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Le faible rôle de l’État dans l’évolution de la langue française

Par
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- MRSH Caen

Dans la grande tradition républicaine, l'histoire de la langue française est surtout le fait de l'état et de la grande littérature. Le français entre dans la vie de la Nation au IXe siècle (Serments de Strasbourg 843), et s'élabore progressivement au cours du moyen âge sous la plume de poètes, chroniqueurs et administrateurs. Il est pris directement en main, à la Renaissance, par une monarchie qui vise, d'un côté, l'anéantissement des dialectes (Villers-Cotterêts 1539), et, de l'autre, la création d'une langue classique modèle de logique, de clarté et d'élégance (Académie française 1637). Cette grande tâche fut menée à bien par les grammairiens et grands auteurs de l'Ancien Régime, mais il a fallu la Révolution et surtout la Troisième République, pour que la population générale puisse en bénéficier. Le grand regret de nos jours c'est que ce précieux héritage national soit si souvent négligé et défiguré...

© MRSH Caen

Tout cela serait bien beau, si cet héritage national donnait une vision quelque peu réaliste du passé de la langue. Peut-on réduire le français à la seule langue officielle, à la belle langue ? Les millions de Français ordinaires n'ont-ils joué aucun rôle dans l'évolution de leurs propres façons de parler ? Chacun sait que le français est issu non pas de la belle langue latine, du latin officiel, mais du latin parlé par des millions de Romains ordinaires. Qu'en serait-il d'une histoire du français qui mette au milieu de la scène les locuteurs français ordinaires, agissant collectivement et inconsciemment ? On y verrait une réduction du rôle de l'état et des grands auteurs, mais le résultat ne serait-il pas plus conforme à ce que nous savons aujourd'hui sur les modalités du changement linguistique ?

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Cette manifestation a été organisée dans le cadre de la conférence annuelle de l’Association for French Language Studies (AFLS,) organisée par le CRISCO du 17 au 19 juin 2015 : La linguistique du français vernaculaire : analyses synchroniques, perspectives diachroniques et applications didactiques.

Anthony Lodge est, depuis 2008, professeur émerite de linguistique française à l’Université de Saint-Andrews (R-U). Il a enseigné la linguistique française dans trois universités britanniques – Aberdeen (1967-1984), Newcastle (1984-1995), Saint Andrews (1995-2008). Tout au long de sa carrière il s’est intéressé à l’enseignement du français langue étrangère (publ. * Le Français en faculté -1979) et à l’édition de textes médiévaux (publ.* Le Livre des Manières d’Etienne de Fougères* - 1979, * The Earliest Branches of the Roman de Renart* - 2001). Il s’est intéressé également à la langue occitane, et en particulier aux archives médiévales de Montferrand (Puy-de-Dôme) (publ. * Les comptes des consuls de Montferrand* -1985, 2006, 2010). En linguistique historique il a publié deux ouvrages importants – * Le Français. Histoire d’un dialecte devenu langue* (1997) et * A Sociolinguistic History of Parisian French* (2004). Avec Jacques Durand et Richard Towell il a fondé en 1989 la revue * Journal of French Language Studies* (CUP).*