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Le directeur des Rencontres d'Arles Sam Stourdzé nommé à la Villa Médicis

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Sam Stourdzé, 47 ans, a été choisi pour diriger la Villa Médicis à partir de l'été 2020. Il était directeur des Rencontres de la photo d'Arles (photo prise lors de ce festival en 2017).
Sam Stourdzé, 47 ans, a été choisi pour diriger la Villa Médicis à partir de l'été 2020. Il était directeur des Rencontres de la photo d'Arles (photo prise lors de ce festival en 2017).
© AFP - Bertrand Langlois

le fil culture. Après une longue attente de dix-huit mois, l'Académie de France à Rome connaît enfin le nom de son futur directeur. Le patron des Rencontres de la photographie d'Arles, Sam Stourdzé, a été choisi par l'Elysée et le ministère de la Culture pour prendre la direction de la prestigieuse institution.

La vénérable maison n'avait plus de directeur attitré depuis septembre 2018 : ce très long entre-deux s'est donc achevé ce vendredi 6 mars avec la nomination de Sam Stourdzé à la Villa Médicis, qui prendra ses fonctions cet été. Sur proposition de Franck Riester, ministre de la Culture, le président de la République a choisi ce spécialiste de la photographie âgé de 47 ans. 

Une si longue attente

La Villa Médicis de nos jours (photo prise en 2018). La résidence accueille chaque année une vingtaine de créateurs sélectionnés lors d'un concours. Les candidats retenus deviennent pensionnaires pendant une année pour mener à bien leur projet.
La Villa Médicis de nos jours (photo prise en 2018). La résidence accueille chaque année une vingtaine de créateurs sélectionnés lors d'un concours. Les candidats retenus deviennent pensionnaires pendant une année pour mener à bien leur projet.
© AFP - Aglileo Collection / Aurimages

Il aura fallu patienter 18 mois pour connaître le nom du prochain directeur. Un délai inhabituel pour une institution aussi prestigieuse, la plus ancienne des résidences françaises d'artistes à l'étranger. Créée en 1666 sous l'impulsion de Colbert et du Bernin, l'Académie de France à Rome donnait la possibilité à de jeunes artistes pensionnés par le roi Louis XIV d'aller parfaire leur formation au contact de l'Italie. L'institution a occupé différents palais avant de s'installer définitivement à la Villa Médicis, en 1803, sur la colline du Pincio.

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Une longue histoire perturbée ces dernières années. L'ambiance a été pour le moins crispée après le passage de la précédente directrice, Muriel Mayette-Holtz, ex administratrice de la Comédie-Française entre 2006 et 2014. Accusée par plusieurs pensionnaires d'humilier le personnel et de négliger les artistes en instaurant un système de favoritisme, elle n'a effectué qu'un seul mandat qui s'est achevé en septembre 2018. Depuis, l'intérim a été assuré par Stéphane Gaillard, énarque, qui était candidat à la succession mais n'a pas été choisi.

L'Élysée et la rue de Valois lui ont préféré Sam Stourdzé, qui a construit toute sa carrière autour de l'image. Né en 1973, il a étudié l'économie et l'histoire de l'art à la Sorbonne puis l'anglais langue étrangère à l'université de Berkeley. "Spécialiste de l'image contemporaine, des relations entre art et cinéma, il a été commissaire de nombreuses expositions et auteur de plusieurs ouvrages de référence", précise le ministère de la Culture dans son communiqué de nomination.

Sam Stourdzé connaît bien la Villa Médicis car il en a été pensionnaire entre 2007 et 2008 en section cinéma. A Rome alors, il a travaillé sur un projet autour de Federico Fellini, qui a donné lieu à une grande exposition consacrée au cinéaste italien, présentée dans plus de 15 villes européennes et qui aboutit à une rétrospective de ses films à la Cinémathèque française. Par la suite, il a dirigé le musée de l'Élysée à Lausanne de 2010 à 2014 puis a pris les rênes des Rencontres de la photographie d'Arles de 2014 à aujourd'hui. Sous sa direction, la fréquentation a augmenté et ce rendez-vous s'est ouvert sur l'international, via notamment une version chinoise du festival à Xiamen.

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Remplir les missions fixées par Colbert et Malraux

Gravure de 1761 représentant la Villa Médicis et son jardin. L'Académie de France à Rome s'y est installé en 1803 et n'a plus bougé depuis.
Gravure de 1761 représentant la Villa Médicis et son jardin. L'Académie de France à Rome s'y est installé en 1803 et n'a plus bougé depuis.
© Getty - DEA / ICAS94 / Giuseppe Vasi

À la tête de l'institution, le nouveau directeur aura deux missions principales, statutaires et fixées par le ministère de la Culture : la première, voulue par Colbert au XVIIe siècle, consiste à offrir un cadre idéal à la vingtaine d'artistes accueillis chaque année en résidence. La promotion actuelle compte de nombreuses métiers : photographe, plasticien, scénariste, compositeur, historien de l'art, écrivain, architecte, auteur de bande dessinée, designer... Ils bénéficient de conditions privilégiées pour mener à bien leur projet : logés dans l'écrin magnifique du palais, ils disposent chacun d'un atelier, de 3 500 euros par mois pendant un an et peuvent accueillir leur famille. Un budget supplémentaire peut aussi être débloqué en fonction du projet.

Le photographe Samuel Gratacap, actuellement résident, témoigne :

Je suis arrivé par la photo à la Villa Médicis et je vais en ressortir avec un projet de film. C'est aussi cela que nous permet un lieu comme celui-ci. Ce sont des conditions de production et de résidence qu'on aura difficilement deux fois dans notre vie. Par ailleurs, en répondant à vos questions en ce moment, je suis dans le jardin de la Villa... On a vraiment l'une des plus belles vues sur Rome.

L'autre mission est celle qui a été donnée par André Malraux en 1970 et qui vise à ouvrir le palais sur l'extérieur. Car la Villa Médicis, en plus d'être une résidence d'artiste, est un lieu d'exposition ouvert sur Rome, l'Italie et la scène culturelle locale. L'Élysée souhaite enfin que l'institution s'ouvre à plus de diversité sociale, culturelle, européenne et laisse plus de place à la jeunesse, notamment via des partenariats avec d'autres institutions sur le continent.

Le nouveau directeur a accordé une interview à France Culture, au micro de Maxime Tellier :

Sam Stourdzé : "Très heureux et humble face à la mesure de la tache"

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Ma mission va consister à écouter, rencontrer, comprendre. C'est un lieu que je connais puisque j'y ai été pensionnaire il y a une douzaine d'années. C'est un lieu formidable, il y a peu d'endroits où vous pouvez accueillir des créateurs, auteurs, artistes et leur ouvrir un lieu de désintéressement. Un moment où pendant un an, vous pouvez de manière complètement désintéressé réfléchir, travailler, penser, créer. Il faut aussi que ce moment soit un moment d'action, de mise en réseau, d'ébullition, de mise en échange.

Pour beaucoup de pensionnaires, la liste est prestigieuse, c'est un moment absolument unique. Mais pour d'autres, on a l'impression que cette chance est pas complètement saisie. C'est à l'institution de s'assurer que cette chance est saisie par tous.

La culture fait partie du soft power français, oui. Mais il faut rester là où on l'on est. La Villa Médicis est un lieu de rayonnement de la culture française et oui, la culture française a quelque chose à dire, une voix à porter haut et ce message peut rayonner, être audible de par le monde. Je serai particulièrement attentif à ce que ces messages rayonnent mais aussi à la mise en réseau de la Villa Médicis au sein d'un réseau européen. Aujourd'hui, faire rayonner la culture entre la France et l'Italie, c'est promouvoir l'idée européenne, une idée importante qu'il faut défendre aujourd'hui.

Sam Stourdzé, nouveau directeur de la Villa Médicis

5 min