Publicité

Le dessinateur Richard Corben, maître de l’illustration fantastique, est mort

Par
Richard Corben
Richard Corben
- Dona Corben

Ce maître de l’illustration fantastique et gore au graphisme singulier, qui s'est fait connaître dans les années 70 avec sa série "Den", est mort le 2 décembre à l'âge de 80 ans. Il avait été récompensé, en 2018, par le festival de bande dessinée d'Angoulême pour l'ensemble de son œuvre.

Peu connu du grand public, Richard Corben, référence dans l'univers des comics américains, est mort le 2 décembre, à l'âge de 80 ans, a annoncé Delirium, son éditeur en France. Diplômé du Kansas City Art Institute, cet illustrateur s'était d'abord lancé dans la science-fiction et l'horreur dans des magazines comme Creepy ou Vampirella

En 2018, considéré comme l'outsider, Richard Corben avait remporté Le Grand Prix de la ville d'Angoulême pour l'ensemble de son œuvre, face à l'américain Chris Ware et au français Emmanuel Guibert. Il avait déjà obtenu, en 1976, le prix du dessinateur étranger du festival.

Publicité

Les débuts à "Métal Hurlant"

Le style de Richard Corben est très anti-académique.
Le style de Richard Corben est très anti-académique.
- Comics USA

En France, Richard Corben se fait surtout connaître lors de la sortie du magazine Métal Hurlant, lancé notamment par l'auteur Jean Giraud, ou Moebius, en 1975. Il fait parvenir au tout nouveau magazine plusieurs planches, parmi lesquelles les illustrations de ce qui deviendra sa série phare : la saga de Den, l'histoire d'un jeune homme frêle qui devient un guerrier extrêmement puissant dans un autre univers. 

En janvier 2005, dans l'émission A Voix Nue, Jean Giraud revenait sur la création de ce magazine consacré à la bande dessinée de science-fiction, tremplin d'un bon nombre d'auteurs de la BD contemporaine : "C'était un laboratoire fantastique, pas pour moi mais pour toute la bande de Moebius, si j'ose dire. Pour toute une génération, et tous ceux qui poussaient derrière, les jeunes gens qui devenaient de plus en plus vite opérationnels et qui apportaient leurs premières histoires. On était extrêmement excitants, de l'Europe entière arrivaient des dessinateurs qui tenaient absolument à être édités à Métal Hurlant" : 

Jean Giraud - Moebius (A Voix Nue, 26/01/2005)

24 min

Mauvais genres
1h 01

Richard Corben se distingue rapidement par un style graphique très personnel, non-académique, à la fois extrêmement réaliste, présentant des personnages aux silhouettes musclées et à la plastique trop parfaite dessinés à l'aérographe, mais contrastés grâce à des couleurs très vives et colorées.

"C'est quelqu'un qui a un dessin que personne ne peut imiter, c'est un dessin-monde, une projection mentale de son auteur, précisait Stéphane Beaujean, le directeur artistique du festival d'Angoulême, au micro de Tewfik Hakem dans le journal de 18h, sur France Culture. Il se caractérise par son esthétique absolument unique, avec des Golgoth protéiformes extrêmement musclés qui vivent des aventures délirantes, avec un dessin extrêmement coloré. Pour les dessinateurs c'est hallucinant, ils ne comprennent pas comment il produit ces dessins et ces couleurs parce qu'en fait il a dans sa tête un système de quadrichomie qu'il reproduit dans son garage, et ça personne ne sait le faire" : 

Stéphane Beaujean, à propos de Richard Corben (Le Journal de 18h30, 24/01/2018)

3 min

Une planche de la "Saga de Den".
Une planche de la "Saga de Den".
- ©Les Humanoïdes Associés

Richard Corben devient rapidement une référence du magazine Métal Hurlant, et passe d'ailleurs à la version américaine du magazine : Heavy Metal. En parallèle, il participe à l'illustration de nombreux grands noms du comics américain au rang desquels : Hellblazer, Hulk, The Punisher, Hell Boy, Swamp Thing, la créature popularisée par Alan Moore, ou encore Ghost Rider et Batman.

Grand amateur du genre horrifique, il réalise également chez Marvel, en 2006, une trilogie très graphique, en noir et blanc, intitulée Edgar Allan Poe’s Haunt of Horror. Deux ans plus tard, il adapte neuf nouvelles de Lovecraft dans Haunt of Horror : Lovecraft

A réécouter : en 1982, Pierre Michael lisait la nouvelle d’Edgar Allan Poe "L'Ange du bizarre" (1844) dans la traduction de Charles Baudelaire. : "L'Ange du bizarre", d’Edgar Allan Poe, une lecture de Pierre Michael
Les Nuits de France Culture
31 min

Plus récemment, l'auteur s'était surtout consacré à Starr the Slayer (2009), sorte de Conan le Barbare où il semblait se dépeindre, à travers le personnage de Len Caron, comme un écrivain vieillissant, souvent en mal d'inspiration. 

Invité de La Grande Table, Emmanuel Guibert, un des trois finalistes du festival d'Angoulême, estimait que Richard Corben était sans doute plus légitime pour remporter le prix : "Richard Corben a 77 ans. Il était sous mes sapins de Noël quand j’avais 16 ans. C’est quelqu’un à qui je tirerais volontiers mon chapeau en lui affectant un prix à un âge où on est content de les avoir" :