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Le dessinateur Pierre Le-Tan est mort

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Pierre Le-Tan au Musée national d'art moderne de Madrid, qui lui consacrait une rétrospective en 2004.
Pierre Le-Tan au Musée national d'art moderne de Madrid, qui lui consacrait une rétrospective en 2004.
© Maxppp - J.L. Pino/EFE/Newscom

Disparition . Il avait dessiné pour les magazines les plus prestigieux, signé avec des marques de luxe et illustré les romans de grands écrivains contemporains, comme Patrick Modiano et Umberto Pasti. L’illustrateur Pierre Le-Tan est décédé ce mardi 17 septembre, à l’âge de 69 ans.

Il avait débuté sa carrière en dessinant les couvertures du New Yorker à l’âge de 19 ans, et avait illustré les romans de grands écrivains contemporains, comme Patrick Modiano ou Umberto Pasti. L’illustrateur Pierre Le-Tan est décédé ce mardi 17 septembre, à l’âge de 69 ans. Réécoutez-le dans l'émission "Du jour au lendemain" en 2013, répondre au micro d'Alain Veinstein.

Le dessin dans le sang

Fils du peintre vietnamien Le Pho, Pierre Le-Tan grandit dans un milieu bourgeois et artistique. Né à Neuilly-sur-Seine en 1950, ses parents le traînent très tôt dans les musées et le petit Pierre passe du temps à contempler les portraits de femmes réalisés à l’encre de Chine par son père. Autodidacte, il apprend le dessin seul dans son coin. À dix-sept ans, il envoie ses premiers dessins au prestigieux journal New Yorker, sur les conseils de sa mère. Deux jours plus tard, il fait la couverture de deux numéros du New Yorker, réalisées à l’encre de Chine et l’aquarelle. "Très tôt, j’ai su que, pour moi, c’était cela et pas autre chose : le dessin, et ma collection d’objets d’art", expliquait-il au Monde en 2013. 

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Illustrations "littéraires"

The New York Times, Vogue, Harper’s Bazaar, Madame Le Figaro… Pierre Le-Tan devient alors l’un des plus célèbres dessinateurs de presse magazine, aux côtés de Sempé et Steinberg. Tout au long de sa carrière, il garde le même trait, discret et joyeux, qui ravit aussi bien la presse que les écrivains. Dans les années 1980, il illustre deux textes de son ami Patrick Modiano, Memory Lane et Poupée blonde : "J'ai beaucoup d'amis écrivains. J'ai plus d'affinités avec les écrivains que les artistes, que je ne fréquente pas vraiment. Avec Modiano, on avait beaucoup de souvenirs en commun. Mon père avait bien connu ses parents, on s'intéressait à la même époque, aux mêmes ambiances", confiait-il au micro d’Alain Veinstein dans l’émission  "Du jour au lendemain", sur France Culture, en  2013.

Collaboration avec les maisons de luxe 

Il collabore avec de grandes enseignes et des marques de luxe, comme les Galeries Lafayettes, Gucci, ou encore Lanvin. Il travaillait également avec sa fille, la créatrice de mode Olympia Le-Tan, pour qui il réalisait des tissus pour confectionner des sacs à main. En 1997, il avait réalisé les décors de Quadrille, film de Valérie Lemercier. Le Musée national d'art moderne de Madrid lui avait consacré une rétrospective en 2004. 

Dans un communiqué, les éditions Stock ont salué la mémoire de ce dessinateur et "collectionneur exceptionnel", doté d'une "érudition rare". Pierre Le-Tan venait d'achever son dernier ouvrage Paris de ma jeunesse, préfacé par son ami Patrick Modiano, dans lequel il évoque à travers textes et dessins en noir et blanc quelques lieux et quelques figures qui ont marqué son enfance et sa jeunesse parisienne. L'album sera publié en novembre prochain.

En 2013, Alain Veinstein recevait  Pierre Le-Tan dans l'émission "Du jour au lendemain" sur France Culture, pour évoquer évoque son parcours d'artiste, ses collaborations et ses inspirations. Le dessinateur évoquait son enfance au sein d'une famille artiste bohème, sa passion pour les collections et sa timidité : 

En savoir plus : Pierre Le-Tan : "Le dessin est mon meilleur moyen d'expression"

Je collectionne depuis l'enfance, de vice, de maladie, et en même temps de plaisir. C'est indispensable pour moi. J'ai toujours de la sympathie pour d'autres collectionneurs. Pierre Le-Tan

Je préfère travailler en retrait. Mais j'aime avoir la pression de devoir faire quelque chose en peu de temps. Pierre Le-Tan

En 2013, il publie l'ouvre Quelques collectionneurs aux éditions Flammarion, une activité pour laquelle il se passionne depuis longtemps. Aujourd'hui, il collectionne de façon compulsive. Dans son appartement s’accumulent les estampes, les porcelaines, les boîtes laquées japonaises : 

Mon père m'a donné le goût du dessin et d'être un collectionneur. Aujourd'hui, je collectionne des bouts de porcelaine fissurées... C'est peut être un peu ridicule. J'allais au musée voir des expositions, chez les antiquaires... Je suivais mes parents. Je fréquentais les amis de mes parents, et tout ça m'a plongé dans ce milieu. Et je n'ai pas changé Pierre Le-Tan

Aujourd'hui, la timidité est toujours là, et aussi la nostalgie des périodes révolues. Pierre Le-Tan