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Le dessinateur Gotlib, père de Gai-Luron et Superdupont, est mort

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Marcel Gotlib en 2005.
Marcel Gotlib en 2005.
© AFP - François Guillot

L'auteur de bande dessinée Marcel Gotlib, père de Gai-Luron et Superdupont, créateur de la célèbre "Rubrique-à-brac", est mort ce dimanche 4 décembre, à l'âge de 82 ans.

De Marcel Gottlieb, dit Gotlib, on retiendra une profusion de personnages humoristiques. De sa coccinelle hyperactive au superman français Superdupont, en passant par l'inénarrable chien Gai-Luron et son compère Jujube, l'auteur de BD laisse derrière lui une galerie de protagonistes définitivement inscrits dans le champ de la bande dessinée franco-belge. Spécialiste de l'humour de répétition, Gotlib réinventait indéfiniment le même gag, à l'image de ses variations autour du personnage d'Isaac Newton.

Le Isaac Newton de Gotlib.
Le Isaac Newton de Gotlib.
- Dargaud - Gotlib

Né en 1934 de parents émigrés juifs hongrois, Gotlib perd son père à l'âge de 8 ans, déporté au camp de Buchenwald. En 2014, l'exposition "Les mondes de Gotlib", au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, s'était intéressé à la place de la religion dans l'oeuvre de Gotlib, lui-même juif athée et anticonformiste. Pour l'émission Talmudiques, la conservatrice Anne Hélène Hoog était venue raconter sa rencontre avec le dessinateur et son rapport à la religion dans sa bande dessinée :

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Réécoutez l'émission : Le judaïsme par la bande

Dans son autobiographie, "J'existe, je me suis rencontré" (Flammarion), Gotlib était revenu sur cette enfance particulière, pendant l'occupation, alors qu'il vivait caché avec sa sœur à Verneuil-sur-Seine. Dans ce récit, l'auteur racontait avec l'humour et la distance qu'on lui connaît son enfance puis son adolescence. En novembre dernier, il était venu dans l'émission "Fictions / Théâtre et compagnie" pour conter en personne ses jeunes années, avec un ton bien à lui, propre à ce spécialiste de l'humour :

Réécoutez l'émission : "J'existe, je me suis rencontré" de Gotlib.

"Petite mère, aujourd'hui j'ai 32 ans, il est grand temps que tu me révèles ce que père disait quand je dessinais des graffitis aux crayons de couleur sur le murs. J'ai eu ainsi la solution de l'énigme : "Laisse-le faire, lui disait-il. Dimanche, je lessiverai le papier". Le fait est que mes gravures rupestres disparaissaient régulièrement, comme par magie. Je disposais toujours de belles surfaces bien propres pour recommencer à tout dégueulasser. Ça aurait dû me mettre la puce à l'oreille mais quand on est môme les critères de jugement en matière de rapport cause-effet sont très primaires."

C'est après son service militaire que Gotlib se met véritablement au dessin. Dans les années 1960, avec son Gai-Luron, dans Pif , il importe en France l'humour décalé et absurde anglo-saxon. En 1967, de sa rencontre avec Goscinny naissent les "Dingodossiers", créés pour la revue "Pilote". Mais c'est avec "La Rubrique-à-brac", en 1968, que le dessinateur révèle toute l'étendue son talent.

Rubriques-à-brac en adaptation radio

En septembre 2014, France Culture avait porté à la radio les personnages hauts-en-couleur de Gotlib, les classiques, mais aussi le fameux "fou qui attrape l'échelle" ou le Commissaire Bougret. Un exercice rendu possible, en l'absence de dessin, par la plume de Gotlib, évocatrice, à la fois critique, ironique, poétique et tendre.

Réécoutez : Rubriques à brac et Trucs en vrac

"Les amis, en voici une savoureuse ! Un insensé se livre à l'occupation d'enduire son plafond d'une couleur de blanc gélatineux. Sur ces entrefaites arrive un de ses amis, insensé également. Celui-ci considérant le premier, de lui dire d'un ton pénétré : "Ohé l'ami, accroche-toi au pinceau, j'ôte l'échelle !" Cocasse non ?"

Gotlib s'était inscrit d'autant plus durablement dans le paysage de la bande dessinée qu'il a créé, en 1972, avec les auteurs Claire Brétécher et Mandryka, "L'Écho des savanes", revue phare de la nouvelle bande dessinée, puis, en 1975, "Fluide glacial".

Véritable influence dans le monde de la bande dessinée, encore considérée comme un art mineur lorsqu'il en était à ses débuts, sa carrière avait été couronnée, en 1991, du Grand Prix du Salon international de la bande dessinée d'Angoulême. Il était, depuis 1992, le président de ce festival.