "à l'exclusion de toute autre considération" 

Dans la motivation de sa décision, l'institution dont les membres sont désignés par l'Elysée, le Sénat et l'Assemblée met en avant "L'intérêt général" et le "bon fonctionnement du service public audiovisuel", "à l'exclusion de toute autre considération". Et de préciser que "pour assurer dans de bonnes conditions la gestion d'une société détenue à 100 % par l'Etat, il importe que les relations d'échange et de dialogue entre les représentants de l'Etat et le PDG de la société soient denses, confiantes et permanentes, dans un contexte de réforme majeure de l'audiovisuel public". 

Le Conseil relève aussi que le jugement de Mathieu Gallet a été rendu "dans un contexte où les questions de déontologie, de prévention des conflits d'intérêts et de moralisation de la vie publique sont des préoccupations particulièrement fortes des citoyens et des pouvoirs publics".

Le CSA récuse donc avoir cédé à une pression politique. 

Mais avec cette décision, garant de la moralité pour les uns, il peut paraître aux ordres de l’exécutif. Après un premier communiqué, la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, qui aurait été téléguidée par l'Elysée, avait en effet évoqué dans Le Monde " une situation inacceptable". Puis, sur RTL, la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, avait estimé que Mathieu Gallet "doit se poser la question" de sa démission (...) c'est à lui de mesurer à quel point, ou à quel moment, les questions éthiques doivent l'emporter, ou pas, sur les questions juridiques".

L'autorité de régulation préparerait avec cette révocation son avenir et celui de ses membres, au moment où ses attributions pourraient vite évoluer avec le projet de loi lancé par Emmanuel Macron. Son pouvoir de nommer et de révoquer les PDG de l'audiovisuel public est notamment dans la balance. Il passerait aux conseils d'administration des sociétés.

A la surprise de beaucoup, le CSA avait nommé Mathieu Gallet à l'unanimité en février 2014. Photo : le 7 octobre 2014
A la surprise de beaucoup, le CSA avait nommé Mathieu Gallet à l'unanimité en février 2014. Photo : le 7 octobre 2014
© Maxppp - Christophe Morin

"La pression de l'Etat plus forte"

Dans un communiqué, deux avocats de Mathieu Gallet, maîtres Christophe Ingrain et Rémi Lorrain, ont en revanche estimé que "La pression de l'Etat a été plus forte que la présomption d'innocence". "Cette atteinte aux droits est un mauvais signe pour chacun d'entre nous. Désormais, tout homme est présumé coupable jusqu'à ce qu'il prouve son innocence", ont-ils poursuivi. Maître Ingrain répond à Sébastien Sabiron :

Maître Ingrain regrette cette décision, marquée selon lui par "la pression de l'Etat"

47 sec

Les conseils du PDG démis n'ont pas encore indiqué s'ils déposeraient un recours auprès du Conseil d'Etat pour invalider la décision.

Invité de notre journal de 22h, l'ancien membre du CSA et ancien directeur de France Culture Patrice Gélinet a lui aussi regretté une pression politique, en particulier de Françoise Nyssen :

Patrice Gélinet : "La position du Conseil était extrêmement difficile en raison des prises de position de la ministre, en dictant sa décision au CSA"

5 min

Le Billet politique
3 min

L'exemplarité des dirigeants : "une condition absolue"

Dans un communiqué, la ministre de la Culture a remercié Mathieu Gallet de son engagement à la tête de Radio France. Mais elle a rappelé "la position très claire du gouvernement sur l’exemplarité nécessaire des dirigeants".  "C'est une condition absolue de bonne gouvernance et de légitimité des services publics et des acteurs qui en sont responsables.", a-t-elle souligné. Avant de conclure : "L'Etat actionnaire est aux côtés de la direction et des équipes de grande qualité de Radio France. Radio France est au cœur de notre réflexion et des travaux en cours sur la transformation de l’audiovisuel public."

L'inquiétude des syndicats

C'est dans un contexte social très tendu à Radio France que la nouvelle est tombée. Au moment où le chef de l'Etat et le gouvernement ont fait part publiquement de leur volonté de réformer en profondeur l'audiovisuel public, avec parmi les pistes un rapprochement entre la télévision et la radio. 

Ces derniers jours, aucun syndicat de la Maison ronde, sauf à demi mots la CGT (majoritaire), n'avait clairement souhaité le départ Mathieu Gallet. Dans leurs tracts, ils se disaient avant tout inquiets des exigences du pouvoir, soulignant l'excellent bilan de Radio France. Deux organisations sur sept, l'UNSA et la CGT avaient écrit au CSA pour contribuer à instruire son dossier, rappelant tout de même leur doute sur la légitimité de Mathieu Gallet depuis la grève historiquement longue de 2015. Cécile de Kervasdoué détaille comment ils ont réagi cet après-midi :

Les réactions des syndicats de Radio France, en particulier CGT, SUD et UNSA

2 min

Majoritaire chez les journalistes, le SNJ a demandé "l’interruption des discussions sur l'avenir de l'audiovisuel public jusqu'à ce que Radio France ait retrouvé un dirigeant légitime, aucun intérimaire ne pouvant raisonnablement engager l'avenir et l'existence même de l'entreprise". Valeria Emanuele, secrétaire nationale du syndicat, répond à Cécile de Kervasdoué :

Pour le SNJ, "tout cela est très compliqué, donc il nous paraît impossible de continuer cette réforme sans pdg de plein exercice"

1 min

Mathieu Gallet écoute Jean-Paul Quennesson, du syndicat SUD Radio France, le 20 mars 2015
Mathieu Gallet écoute Jean-Paul Quennesson, du syndicat SUD Radio France, le 20 mars 2015
© Radio France - Eric Chaverou

Et après Mathieu Gallet ?

D’après les statuts du groupe, c'est le doyen des administrateurs de Radio France nommés par le CSA qui va devoir assurer l'intérim. 

Il s'agit de Jean-Luc Vergne, 69 ans, ancien DRH de plusieurs grands groupes, comme Sanofi ou PSA, qui n'avait pas d'expérience de l'audiovisuel avant d'intégrer le conseil d'administration de Radio France, fin 2016. Mais cet amateur de rugby n'a pas encore précisé s'il accepterait.

Le CSA devra ensuite désigner un successeur à Mathieu Gallet. Un processus qui pourrait prendre plusieurs mois, d'autant que la mission s'annonce très délicate pour quelqu'un qui pourrait être remis en cause là encore par le projet de loi lancé par Emmanuel Macron.

Pendant ce temps, cette réforme de l'audiovisuel public avance justement à grands pas : une deuxième réunion est par exemple maintenue vendredi rue de Valois entre Françoise Nyssen et les PDG du secteur. Mathieu Gallet avait déjà prévenu de son absence il y a 10 jours. Il sera représenté.

Il a reporté ses vœux au personnel à lundi après-midi, avec un discours particulièrement attendu.

© Visactu