Le cyber est aussi une matière à romans

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Le cyber est aussi une matière à romans

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Les neuf romans présélectionnés par le jury du prix du roman cyber 2021 avec, au milieu, l'ouvrage primé : "Sauve-la" de Sylvain Forge, publié chez Fayard.
Les neuf romans présélectionnés par le jury du prix du roman cyber 2021 avec, au milieu, l'ouvrage primé : "Sauve-la" de Sylvain Forge, publié chez Fayard.
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Le prix du roman cyber est remis ce jeudi à Sylvain Forge pour “Sauve-la” (Fayard), une fiction avec le numérique en toile de fond. Ce nouveau prix littéraire créé par l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (ANSSI) vise à sensibiliser le public aux problématiques de cybersécurité.

Le premier lauréat du prix du roman cyber est Sylvain Forge : 50 ans, auteur de polar et de thriller, il est aussi expert en cybersécurité pour une agence publique à Nantes auprès d’entreprises et de la recherche publique. Son dernier roman, Sauve-la, publié chez Fayard, a été choisi par Agora 41, club de réflexion créé par l’ANSSI, pour recevoir la première édition de ce nouveau prix littéraire. L’autorité nationale en matière de cybersécurité fait preuve de créativité mais poursuit toujours le même but : sensibiliser les Français aux bonnes pratiques numériques, y compris de manière ludique via la fiction.

Le cyber ne doit pas être qu’un sujet anxiogène

“C’est une démarche disruptive qui peut enclencher des réactions bénéfiques”, résume en une formule Philippe Lavault. Cet ancien du ministère des Armées est arrivé en décembre 2017 à l’ANSSI comme chef des ressources extérieures de l’Agence. Avec la bénédiction de son directeur général, Guillaume Poupard, il a lancé ce nouveau prix littéraire : “Mon rôle est de positionner l’Agence dans des milieux où elle n’était pas présente”, explique-t-il. 

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Le cyber n’est pas qu’une affaire d’ingénieurs, de geeks ou de hackers à capuche : le cyber, c’est vous, c’est moi. C’est un sujet qui mérite l’attention de chacun.                                
Philippe Lavault, chef des ressources extérieures de l’ANSSI

Philippe Lavault avait commencé par lancer un club de réflexion, Agora 41, au sein de l’ANSSI. Un groupe de personnes bénévoles issues de la société et non spécialistes du cyber ou du numérique : des haut-fonctionnaires, des chefs d’entreprise, des spécialistes des infox, des sociologues, des anthropologues et même une ancienne astronaute (Claudie Haigneré). Cinq groupes de travail ont été créés dont un sur l’imaginaire : “Nous avions d’abord évoqué l’idée d’un jeu vidéo mais l’idée du prix littéraire s’est rapidement imposée”, raconte Philippe Lavault, qui cite les conseils reçus de Philippe Robinet, directeur-général des éditions Calmann-Lévy devenu l'un des membres du jury du prix du roman cyber Agora 41.

Pour ce premier prix, 19 romans ont été présentés par leur maison d’édition début juin. Ce nombre a été réduit à une présélection de 9 ouvrages par le jury, qui a finalement choisi 4 finalistes et un lauréat : Sylvain Forge pour Sauve-la, distingué pour “la qualité de son écriture et de son intrigue”, confie Philippe Lavault. De préciser : “Pour concourir, ces romans devaient avoir un pied de leur histoire dans le cyber mais pas forcément de façon prépondérante. Dans les ouvrages que nous avons reçus, le cyber était parfois un élément fondamental, dans les romans d’espionnage par exemple, ou un élément de fond plus poétique, comme dans l’ouvrage primé”.

"Un roman qui croise Matrix et ‘Sur la route de Madison’"

“C’est un roman qui traite de l’amour à l’heure des nouvelles technologies mais aussi de la mort et du deuil à l’ère d’internet”, explique Sylvain Forge, l’auteur de Sauve-la, “un roman qui croise Matrix et ‘Sur la route de Madison’”. Le romancier y raconte l’histoire d’Alexis, modeste employé d’assurance sur le point de se marier avec la fille de son patron, soudainement recontacté par son ancien amour, Clara, à travers une mystérieuse messagerie sur son téléphone.

Le récit est “cohérent avec la chose cyber” comme le souhaite les organisateurs du prix mais il permet d’aborder les bouleversements du monde numérique “à hauteur d’homme”, comme le souhaite l’auteur : “On peut écrire beaucoup d’histoires autour du numérique, un thème riche en dramaturgie, et mon but n’est pas d’expliquer comment fonctionnent ces nouvelles technologies, mais plutôt de parler de leurs conséquences dans nos vies”.

L’auteur aborde le sujet des traces numériques de plus en plus nombreuses que nous laissons au cours de nos vies et qui continuent d’exister après notre mort. “Ces données qui continuent d’être agitées par des algorithmes”, dit Sylvain Forge. 

Qui n’a jamais vu des vieux souvenirs remonter sur son fil d’actualités via l’algorithme d’un réseau social à l’occasion d’une date anniversaire ? Et parfois, la personne qui partageait ce souvenir n’est plus... D’ailleurs, je crois que tout le monde a déjà fait cette expérience particulière de remonter le fil d’un proche disparu.                              
Sylvain Forge, auteur de Sauve-la, prix du roman cyber 2021

Tous ces sujets sont des ressorts du roman où l’auteur ancre également son récit dans un réel que nous connaissons tous : les messages reçus d’expéditeurs inconnus, les traces que nous laissons et qui permettent de nous pister, mais aussi la confusion entre réel et virtuel… Autant de sujets que l’écrivain connaît fort bien dans le cadre de son autre métier, conseiller-expert en cybersécurité : “Il y a un travail considérable de pédagogie à effectuer et l’ANSSI met en œuvre une approche transversale pour y arriver”, salue Sylvain Forge. 

Et après la littérature, le cyber pourrait-il inspirer d’autres genres créatifs, comme les séries ? Au sein du jury du prix du roman cyber, on retrouve un certain Alex Berger, nul autre que le producteur du Bureau des Légendes...

Le reportage de la rédaction
4 min