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LE FRANÇAIS SUR LES ONDES

LE FRANÇAIS SUR LES ONDES

Recueil de couacs ordinaires

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** Jacques Rozenblum**

Avant propos

Il fallait un « fou » de phonétique et de vocabulaire pour entreprendre le recensement des fautes, inexactitudes, pataquès et autres « velours » qui sont au professionnel de radio ce que le nid de poule est à l’automobiliste pressé.

Amoureux du bien parler français depuis que notre langue s’est substituée au russe de son enfance, Jacques Rozenblum s’est livré à un travail de bénédictin, traquant jour après jour le couac radiophonique, montrant, non sans humour et avec exemples à l’appui, que nous sommes tous, gens de radio, confrontés en permanence à des choix linguistiques et phonétiques parfois périlleux.

Voici donc le résultat de son travail. Qu’il en soit fait bon usage à l’antenne et, pourquoi pas, hors antenne.

Si tu ne viens pas à Lagardère….

Verba volant, s*cripta manent * avaient déjà constaté les Anciens. Eh oui ! si les écrits restent les paroles s’envolent, car comme dirait l’autre…, elles ne sont pas un produit de « longue conversation ». Aussi, les maladresses, inexactitudes, écarts, incorrections, impropriétés et autres maux dont les paroles peuvent être affectées lorsque fourche la langue, retombent généralement dans l’oubli aussi vite que postillons au vent. Pourtant, au cours de leur fugace survol de l’agora par la grâce du tam-tam médiatique, ces mots malheureux, amplifiés par haut-parleurs, peuvent au passage écorcher quelques oreilles, ce qui nuit gravement à la transmission du message radio. Mais surtout, les médias et notamment les ondes ont du point de vue de l’usage langagier une responsabilité pédagogique car, qu’ils le veuillent ou non, ce sont des créateurs de normes d’expression et de prononciation. Lorsque pour se mettre au niveau de son public, le journaliste répercute consciemment ou pas une erreur, il la valide ipso facto, la ratifie et lui donne pour ainsi dire une légitimité publique. Le langage médiatique a en effet acquis, à tort ou à raison, un statut de référence.

À l’oral, le français est certes très différent de sa version écrite. Malheureusement pour les « orthogaffeurs », pour ceux qui sont fâch*er * avecles conjugaisons, il arrive parfois que l’orthographe et la grammaire soient audibles. Il arrive même de rencontrer parmi ces maladroits… des journalistes de l’audiovisuel. Tout « radioteur » sait d’instinct que s’il lui vient par exemple l’idée saugrenue de citer *Le Bossu * : « Et si tu ne viens pas à Lagardère… », il prend le risque d’une liaison dangereuse en fin de citation. C’est donc précisément à ces professionnels que ce recueil s’adresse.

Il ne s’agit ici ni d’un manuel ni d’un bréviaire mais d’un vade-mecum, d’un mémento, d’un répertoire, d’un guide du bon usage à l’intention des journalistes de radio francophones, par définition pressés. Ce simple aide-mémoire ne prétend pas être exhaustif. Il se contente de recenser et de corriger les emplois discutables, voire fautifs, les plus couramment entendus sur les ondes. Ce « pense-pas-bête » s’appuie sur le remarquable travail de Nicole Gendry qui depuis des années veille au grain avec l’aide des auditeurs dans sa rubrique « langue française » de La Lettre * du CSA* . Enfin, ce répertoire est l’héritier direct du lexique établi voilà un quart de siècle par Roland Godiveau sur la base de son expérience à la tête du défunt Secrétariat permanent du langage de l’audiovisuel. Jusqu’à sa disparition en 1979, cet organisme de l’ex-ORTF comptait un effectif d’une vingtaine de personnes, assurait une publication hebdomadaire et offrait notamment aux journalistes une permanence téléphonique pour dépannages linguistiques en urgence. C’était décidément une autre époque.

Jacques Rozenblum

sommaire

I - LE PHONÉTIQUEMENT CORRECT. 6

A - Petits mots mal embouchés. 6

  1. MALENTENDUS ET MALENTENDANTS.. 6
  2. CONTREPETS, LAPSUS ET PATAQUÈS.. 10
  3. MONTPEULIER, MONTPÉLIER ou MONTPEYÉ ?. 11
  4. EXERCICES DE PRONONCIATION.. 13

B - L’automne à Beijing. 14

  1. MOTS DES RÅTEAUX (QUANT À BILER) ! 14
  2. MOTS DITS FRANÇAIS ! 16
  3. NOMS DE PAYS SUR L’INTERNET. 21

C - Liaisons dangereuses : il est hué à la tribune. 22

  1. LIAISONS z’ OBLIGATOIRES. 22
  1. LIAISONS FACULTATIVES. 23
  2. LIAISONS t’ INTERDITES (OU DÉCONSEILLÉES) 24
  1. DES CHIFFRES ET DES LETTRES. 27

II - L’ANGLO-RICANOMANIE.. 29

A – French spoken. 29

B – Les mots pètent chaud : équivalents franglish-français. 32

C – Livres et liens. 38

III - LES MOTS ET LES CHOSES.. 39

A - À tort ou de travers. 40

B - Quiproquos, méprises, confusions…... 43

C - Drôle de genre. 48

IV - ANNEXES.. 51

A – Dictionnaires et lexiques en ligne. 51

  1. GĒNĒRALITĒS. 51
  2. AIDES À LA RĒDACTION. 52

B – Féminisation. 53

C – Curiosités linguistiques. 53

D – Jeux. 54

I - LE PHONÉTIQUEMENT CORRECT

A - Petits mots mal embouchés
1. MALENTENDUS ET MALENTENDANTS
abas ourdir ne relevant pas de la surdité se prononce très logiquement *abaz ourdir * et non pas abass ourdir , le s se trouvant entre deux voyelles (il en va de même pour carrousel).

agenda étant un mot latin se prononce ajin da et non pas *ajanda. * Il en est de même pour consensus, référendum, modus vivendi, etc.

allègre ment et pas allègré ment .

août n’avait classiquement qu’une seule prononciation correcte : ou ,le a inaugural tout comme le t final étant muets (juin, lui, se prononce comme il s’écrit et non pas jou in ). Aujourd’hui, la prononciation **outte ** est admise. En revanche, pour aoûtat, on dira a-ou-ta et pour aoûtien, a-ou-si-in.

argu er a trois syllabes, pas deux, et se prononce ar-gu-er en faisant sonner l’**u ** comme dans argument ou argutie.

bœuf un *beuf, * des *beu * ; un (œuf) euf , des *eu * (mais un veuf, des veufs).

commentaire ne se vante pas de sa consomme double. En règle générale, dans les cas de redoublement, la prononciation d’une seule consonne suffit.

damdans *au grand dam * se prononce habituellement *dame * (admis), mais il faut savoir que la prononciation la plus orthodoxe est *dan * , le mot étant d’origine flamande.

damn é se prononce *da * et non pas dam-n é (damned !).en revanche :

indemn e se prononce indem-n e et non pas indème .

de (facto), de même que dans toutes les expressions latines similaires (de jure de visu, etc.), la voyelle e s’écrit sans accent mais se prononcé é ** :dé ** facto mais aussi *vissé -versa* , etc.

dégingandé se prononce *déjingan dé * et non pas guingan .

détritus fait siffler son s final.

dilemme, à l’écrit comme à l’oral, et non pas dilemn e .

dompteur est « exanté » du p et se prononce donc donteur .

l’ajout d’un e ** ou d’un eu est une dérive fréquente à la fin des mots (matcheu ** en directeu ** du Parque ** des Princes, à l’Oueste de Paris, avecqueu Maxe Dupont et Marke Durand). Ce tic affecte également les mots qui finissent par un e en principe muet (reconnaissanceu, ** l’Europeu** , l’action internationaleu ). Il arrive même qu’on le retrouve à l’intérieur des mots (lorse que).

enre gistrement ne se prononce pas enré gistrement.

enthousiasme est trop souvent prononcé antousiaz me , alors qu’il faut dire *antouzias me. * Il en est de même pour tous les mots en asme ou en isme.

excuse évite l’eksploit de s’esk user de façon ineksk usabl e que c’en est une véritable *ekspedition. *

fait se dispense de faire sonner son t pour qu’on le distingue de faîte, sauf dans les locutions : en fait, au fait, le fait est.

idéalism e se prononce en toutes lettres sans « grain de z » (à noter que l’amollissement du s en z ** dans les mots en isme : réalizm** e, socializm e, touriz me, fétichiz me, paroxyz me… ou dans les noms propres, Iz raël, tient plus du zézaiement que d’autre chose).

flux n’est pas classé x et se prononce donc sans sa finale.

fusili er dans fusilier marin se prononce en toutes lettres de façon à ne pas être confondu avec fusillé (à noter que la réduction du l ** dit mouillé en y ** commedans miy on pour million ou miy eu pour milieu est un défaut trop fréquent).

gageu re se prononce gaju r (le e muet n’étant là que pour empêcher de prononcer gu ) pour le différencier de gageur (d’ailleurs, pour éviter toute ambiguïté, gageure peut désormais s’écrire également gageüre).

g le se prononce en français standard jaule et non pas jéole comme à Toulouse.

gent dans le sens de genre, espèce, est un substantif féminin qui se prononce en principe comme Jean (sans le t). * Mais lorsque le quiproquo est possible comme dans la gent * (l’agent) masculine , on peut prononcer le t afin d’éviter toute confusion.gestion conserve son t en toutes circonstances et n’aime pas se laisser amollir en *gession. *

guet-apens se prononce guetapan et non pas guetapince.

inexpugn able est dur du g et se prononce donc inekspug-nable.

j ne se prononce avec un eu fermé de façon à se distinguer de jeune (sans accent circonflexe) qui se prononce avec un eu ouvert .

jun gle se prononce jin gle aujourd’hui et non plus jon gle comme le recommandait naguère l’Académie (idem pour junte).

magn at se prononce soit mani a comme magnanime soit mag-n a comme magnum, magnificat, diagnostic, gnome, gnou, pugnace, stagner, inexpugnable, recognition.

moins se prononce en français standard sans le s final : mwin, contrairement à ce qui se dit dans le sud de la France.

mœurs se prononce en français soutenu sans le **s ** final comme dans cœurs.

mots dont aucune lettre ne se prononce : aient, an, anche, au, chais, champs, chant, chauds, choix, chouchou, eaux, en, eu, haie, hait, hanche, haut, hein, houe, houx, Hun, œufs, oie, oignons, oint, on ou, ouche.

nombril perd son l final à l’oral.

le groupe graphique œ ** se prononce habituellement é ** s’il est suivi d’une consonne (é cuménique, é sophage, é dème, é nologie, fé tus, É dipe…). Il se prononce **è ** dans œstre ou **eu ** dans certains mots d’origine nordique comme œrsted ou œrstite.

oscillation se prononce ossilassion.

paon, se prononce pan de même que tous les autres mots se terminant par le groupe aon : faon, taon, Laon, Craon, etc.

pat io se prononçait traditionnellement avec un **t ** dur mais aujourd’hui on admet passio .

pô le se prononce en français standard avec un **o fermé ** comme dans Paule et non pas avec un o ouvert comme dans Paul il en va de même avec dôme, côte, Rhône, La Baule pour lesquels la confusion des o est fréquente.

précoce ment et non pas préco ment.

qua drille est le seul mot commençant par quadr à se prononcer exclusivement kadr et non pas indifféremment kadr ou *kouadr, * comme quadragénaire, quadrant, quadruple, etc.en revanche :
quarté se prononce karté , comme tous les mots de la famille de *quart, * à l’exception de : quartette, quatuor, quarto.

quasiment se prononce kaziman .

quinquennat se prononçait jadis kuinkuèna , ce qui n’est plus le cas*. * Idem pour équitation qui se prononçait ékuitacion.

ré bellion (ré bé lion) et non pas re bé lionen revanche :
re hausser et non pas hausser.

renseigne ment a un e « caduc » et ne comporte donc que trois syllabes, et non pas quatre.

sculp ture se prononce sans le p : skultur .

secréta riat et non pas secrété riat.

sourcil a le l muet.

soyons simples et ne prononçons jamais d’i après un y !

suggestion se prononce sug-jest ion sinon on le confondrait avec sujétion (à noter que la finale **–stion ** est trop souvent et à tort simplifiée en sion ).

tâche aime à faire entendre son accent circonflexe qui sert à la distinguer de tache

tandis que perd son s à l’oral.

2. CONTREPETS, LAPSUS ET PATAQUÈS
aéro drome et non pas aréo drome en revanche :

aréo page et non pas aéro page.

astérisque (un) n’est pas Astérix.

carapaçonné est certes imagé mais a le gros défaut de ne pas exister, caparaçonné si !

combientième pour désigner un numéro d’ordre est très laid et gagnera à être remplacé par quantième ou tout simplement, pour une date, par : le combien sommes-nous aujourd’hui ?

dénoter n’est pas détonner.

fruste (sans r) n’est pas rustre (avec r) malgré la proximité de son et de sens.

opprobre (avec r) n’a rien à voir avec probe (sans r).

panégyrique et non panégérique (que l’on pourra remplacer par éloge pour éviter tout embarras).

praticien n’est pas souvent patricien.

percepteur n’est pas précepteur.

rémunérer et non rénumérer (qui n’existe pas même s’il évoque les numéraires).

vilipender (avec deux i et non pas trois) est une chose, stipendier en est une autre.

**3. MONTPEULIER, MONTPÉLIER ou MONTPEYÉ ? **
En France ou plus généralement en « Francophonie », on est très attaché à la prononciation locale des noms propres. On se bornera ici à quelques exemples, pour le reste, rien de tel qu’un dictionnaire :

Agen a une terminaison nasalisée en in , tout comme Le Pouliguen
en revanche :

Pont-Aven (avène) rime avec dolmen (dolmène).

Ain, donne : dans l’Ain. Comme pour beaucoup de départements français, il est précédé de dans et de l’article. Certains se construisent avec *en * (en Dordogne). Les noms composés reliés par et admettent en (en Maine-et-Loire), sauf lorsque le premier terme est masculin (dans le Loir-et-Cher).

Angers se prononce an**gé ** (à l’inverse d’Anvers qui fait sonner son s envers et contre tout).

Aubenas ne prend pas le s final à l’oral, tout comme Privas dans le même département. En revanche, toujours en Ardèche, à Lussas on prononce le s final.

Aulnay dont le **l ** était en principe muet s’entend de plus en plus souvent.

Auxerre se prononce ausserre.

Avoriaz se passe volontiers du z final comme La Cluzaz, mais pas Pierre Boulez.

Belfort a deux prononciations, l’une régionale sans l l’autre avec le l . C’est cette dernière qui l’a emporté (de même, le quartier de Ménilmontant à Paris s’appelait jadis Ménimontant).

Bourg-en-Bresse se prononce bourkan bresse.

Bruxelles se prononce brussell e et non brukselle comme on l’entend trop.

Broglie se prononce broï.

Colonna (Yvan) se prononce en Corse avec l’accent tonique sur l’avant-dernière syllabe, à l’italienne, comme pour la plupart des noms propres corses, ce qui n’est généralement pas repris sur le continent.

Chamonix perd volontiers son x.

Doubs se prononce dou.

Gerardmer se prononce gérarmé.

Habsheim n’est pas habsch eim et demande donc que le s et le h soient prononcés séparément (il en va de même pour d’autres localités alsaciennes comme Molsheim, Marckolsheim, Sansheim).

Le Havre a les honneurs de l’Académie qui nous rappelle que « quand un nom de ville commence par l’article défini masculin ou pluriel, cet article se contracte avec la préposition *à : Aller au Havre, puis du Havre au Touquet revenir des Deux-Alpes la plage des Issambres, la poste des Rousses, la mairie des Sables-d’Olonne. * »

Megève se prononce meugève et non pas mégève.

Montpellier devrait en principe se prononcer monpélier.

Montreuil conserve son t alors que Montrouge le perd.

Metz se prononce mess.

Reims se prononce rinss.

Saint-Ouen sintouin mais Rouen rouan.

Talleyrand se prononce talran, d’où, la tentation de dire mitran pour Mitterrand, par affectation (et non par affection), comme dans le cas de Georges Marchais.

Troyes se prononce troi.

Genre des noms de ville : http://monsu.desiderio.free.fr/curiosites/villes.html

  1. EXERCICES DE PRONONCIATION

**Ne point y voir malice ni une quelconque logique : l’assemblage de ces mots n’est que pédagogique. **

En haut du mât ** (t muet) le pirate cria ** : « Échec et mat ** (t) ! » En bas ** (s muet), sur son matelas ** (muet), dans son mas ** (le s peut se prononcer) en Provence, Barbara mange de l'ananas ** (idem), hélas ** (s) ! en lisant un atlas ** (s) avec ses doigts gras ** (s muet). Marc ouvre le cadenas ** (muet) de son vasistas ** (s sonore) et voit, là , en vrac ** (c sonore) un tas ** (s muet) de tabac ** (c muet) au bord du lac ** (c sonore). C'est un cas (s muet) ce gars (gua) -là . Le jars ** (s muet), pas ** (z’) à pas ** (muet), va** par là et retire l'as ** (s sonore) du tas ** (muet) de cartes. Raz ** (z muet)- de-marée sur le gaz ** *(z sonore) * ! Halte là!
Miao u ! Rao ul a son cao utchouc (kaoutchou) rempli d'aoû tats *(aouta). * Le pao n (pan) est sao ul (sou) comme un fao n (fan) piqué par un tao n (tan) en a t (ou). Un peu de cacao et ce sera le chao s (kao) !
L'œuvre pieu se (eu fermé) d'une pieu vre (eu ouvert) heu reu se (fermé, fermé). Deu x (fermé) yeu x (fermé) bleu s (fermé) pleu rent (ouvert) sur les oeu fs *(fermé, * mais un œuf : ouvert) des bœufs (idem) peu reu x (fermé, fermé). Ma sœur (ouvert) a fait un nœu d (fermé) à ton cœu r (ouvert).
Veu illez (e fermé) consulter le calen drier (an) des examen s *(in) * et l'agen da *(in) * des en trevues (an) !
Le reporteur (r sonore) avec son revolver ** (idem) dans la poche arrière va transporter** (r muet) un ver (sonore) de terre.
Hier ** (ère) dans mon cahier ** (é), j'étais fier ** (ère) de me fier ** *(é) * volontier s (é) au tier s (ère) comme au quart.
Mille ** (l dur) fille** s (l mouillé) jouent aux bille s (l mouillé) dans la ville ** (l dur).
Celui de la gr
o** sse (o fermé) po mme (o ouvert) sur l'épau le (fermé) de Pau l (ouvert) ou de la ro se (fermé) jau ne (fermé) sur la pau me (fermé) de To m (ouvert). À Noël (o ouvert) , l'o s (o ouvert, s) à moe lle *(oi) * est dans la p le (oi) avec des oi gnons (o ouvert) mais pas les autres o s (o fermé, s muet).
Nos ** (o fermé, s muet) rhinocéros ** (o ouvert, s sonore) sont des héros ** (o fermé, s muet) et vos** *(idem) * albatros ** (o fermé, s) font le gros ** (o fermé, s muet) dos ** (idem). Dans le co** smos (o ouvert, o fermé, s) c'est le chaos ** (o fermé, s muet) ! Avec le tétanos ** (o fermé, s) on ne fera pas de vieux os .
Un bouc (c) en caoutch**ouc ** (c muet). Le parfum [un ou in (le son un a tendance à se confondre avec in mais continue d’exister dans certaines régions ou certains pays de la Francophonie)] du rhum (ome) guérit mon rhume (ume).

Ces exercices sont inspirés d’un site internet sur lequel on trouvera de nombreux exercices d’articulation : http://membres.lycos.fr/clo7/expression/articulation.htm B - L’automne à Beijing

1. MOTS DES RÂTEAUX (QUANT À BILER) !
La prononciation des mots et surtout des noms propres étrangers pose problème aussi bien aux journalistes qu’au grand public. Il n’existe, en effet, ni règles impératives ni directives. En France, les professionnels de la communication audiovisuelle ne disposent donc pas de normes de référence, pas plus que d’un organisme chargé de les établir contrairement aux journalistes britanniques qui peuvent, eux, se « caler » sur les recommandations hebdomadaires de la Pronunciation Unit. Ce service interne de la BBC est chargé de normaliser la prononciation des noms propres au fur et à mesure qu’ils apparaissent dans l’actualité. D’autant qu’il y a des enjeux d’ordre symbolique, la prononciation n’étant jamais quelque chose de neutre, d’innocent, surtout dans le domaine politique, comme le souligne l’éditorialiste du Nouvel Observateur , Jacques Julliard, le 7 avril 2005 : « L'avez-vous remarqué ? La campagne électorale de 1992, gagnée par François Mitterrand, qui aboutit à la création d'une monnaie unique se fit chez les socialistes opposants au nom de la défense du franc et contre Maastricht, que Chevènement affectait de prononcer * Mastrique. Et la campagne d'aujourd'hui se fait contre Bolkestein, que les mêmes prononcent à l'allemande alors qu'il est hollandais. Certains même le qualifient de Frankenstein, ce qui est éminemment spirituel. Ecoutez bien ceci. Regardez bien. Cela en dit plus long que tout le reste. L'usage des noms propres et leur prononciation ne sont jamais innocents. Il s'agit de suggérer au bon peuple, qui lui est resté pur, que derrière ces noms hérissés, barbares, se cache l'étranger. L'ennemi ! Ah si le traité sur la monnaie unique avait été signé à Romorantin ! Si la directive libéralisant les services portait le nom de Martin, de Durand ou pourquoi pas de Dupont-Lajoie ! Mais non. Entendez bien ces sonorités étrangères: Maastricht, Bolkestein ! Mais oui, vous avez compris! Et si vous ne l'avez pas compris, vous l'avez senti. Et si vous ne l'avez pas senti, vous l'avez pressenti. Votre inconscient fonctionne, que diable ! Derrière ces sonorités gothiques, ce qui se cache d'abord, ce qui se révèle bientôt, ce qui éclate enfin au grand jour, c'est que cette Europe-là, c'est l'Autre ! C'est l'étranger ! C'est l'ennemi de toujours ! C'est le boche ! Merci de nous l'avoir fait entendre, chers socialistes nationaux, et encore bravo !* »

En tant que « médiateurs », les journalistes sont évidemment concernés au premier chef. Pour un journaliste francophone, il y a par exemple six manières possibles de dire Gorbatchev (si tant est bien sûr qu’on ne cède pas à la facilité très américaine de dire « gorby ») : gorbatchève gorbatchove gorbatcheff gorbatchoff guerbatchève guerbatchoff. Laquelle choisir ? Difficile de répondre à cette question en l’absence de nomenclature bien établie. Mais ce choix, effectué consciemment ou de facto, prendra soit valeur de référence auprès du public s’il est confirmé par d’autres médias, soit sombrera dans la cacophonie ambiante jusqu’à ce que celle-ci accouche par défaut ou par l’absurde d’un « moyen-terme » plus ou moins satisfaisant. Alors, qui a raison et qui… n’a pas tort ?

En France, on n’a peut-être pas de règles dans ce domaine mais on possède au moins des traditions, des usages, des modes. Jusqu’au XIXe siècle, les noms étrangers de lieux et de personnes ont été modifiés pour être intégrés à la langue française : Londres, Rome, Varsovie, Moscou, La Nouvelle Orléans, mais aussi la Cassovie - pour le Kosovo… (de la même façon, beaucoup de mots étrangers étaient mis en bouche, mâchés, déglutis et assimilés, avec un résultat parfois éloigné de l’original comme par exemple « redingote » de l’anglais « riding-coat »). Puis, à cette francisation intégrale succéda une francisation partielle du type Buenos Aires (bouénozaire). Jusqu’à une époque récente, ce sont les prononciations plus ou moins francisées qui étaient recommandées avec pour référence le *Traité de prononciation française * de Pierre Fouché édité par Klincksieck en 1959. Mais, depuis quelque temps, une nouvelle tendance multiculturaliste est apparue, refusant toute adaptation même partielle de la prononciation d’origine. C’est ainsi que Pékin devint Beijing.

Ce souci du droit à la différence… des accents, du respect de l’autre… jusque dans sa musique labiale est évidemment tout à fait louable, mais poussé à l’extrême, il impose aux modestes journalistes que nous sommes un redoutable défi en nous infligeant l’injonction de ne pas nous écarter d’un ton de la version originale. C’est donc ainsi qu’une nouvelle affectation en remplace une ancienne. Auparavant, il était de bon ton de prendre un « accent potache » outrageusement franchouillard dès qu’il s’agissait de prononcer un mot étranger. À présent, c’est l’inverse : toute assimilation phonétique est devenue illicite ! Hier, il n’était pas rare d’entendre qualifier tel ou tel nom « d’imprononçable ». Aujourd’hui, il faut éduquer son appareil bucco-laryngo-pharingé à tout prononcer, et surtout, se familiariser avec Babel. Mais comment donc rester phonétiquement correct dans ces conditions ? Faudra-t-il apprendre l’inuktituk ou le yiddisch ?

Dans certains pays comme l’Espagne, où la prononciation est plus importante que l’orthographe, on n’hésitera pas dans les journaux à écrire le nom du général de Gaulle « de Gol » de manière que la graphie rende la prononciation au plus près. Rien de tel en France où la prononciation des noms propres étrangers n’est pas même mentionnée dans les dictionnaires. Nous ne disposons pour seul outil que du guide de Pierre Maes, *La prononciation des langues européennes, * aux éditions du CFPJ (1993).

En étant plus raisonnable, on admettra donc le principe suivant : lorsqu’il prononce un mot ou un nom étranger, un journaliste devrait franchement choisir entre la fidélité à la langue d’origine et la prononciation francisée. Chacun des termes de l’alternative est légitime. Encore faut-il connaître l’une ou l’autre. Ainsi, il n’est souvent pas évident de trouver la « bonne » prononciation à la française si l’on ne possède pas… la version originale, et inversement. Tout cela produit parfois des hybridations phoniques incongrues aux faux airs natifs.

Dans ces conditions, nous recommanderons pour notre part, à l’instar du linguiste Claude Hagège, de transiger avec tous les principes et de rechercher autant que faire se peut le plus pertinent des « *compromis entre une francisation intégrale et l’imitation ânonnante de prononciations exotiques * », de façon à devenir citoyens du monde tout en restant francophones.

2. MOTS DITS FRANÇAIS !
les noms africains commencent souvent par deux consonnes : Mb, Mp, Mt, Mv, Mz, Nd, Ng, Nk, Nt, Nz mais ces consonnes initiales ne doivent jamais se prononcer séparément. Si l’on ne dit pas effe-france pour France, il n’y a aucune raison de dire enne-djamena pour Ndjamena.

Abbas (Mahmoud), le président palestinien n’a jamais été vu avec Abou Mazen, et pour cause : il s’agit du même homme. Abou Mazen étant son nom de guerre, nous opterons pour le nom de paix.

Al-Qaida plutôt que Al-Qae da (translittération anglophone) ou **la ** Qaida (francisation excessive).

Arabie saoudite et non séoudite. Il s’agit ainsi du seul pays au monde dont le nom soit formé sur celui de la famille régnante, les Séoud. Certes la graphie de « saoudite » est empruntée à l’anglais, langue dans laquelle le a se prononce é .Mais aujourd’hui nous sommes bien obligés de composer avec ce qui fut au départ une absurdité.

Bach se prononce bakh en allemand (ch en allemand, jota en espagnol, kh ou gh en arabe), mais la prononciation francisée en bac est entrée dans les mœurs (dans tous les cas, éviter bache).

Bagdadien(s), Bagdadienne(s) aurait dit le général De Gaulle…, et non comme les Anglo-saxons Bagdadi (y compris pour le singulier). De même : Koweïtien(s) (avec un **t ** dur) et non *Koweïti * ou encore Bangladais et non Bangladeshi.

Beijing, ma beijiji, ma beijiji, ma beijinoise…

Bélarus est le nouveau nom que la Biélorussie, membre fondateur de l’ONU, a communiqué à l’organisation internationale dès son indépendance, le 19 septembre 1991. Les médias francophones se sont partagés sur le point de savoir s’il fallait conserver l’ancien nom ou adopter le nouveau. L’ONU a choisi ce dernier la nomenclature officielle française a marqué sa préférence pour garder le premier. Pour notre part, nous nous rangerons à l’argument suivant : si l’on choisit Bélarus pour la Biélorussie, alors pourquoi pas Rossia pour la Russie, Misr pour l’Egypte ou Nihon pour le Japon ? Donc, vive la Biélorussie !

Ben Laden ne vaut peut-être pas mieux que bin laden mais lui, au moins, on le connaît.

Benjamin lorsqu’il s’agit de Netanyahu se prononce benne-iamine.

Birmanie ou Myanmar ? Dans le même esprit que pour la Biélorussie, nous opterons pour l’appellation française traditionnelle de Birmanie, capitale économique Rangoun (dite aussi Yangon).

Blocher, le nom du politicien suisse se prononce blokher.

Boer, se prononce bour, l’oe ** néerlandais étant un ou ** phonétique. La règle est donc valable pour la ville de Bloemfountein, le cycliste Zoetemelk ou le prix Nobel de littérature Coetzee. En revanche le oo néerlandais est un **ô ** long comme dans Hoop Scheffer (homme politique) ou Tom Boonen (cycliste).

Bolkestein, le nom du célèbre auteur d’une directive européenne fort controversée ne se prononce pas à l’allemande, bolkechtajn, mais à la néérlandaise : bolkes tej n. La confusion vient peut-être de son prénom, Frits, qui n’est en fait que le raccourci de Frederik.

Boutros Ghali comme l’indique la translittération se prononce khali (voir Bach).

Clijsters, l’**ij ** néerlandais se prononçant eille , on dira cleille-sters, de même pour l’homme politique Gijs de Vries.

Djibouti est masculin donc, en principe, on devrait employer la préposition **au ** et dire au Djibouti. Pourtant, on dit à Djibouti, comme pour d’autres pays au nom masculin : Bahreïn, Brunei, Monaco, Oman, Saint-Christophe-et-Niévès, Saint-Marin et Singapour. Il s’agit soit de villes-États, soit de territoires dont le nom suggère une sorte de statut d’extra-territorialité plus ou moins fantasmé. Dans tous les cas, ce sont des pays hermaphrodites dont le genre est supposé indéterminé puisqu’ils ne supportent pas l’article défini.

Erri (Batasuna) n’est pas Harry (et encore moins Henri).

Gazaouis : ressortissants de la Bande de Gaza, alors que les Gazaouit es sont les habitants de la ville de Gaza.

Golan se prononce golent et pas golanne.

Golfe persique. À cette appellation traditionnelle, on préfèrera celle de Golfe arabo-persique qui fait la synthèse des pays riverains.

Gorbatchev : en Russie on lui donne du guerbatchoff, mais en France on pourra se contenter de gorbatchoff. Ne pas oublier le prénom Mikhail (mikha-il).

Haïti est masculin donc, en principe, on devrait utiliser la préposition **au ** et dire au Haïti comme on dit au Bénin. Pourtant pour des raisons d’euphonie on dit en Haïti, de la même façon que pour les pays dont le nom est masculin et commence par une voyelle, un A (Angola), un E (Equateur), un I (Israël), un O (Ouganda) ou un U (Uruguay).

Hu Jintao, le nom du président chinois, se prononce Rou Tin Tao.

Indiens : habitent l’Inde (et non les Indes) alors que les hindous pratiquent l’hindouisme.

Internet a fini par devenir un nom commun et à prendre l’article défini. On dira donc l’internet .

Jaruzel ski n’est pas jarulev ski.

Javier, en espagnol khaviérre.

Jorge, en espagnol khorkhé, en revanche Jordi se prononce iordi.

Kadh afi et non pas kh adafi est l’homme fort de Li by e, et non pas de Ly bi e.

Kinshasa est la capitale de la République démocratique du Congo (RDC). Si on la désigne comme capitale congolaise, on crée une ambiguïté dans la mesure où Brazzaville est elle aussi une capitale congolaise.

Kirghizis tan, et non Kirghizs tan. Variante possible : Kirghizie.

Klee est un peintre allemand dont le nom se prononce klé et non pas kli, à l’anglaise.

Khrouchtchev, on admettra la prononciation francisé (kroutchève), car l’original est assez complexe pour un gosier francophone.

Lech Walesa en polonais, lèkh vaou-ensa, mais plutôt que de bafouiller, mieux vaut carrément franciser intégralement en lèche valésa.

Maastricht se prononce maastrikht.

Madagascar est féminin, on devrait donc en principe dire en Madagascar. Pourtant, on emploie la préposition **à ** comme pour d’autres pays de genre féminin : Antigua-et-Barbuda, la Barbade, Cuba, la Jamaïque, Malte, Maurice, Sainte-Lucie et Trinité-et-Tobago. Cette exception concerne soit de grandes îles, soit de petites îles proches de la France, métropolitaine ou d’outre-mer.

Macédoine dont le nom officiel est l’ex-République yougoslave de Macédoine (ERYM ou parfois ARYM FYROM en anglais) traduit au propre comme au figuré la destinée chaotique de ce pays.

Mahomet est utilisé en français depuis le XVIe siècle. Il n’y a donc aucune raison d’employer les translittérations de l’arabe, Muhammad ou Mohamed sinon par un souci de bienséance.

Malaisiens : habitent la Malaisie alors que les Malais sont membres de l’ethnie malaise.

Malouines est le nom français des Falklands, un chapelet d’îles au large de l’Argentine qui fut en 1982 l’enjeu d’une guerre entre ce pays et le Royaume-Uni. Baptisée dans un premier temps « guerre des Falklands », c’est grâce au journal Le Monde que l’on retrouva l’ancienne appellation française, tombée en désuétude, et que l’on parle désormais de la guerre des Malouines.

Maugham (Sommerset), le nom de cet écrivain britannique se prononce maume.

Milosevic se prononce en principe milochèvitj on pourra transiger sur milochévitch ou à la rigueur milosévitch, mais en aucun cas milosévique.

Moldavie plutôt que Moldova. Cette république de l’ancienne Union soviétique a pour capitale Chisinau : prononcer kichinaou.

Nautes de tous les pays unissez-vous ! Pour Iouri Gagarine, le premier homme dans l’espace, les Soviétiques avaient forgé le néologisme « cosmonaute ». Quelques mois plus tard, les Américains répliquèrent avec leur « astronaute » Alan Shepard. Puis vint Jean-Loup Chrétien, le premier « spationaute » français. À présent, les Chinois à leur tour ont envoyé un « taïkonaute » explorer le taïkong, c’est-à-dire « le grand vide ». À ce rythme-là, les choses risquent de se compliquer singulièrement pour les journalistes, notamment en cas de mission internationale… C’est pourquoi, nous préconiserons sans hésiter l’emploi général du terme français spationaute, d’autant qu’il a été adopté par l’Agence spatiale européenne.

Olof Palme le nom de l’ancien Premier ministre suédois assassiné se prononce oulof palmé.

Ouïgour est le nom d’un peuple turcophone de Chine orientale qui se prononce ouill-gour et non pas oui-gour.

Peter en tant que prénom allemand se prononce péter et non pas à l’anglaise (piter).

Pristina le nom de la capitale du Kosovo se prononce prichtina.

Proche-Orient désigne les pays riverains de la Méditerranée orientale, le Moyen-Orient, lui, étant réservé aux pays de l’intérieur (Iran, Irak, Arabie Saoudite, etc.).

Siem-Reap est la translittération anglophone de la localité cambodgienne concernée qu’on doit évidemment prononcer Siem-Riep.

Sinaï ne se prononce pas *sinaille * mais au contraire en faisant ressortir le **i ** marqué du tréma : sina-i.

Solidarnosc, en polonais solidarnochtch ou alors sa traduction française : solidarité.

Sri Lanka, (prononcer sri et non pas chri) est masculin : on dira donc **au ** Sri Lanka (tout comme au Groenland) et non pas à Sri Lanka (même si c’est ce que recommande le ministère français des Affaires étrangères selon qui Sri Lanka ne prend pas d’article).

Sud-Soudan, comme Sud-Liban est un calque de l’anglais. On leur préférera le Soudan Sud et le Liban Sud.Taliban est le pluriel de taleb mais est utilisé pour le singulier comme pour le pluriel (avec un s) [*]. De même, Touareg est-il un singulier qui s’emploie aussi au pluriel à la place de l’original, Targui. Il en va de même pour Inuit (pluriel d’Inuk, en inuktitut), pour drakkar (pluriel de drake, en suédois), pour chérubin (pluriel de kerub, en hébreu), pour média (pluriel de medium, en latin), pour confetti (pluriel de confetto, en italien), etc.

Tananarive est la capitale de Madagascar (Antananarivo en malgache). D’une manière générale on utilisera les noms français des villes malgaches : Tamatave (et non Toamasina) Tuléar (et non Toliara) Diego Suarez (et non Antsiranana) Fort Dauphin (et non Taolagnaro). Tchéquie est plus rapide mais beaucoup plus inélégant que le nom officiel de la République tchèque. En revanche, sa république sœur au sein de l’ancienne Tchécoslovaquie, elle aussi indépendante, est la Slovaquie (à ne pas confondre avec la Slovénie, république de l’ex-Yougoslavie, ou la Slavonie, une région de Croatie).

Vaclav Havel se prononce vaatslav havèl.

W, la marque de la maison Bush junior est souvent prononcé deubeulyou alors que George est prononcé à la française. Il est sans doute préférable d’uniformiser dans un sens ou dans l’autre. Ou même mieux, de ne pas se contenter de l’initiale et de donner le nom complet : Walker (comme Johnny).

Walter, à ne pas confondre avec Walker, est un prénom allemand qui se prononce valteur.

Yougoslavie prête à confusion. Il y a tout d’abord l’ex-Yougoslavie, c’est à dire l’ancienne République fédérale socialiste de Tito, démantelée dans le courant des années 90 et remplacée par la Yougoslavie (tout court). Cette dernière, la République fédérale de Yougoslavie (constituée de la Serbie et du Monténégro) fut admise à l’ONU en 2000 et cessa officiellement d’exister le 4 février 2003 pour être remplacée par la Serbie-et-Monténégro…, elle-même défunte le 3 juin 2006 pour laisser place à deux États indépendants.

Zbigniew est un prénom polonais qu’on a souvent tendance à prononcer à l’anglaise : zbig-niou au lieu de zbig-nièf.

3. NOMS DE PAYS SUR L’INTERNET
Document du ministère français des affaires étrangères (1993)
http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/UnTexteDeJorf?numjo=MAEC9310010A

http://www.legifrance.gouv.fr/jopdf/common/jo_pdf.jsp?numJO=0&dateJO=20080924&numTexte=91&pageDebut=14818&pageFin=14825

Nomenclature des noms de pays de la Délégation générale à la langue française (1996) http://www.culture.gouv.fr/culture/dglf/ressources/pays/FRANCAIS.HTM

Pays et capitales, liste de l’Institut géographique national
http://www.ign.fr/telechargement/education/donnees/pcm.pdf

Pays et capitales du Conseil national de l’information géographique
http://www.cnig.gouv.fr/upload/ressource/r1169737466.PDF

Liste au 1er janvier 2007
http://www.cnig.gouv.fr/upload/ressource/r1169737416.PDF

Entités territoriales secondaires ou dépendantes
http://www.ign.fr/telechargement/education/donnees/picm-egd.pdf

Pays, capitales, habitants et monnaies du monde : liste de l’Union européenne
http://publications.eu.int/code/fr/fr-5000500.htm

Liste des Ētats membres de l’ONU
http://www.un.org/french/aboutun/etatsmbr.htm

Liste de l’ISO, l’Organisation internationale de normalisation
http://www.iso.org/iso/fr/prods-services/iso3166ma/02iso-3166-code-lists/list-fr1-semic.txt

C - Liaisons dangereuses : « il est hué à la tribune »
Autant l’élision est affaire de voyelle, autant la liaison est histoire de consonne. Elle consiste en effet à ajouter ou à faire résonner une consonne placée en fin de mot, réminiscence du temps où toutes les consonnes écrites étaient dites. À l’époque, tout était simple. Aujourd’hui, la liaison en français est devenue un phénomène complexe obéissant à des règles subtiles. Tantôt obligatoire, tantôt interdite, la liaison est souvent facultative et variable. Son emploi ou son omission selon les cas dénote une langue soignée, courante ou familière : « Les parents de Gilberte me serraient la main en souriant et me disaient : Comment allez-vous ? *sans faire la liaison du t, liaison qu’on pense bien qu’une fois rentré à la maison je me faisais un incessant et voluptueux exercice de supprimer. * » (Marcel Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs ). Exemple de difficulté : un savant // anglais est un scientifique anglais alors qu’un

savant t’anglais est une langue anglaise recherchée…

**1. LIAISONS z’ OBLIGATOIRES **
Commençons par les cas où la liaison est d’autant plus nécessaire à l’oral qu’on a précisément ajouté pour ce faire à l’écrit une consonne dite de liaison :

Lorsqu’un verbe terminé par une voyelle précède le sujet il ou elle ou les pronoms y et en : vas -y ! écoutes -en ! a-t -elle pu ? (mais « Lagardère ira à toi »).

En poésie classique : Sion jusques au ciel élevée autrefois * (Racine, Esther* )

Grâces à ta bonté qui pleut dans le désert (Verlaine).

En dehors de ces cas, la liaison est correcte parce que naturelle dans les groupes de mots unis par la grammaire, et donc par le sens :

Entre le déterminant (article, article indéfini, adjectif qualificatif, possessif, démonstratif, interrogatif, numéral cardinal) et le substantif ou l’adjectif : les z’ arbres mes jeunes z’ années trois cents z’ euros.

Dans la marque du pluriel

a) des noms : des pays z’ arabes (mais : un pays // arabe)

b) des verbes : ils marchent t’ en chantant (mais : il marche en chantant).

Il faut cependant se méfier de l’hypercorrection qui donne lieu à des abus :* bateaux z’ à voile * au lieu de* bateaux // ** à voile des maisons z’ en pierre * aulieu des maisons // en pierre.

Entre substantif (au pluriel) et adjectif : les ministres z’ européens les prix z’ agricoles les soldats z’ américains.

Entre le pronom personnel ou l’indéfini on et le verbe, et inversement : nous z’ aimons comprend t’ elle ? on n’ aimerait.

Entre des adverbes, prépositions et autres déterminants principalement monosyllabiques (bien , bon , dans, dès, dont, en, fort, les, mais, mes, mon, pas, pis, plus, on, sans, ses, son, sous, ton, très, tout, un , etc.) et le terme qu’ils modifient : dès z’ aujourd’hui, bien n’ assis tout t’ entier sous z’ une moustiquaire dans z’ un n’ hôtel plus z’ ou moins z’ accueillant dont t’ on n’ assure en n’ aparté, etc. Bien entendu, il y a des exceptions : un point sur un // i, par exemple.

Après c’est et il est impersonnel : c’est t’ évident.

Entre le verbe et le nom ou l’adjectif attribut : il est t’ artiste.

Entre les auxiliaires à la 3e personne et le participe passé : il est t’ allé elles avaient t’ oublié.

Dans la plupart des mots composés et des locutions toutes faites :

  • Champs-**z’ ** Ēlysées
  • de moins z’ en moins
  • le cas z’ échéant
  • vis-z’ à-vis
  • un croc-k’ en-jambe
  • un pied-t’ à-terre (mais : mettre pied // à terre)
  • le pot-t’ aux-roses (mais : un pot // à fleurs)
  • du pot-t’ au-feu (mais : mettre un pot // au feu)
  • nuit t’ et jour
  • accent t’ aigu
  • fait t’ acquis, etc.

2. LIAISONS FACULTATIVES
Entre le nom et son complément : dos // à dos ou bien dos z’à dos d’un bout // à l’autre ou bien d’un bout t’ à l’autre, etc.

3. LIAISONS t’ INTERDITES (OU DÉCONSEILLÉES)
**Cuirs. ** Il s’agit de fautes de liaison par l’adjonction d’un **t ** mal t’ à propos :

  • il va t’ être
  • ce qu’il faut bien t’ appeler
  • rien n’avait lieu t’ à cet endroit
  • ce qu’il aurait pu t’ avoir
  • la conférence s’est tenue t’ en juin
  • peut-on t’ oublier
  • le bateau t’ à voile
  • il y a t’ un mois, etc.

*Pataquès. ** « Voici quelle en est, dit-on, l'origine : un plaisant était à côté de deux dames tout à coup il trouve sous sa main un éventail. - Madame, dit-il à la première, cet éventail est-il à vous ? - Il n'est point-z-à-moi, monsieur. - Est-il à vous, madame ? dit-il en le présentant à l'autre. - Il n'est pas-t-à moi, monsieur. - Puisqu'il n'est point-z-à vous et qu'il n'est pas-t-à vous, ma foi, je ne sais pas-t-à qui est-ce ! L'aventure fit du bruit, et donna naissance à ce mot populaire, encore en usage aujourd'hui. »Domergue, Manuel des amateurs de la langue française * :

  • il s’est mis t’ à parler
  • je le disais t’ hier
  • quatre buts t’ à zéro
  • ils ne se sont pas t’ envolés
  • ils sont prêts t’ à partir ;
  • les dix-huit z’ ouvrages
  • j’ai fait z’ une erreur
  • il devrait z’ être
  • les sept z’ Ētats
  • on ne sait z’ où, etc.

**Velours. ** Ce sont des fautes de liaison par adjonction inopportune d’un z :

  • toi z’ aussi
  • aujourd’hui z’ encore
  • les prisonniers nord z’ irlandais
  • les presque z’ amis, etc.

*La liaison est interdite dans les cas suivants *

Après un nom singulier terminé par une consonne muette (souvent) :

  • le Crédit (t’ )//agricole
  • l’Orient (t’ ) // express
  • le président (t’ ) //américain
  • le gouvernement (t’ ) //actuel
  • une forêt (t’ ) // immense
  • un coup (p’ ) //inattendu,
  • un loup (p’ ) // affamé
  • un galop (p’ ) // effréné
  • un nez (z’ ) // aquilin
  • le secours (z’ ) // attendu (mais les secours z’ attendus)
  • l’univers (z’ ) // entier
  • un rang (g’ ) // excellent
  • la liaison (n’ ) // interdite, etc.

Par contre :

  • *un long * k’ *article *
  • *un grand * t’ enfant, etc.

Avec le s de la deuxième personne du singulier : tu as // entendu tu es // adorable.

Après la conjonction et , afin de la distinguer du verbe est : cette fille et // un garçon (mais : cette fille est t’ un garçon manqué).

Après les prépositions hormis non compris ci-inclus selon vers à travers envers hors , etc.

Devant ouï, *onze, onzième * : des // ouï-dire les // onze joueurs.

Devant *huit * : ils sont // huit quatre-vingt // huit cent // huit, etc. (sauf dix-z’ huit vingt- t’ huit trent(e)-t’ huit, etc.).

Devant un numéral : il est // une heure mais : c’est t’ un enfant (un article).

Après un quantième du mois terminé par s, x ou t : le deux // avril le trois // avril
le vingt // avril.

Derrière les mots se terminant par deux consonnes dont la première est un *r * : vers // elle toujours // à l’heure nord // est une part // à prendre un court // espace, etc.

Après les formes verbales au singulier qui se terminent par rd , rs ou rt : il mord // à l’hameçon tu cours // après elle il court // après elle, etc.

Lorsqu’il peut y avoir une confusion par analogie : des Ētats // unis par un traité (mais les Ētats-z’Unis d’Amérique). Lorsque la confusion des sens est possible : « un savant aveugle ».

Lorsque plusieurs liaisons sont rapprochées : les uns // et les autres.

Entre un infinitif en -er et la voyelle qui suit : rester // assis mais restez-z’ assis.

Dans les noms propres : Vincent // Auriol.

Àcor et à cri est une locution adverbiale figée qui ne s’emploie qu’au singulier (le cor dont il est question n’est pas le cor au pied, ni le corps du délit, mais la trompe de chasse, qu’on appelle abusivement cor). Il est donc incorrect de prononcer à corzéacri.

Porte-avions ne se prononce pas porte-z’ avions. Dans tous les composés de porte (portes-fenêtres excepté), porte est un verbe et reste donc invariable au pluriel. Dans portes-fenêtres en revanche, porte est un substantif qui s’accorde.
Pour s’exercer : http://www.hku.hk/french/starters/fonetik/fiche10web.htm
DES CHIFFRES ET DES LETTRES
Calcul (oral) .Pour parler chiffres il faut savoir que la liaison entre l’adjectif numéral et le substantif est obligatoire. Il convient de dire : un n’ euro, deux z’ euros, etc. Cependant, afin d’éviter les liaisons erronées, on doit se souvenir que :

  • les adjectifs numériques cardinaux sont généralement invariables. Il s’agit donc d’éviter

quatre z’ amis cinq z’ accusés sept z’ hommes quatorze z’ enfants dix-huit z’ ouvrages cinquante z’ autres pour cent mille z’ affaires trois mille z’ îles dix mille z’ habitants, etc.

  • il y a deux exceptions à la règle précédente, vingt et **cent ** qui s’accordent lorsqu’ils sont multipliés et ne sont pas suivis d’un autre nombre :

quatre-vingts z’euros mais quatre-vingt // un n’ euros deux-cents z’ euros deux-cent // un n’ euros.

Précisons que toutes les « transactions » sus-mentionnées sont parfaitement équitables car valables quelle que soit la monnaie concernée… En revanche concernant spécifiquement l’euro, la centième partie de la monnaie européenne est en principe le cent qui se prononce exactement comme le chiffre. Apparemment l’ambiguïté entre le substantif et l’adjectif numéral est tellement gênante qu’on a cherché à les distinguer. On a commencé par prononcer la subdivision de l’euro à l’anglaise : sennt, comme s’il s’agissait du dollar. Puis le mot centime s’est imposé, sans doute par nostalgie du franc. Va donc pour centime….

Prononciation des adjectifs numéraux . En langage soigné, la consonne finale des nombres cinq, six, huit et dix ne se prononce pas lorsque le mot suivant commence lui-même par une consonne : cin(q) chevaux si(x) petits nains hui(t) jours di(x) macarons. Cette règle devrait donc en principe s’appliquer pour les dates, mais dans ce cas, les avis sont partagés. L’usage, lui, ne les a pas départagés optant parfois pour les uns (cink septembre) parfois pour les autres (si[x] février).

H (inspiré) .Selon leur origine, les mots en H l’ont muet ou aspiré. Les mots venus du grec ou du latin (habitant, habile, harmonie, hectare, hélice, hésiter, histoire, hiver, homme, humble, hypothèse, etc.) ont l’H initial muet. Cette fausse consonne (elle est purement graphique et ne fait que rappeler une origine) n’empêche pas la liaison ni l’élision (qui sont même obligatoires).

Au contraire del’**H ** muet, le H dit aspiré marque une origine non gréco-latine mais essentiellement germanique et joue, lui, le rôle d’une consonne. Il ne se prononce plus mais interdit la liaison (tout comme l’élision) dans les 135 mots concernés. Il convient donc d’éviter :

  • les z’ haricots
  • les z’ Hollandais
  • les z’ handicapés
  • les non z’ handicapés
  • les z’ hussards
  • ils z’ hurlent
  • les expérimentations z’ hasardeuses
  • les** z’** hors-bord
  • les z’ hors-jeu
  • il est t’ hors-jeu
  • ils ont t’ hué
  • à tout t’ hasard
  • ils ont t’ hissé les drapeaux
  • en n’ Hongrie, etc.

Plus . Jadis, on apprenait à l’école cette règle claire mais pas tout à fait inflexible : plus doit se prononcer plu devant une consonne, pluz devant une voyelle et **pluss ** en finale. Il y avait deux exceptions : celle de la conjugaison au plus-que-parfait et celle du signe de l’addition qui devaient se prononcer pluss . Cependant, la prononciation pluss en finale était considérée comme vulgaire, on préférait dire en langage châtié : j’en veux plu pour signifier qu’on en veut encore. Se pose alors le problème de la différentiation entre plus signifiant davantage et plus en tant que marque de la négation. On recommandera donc à l’oral pour éviter toute l’ambiguïté qui peut exister à l’écrit de conserver la prononciation **pluss ** pour exprimer la quantité et d’utiliser la prononciation **plu ** pour la négative.

II - L’ANGLO-RICANOMANIE

A – French spoken
« Ceux-là qui mélangent les langages se trompent, car, certes, il peut manquer çà et là une épithète comme d'un certain vert qui est celui de l'orge jeune et peut-être la trouverai-je dans le langage de mon voisin. […] si tu mélanges les langages, loin d'enrichir l'homme, tu le vides, car au lieu d'exprimer la vie dans ses opérations tu ne lui proposes plus que des opérations déjà faites et usées, et au lieu de me dire la découverte que provoque en toi ce certain vert, et comment t'alimente et te change la vue de l'orge jeune quand tu reviens de ton désert, te voilà qui te sers d'un mot offert déjà comme provision et qui, te permettant de désigner, t'épargne de saisir. »

Antoine de SAINT-EXUPÉRY, *Terre des hommes, * 1939

« Le français est une affaire éminemment politique. Chacun sait, y compris ceux qui s'en gaussent ou s'évertuent à la vilipender, que la défense de l'exception culturelle par les acteurs de la politique française n'est pas une petite guerre d'opérette. En défendant la culture, c'est-à-dire la vie, le français défend sa vie. Il défend aussi, et par là même, celle de l'allemand, de l'italien et d'autres langues d'Europe, pour ne parler que d'elles. [...] Quelque argument que l'on produise, la menace de mort qui pèse sur les langues prend aujourd'hui le visage de l'anglais. Et je gage que les plus avisés des anglophones ne sauraient vouloir d'un monde qui n'aurait plus, pour se dire, qu'une seule langue. »

Claude HAGÈGE, *Halte à la mort des langues, * éditions Odile Jacob, 2000

**« ** Notre langue manque d'un grand nombre de mots et de phrases ; il me semble même qu'on l'a gênée et appauvrie, depuis environ cent ans, en voulant la purifier. [...] Je voudrais autoriser tout terme qui nous manque, et qui a un son doux, sans danger d'équivoque. [...] J'entends dire que les Anglais ne se refusent aucun des mots qui leur sont commodes ; ils les prennent partout où ils les trouvent chez leurs voisins. De telles usurpations sont permises. En ce genre, tout devient commun par le seul usage. Les paroles ne sont que des sons dont on fait arbitrairement les signes de nos pensées. Ces sons n'ont en eux-mêmes aucun prix. Ils sont autant au peuple qui les emprunte qu'à celui qui les a prêtés. Qu'importe qu'un mot soit né dans notre pays, ou qu'il nous vienne d'un pays étranger ? La jalousie serait puérile, quand il ne s'agit que de la manière de mouvoir ses lèvres et de frapper l'air. »

FÉNELON, Lettre sur les occupations de l'Académie française , 1714

Il ne s’agit pas ici d’opposer ces textes, de mettre Saint-Exupéry et Hagège en contradiction avec Fénelon. Leurs attitudes, puriste ou assimilatrice, défensive ou offensive, sont le produit d’époques différentes, déprimée ou conquérante. Certes, on n’a jamais autant parlé français dans le monde qu’actuellement mais comme le fait remarquer Henry Landroit, « si aux environs de l’an 1800 il y avait quatre francophones pour un anglophone, le rapport est aujourd’hui renversé dans des proportions spectaculaires : il n’y a plus qu’un francophone pour dix anglophones ». Voilà donc pour la réponse mais quelle est au juste la question ?

  • Maintenir une langue pure ? Il n’y en pas, toutes sont bâtardes : la quasi-totalité des mots français sont des produits d’importation assimilés et naturalisés.
  • Conserver au français son statut quasi-nobiliaire de fils aîné du latin, de légataire universel, bref d’héritier présomptueux de la « langue sacrée » ? En fait, pour citer Bernard Cerquiglini, le français est un « latin de désespoir » qui semble « avoir pris rang de religion d’Ētat, par déplacement du sacré, dans le temps que l’Ētat se laïcisait ».
  • Se complaire dans la nostalgie d’une langue qui n’est plus de chez nous ou qui ne serait plus ce qu’elle était ? Toute langue évolue pour s’adapter aux réalités nouvelles. Mais pour cela, on a le choix entre :

► puiser dans un patrimoine oublié - comme fioul (venu de « fouaille ») au lieu de fuel - ou retrouver nos vieux mots qui nous reviennent après un détour par l’anglais (label, suspens, nuisance, missile, challenge, etc.). C’est ce que recommandait déjà un auteur du XVIe siècle : « Ce nonobstant, posons le cas qu’elle (la langue française) se trouvât en avoir faute (de mots) en quelque endroit : avant d’en venir là (emprunter à d’autres langues), pourquoi ne ferions-nous plutôt feuilleter nos romans et dérouiller force beaux mots tant simples que composés, qui ont pris rouille pour avoir été si longtemps hors d’usage non pas pour se servir de tous sans discrétion, mais de ceux pour le moins qui seraient le plus conformes au langage d’aujourd’hui. Mais il nous en prend comme aux mauvais ménagers, qui, pour avoir plus tôt fait, empruntent de leurs voisins ce qu’ils trouveraient chez eux s’ils voulaient prendre la peine de le chercher. Et encore faisons-nous bien pis quand nous laissons sans savoir pourquoi, les mots qui sont de notre cru et que nous avons en main, pour nous servir de ceux que nous avons ramassés d’ailleurs. » Henri II Estienne, Traité de la conformité du langage français avec le grec , 1565

► inventer des mots nouveaux (néologie). Certains sont de véritables coups de génie comme démarreur pour starter , oléoduc (Québec) pour pipeline , ordinateur pour computer * , logiciel pour software , numérique pour digital , monospace pour mini-van , baladeur pour walkman , VTT pour mountain bike , remue-méninge pour brainstorming , braisier pour barbecue , traversier (Québec) pour ferry-boat , roulis-roulant (Québec) pour skate-board , deux-doigts (Côte d’Ivoire) pour pickpocket , coco-taillé (Suisse) pour skin-head , cannibale (Belgique) pour steak tartare

► emprunter aux autres langues. Par facilité, c’est hélas cette dernière voie qui est la plus fréquemment suivie. Et cela ne date pas d’aujourd’hui ! Il fut un temps ou l’on craignait l’invasion de l’italien. Au XVIe siècle, Henri Estienne fustigeait les snobs qui farcissaient leurs discours de mots italiens. Nous possédons d’ailleurs environ 650 mots parmi les plus courants d’origine transalpine : million, banque, trafic, ambassade, bocal, banquet, chou-fleur, costume, pantalon, veste, appartement, dessin, douche, parasol, pommade, alarme, bombe, soldat, etc. Quant aux emprunts à l’anglais, c’est là aussi un phénomène ancien. L’Académie française fait ainsi remarquer qu’au XVIIe siècle nous avions déjà importé d’outre-manche : ajourner ou paquebot au XVIIIe : anesthésie ou bagage ; entre 1800 et 1850 : autobiographie, bifteck ou job entre 1850 et 1900 : base-ball, building ou visualiser entre 1900 et 1920 : autocar, chewing-gum, vamp ou vitamine entre 1920 et 1940 : bulldozer entre 1940 et 1960 : jet, off-shore, sexy, show, station service… Mais depuis les années 60, le mouvement s’accélère, c’est la surabondance. Cette profusion de « barbarismes » anglo-ricains est d’abord dénoncée par Etiemble (Parlez-vous franglais ? , 1973). Elle paraît suffisamment inquiétante pour alerter les autorités (le 18 janvier 1973, le Journal officiel de * la République * française propose des équivalents pour 500 mots anglais) puis le législateur français. Ce dernier commence à réagir dès 1975 avec la loi dite « Bas-Lauriol » et n’arrête plus depuis lors. Il faut dire que le franglais se transforme vite en franglish par un véritable phénomène de créolisation.

Parlons « frenchement » : que l’on considère la défense de la langue française comme une simple querelle de mots, une lutte contre des moulins à vents ou comme de l’autodéfense contre l’invasion du « desesperanto franricain » - selon l’expression d’Alfred Gilder - qu’il s’agirait de bouter hors de notre langue, il n’en demeure pas moins que la loi du 4 août 1994 dite « loi Toubon » fait obligation de proscrire les termes étrangers lorsqu’ils possèdent un équivalent français. Encore faut-il connaître ces équivalents sur lesquels travaillent des commissions de néologie. C’est le but du court lexique qui est proposé ci-dessous et des références qui le suivent. Dans tous les cas, nous conserverons un certain nombre d’anglicismes qui n’ont pas de véritable équivalent comme week-end, football, sexy, feeling, design, best-seller [†], drugstore, slalom, manager, marketing, etc.

B – Les mots pètent chaud : équivalents franglish-français
Air-bag : coussin d’air.

Approche (anglicisme syntaxique ou faux ami) : point de vue.

Attractif (faux ami) : attirant, séduisant, attrayant.

Audience (faux ami) : auditoire.

Barbecue : braisier.

Baby–sitter : veilleuse d’enfant ou guetteuse d’enfant.

Bed and Breakfast : café-couette.

Best of : florilège.

Booker : réserver.

Booster : stimuler, accélérer, doper, renforcer, dynamiser.

Border line : limite pathologique.

Brainstorming : remue-méninge.

Briefing : brief (vieux mot français qui donna brièveté bien prononcer toutes les lettres), topo, point.

Buzz : ramdam.

Cash : liquide, liquidités

Caster (les candidats) : sélectionner.

Casting : audition, distibution.

Clash : heurt.

Challenge : vient d’un vieux mot français issu du latin, autant éviter le ridicule de la prononciation anglaise tchalennge (orthographe française chalenge ). Aussi : défi.

Challenger : chalengeur ou concurrent.

Chat : clavardage.

Cheap : bon marché, de mauvaise qualité.Check-point : barrage, poste de contrôle.Check-up : révision (complète), bilan (de santé).

Coach (vient du français cocher) : entraîneur, mentor.

Cocooning : pantouflage.

Collector : pièce de collection.

Coming out : affirmation personnelle sortie du placard exhiber sa vérité.

Container : conteneur.

Coordinateur : anglicisme auquel on préférera coordonnateur.

Crash : écrasement.

Cutter : coupoir.

Debriefing : restitution, bilan.

Diète (faux ami) : régime.

Discount : rabais.

Dream team : équipe de rêve.

Dupliquer : reproduire.

Efficient : efficace.

Fair-play : franc jeu.

Fast-food : bouffe-vite, restovite.

Ferry-boat : traversier, transbordeur.

Finish (gagner au) : arraché (à l’).

Focusser (sur un problème) : s’intéresser à, s’atteler à, s’obnubiler sur.

Forwarder un e-mail : transférer ou faire suivre un courriel.

Fun : amusant, distrayant, divertissant, plaisant, agréable, aimable, sympathique, intéressant, stimulant, original.

Gadget : bagatelle, bricole, bidule, accessoire, amusette, hochet, machinette.

Gap : fossé, trou, brèche, abîme, écart, retard, lacune, décalage, différence.Goal : but ou gardien. Hacker : fouineur (et non pas pirate, équivalent réservé à cracker).

Happening : impromptu.

Hit-Parade : palmarès.

HIV : VIH

Holding : a été adopté en français, reste à en déterminer le genre. Pour l’instant, le mot est hermaphrodite dans certains dictionnaires mais féminin pour celui de l’Académie française (9e édition).

Impacter : influer sur, affecter, concerner.

Implémenter : installer.

Initier (faux ami) : lancer, mettre en œuvre, entamer, amorcer, commencer, ouvrir, entreprendre. Marc Bonnaud : « Initier le domestique* veut dire en français que Madame a fait l'éducation sentimentale de son jeune valet de chambre, tandis qu'en franglais, cela veut dire que le président d'Air France a mis en place un service de lignes intérieures. »*

Interview : un anglicisme bien gaulois car emprunté au moyen français entreveue à la fin du Moyen-Âge.

In the middle of nowhere : au milieu de nulle part.

Jackpot : cagnotte.

Joint venture : coentreprise.

Jogging : trottinage.

Junior : cadet, jeune, fils.

Kit : batterie, trousse.

Kitchenette : cuisinette.

Leasing : crédit-bail ou location-bail.

Lifting : étirage, déridage, lissage, galbage, remodelage.

Live : en direct ou en public (pour un enregistrement), vivant.

Look : style, allure, genre.

Low cost : bas prix, bas coût.

Mail (courrier électronique) : courriel (symbole : Mél.).

Manager : le substantif a été francisé tout comme management. On les prononcera donc à la française (sur le modèle de ménage et de ménagement). En revanche la forme verbale manager est à éviter au profit de gérer.

Match : partie, rencontre.

Masters : tournoi des maîtres.

Meilleur : (dans l’expression prendre le meilleur sur ) est un pur anglicisme dont l’équivalent français est *l’emporter sur. * De même, le deuxième meilleur de la course n’est en français que le deuxième de la course.

Newsletter : lettre d’information.

Nominé : sélectionné, désigné, retenu, finaliste, proposé, distingué.

Opportunité (faux ami) : occasion, chance, possibilité, aubaine, perspective, projet.

One man show : récital, spectacle solo, one man tiède (Pierre Dac).

Overdose : surdose.

Package : forfait, ensemble.

Panel : échantillon, tribune.

Parking : parcage.

Patch : timbre, rustine.

Patchwork : arlequine.

Peer to Peer : poste à poste.

People : célébrité (“presse people” = presse à ragots, à sensation, à scandale).

Pickpocket : deux-doigts (Côte d’Ivoire).

Pin’s (typique du franco-ricain avec sa fausse apostrophe) : épinglette.

Pipeline : oléoduc, gazoduc, aqueduc.

Pitch : résumé, condensé, abrégé, argument, présentation.

Planning : calendrier, emploi du temps, plan, programme, etc.Pole position : première place.

Pool : groupe.

Post-it : papillon.

Pressing : nettoyage.

Prime time : primécoute.

Punch : mordant.

Racket : rançonnement.

Relooker : rajeunir, restyler, moderniser, caréner, reprofiler.

Remake : nouvelle version.

Royalties : commission, pourcentage, redevance, droits d’auteur.

Rush : affluence, cohue, presse, ruée.

Senior : aîné, âgé, expérimenté, premier.

Set : jeu, manche, assortiment, série, ensemble, service.

Script : scénario, compte rendu, verbatim.

Shopping (faire du) : faire ses courses, chopiner, magasiner, chalander.

Short list : liste restreinte.

Show : spectacle, parade.

Skate-board : roulis-roulant (Québec).

Skin-head : coco-taillé (Suisse).

Skipper : barreur.

Sniper : franc-tireur (l’équivalent n’étant pas très heureux, on peut conserver sniper, d’autant que ce terme est arrivé en France au XIXe en compagnie d’autres anglicismes qui ont fait florès comme snob, smoking, spleen, test, shampoing ).

Social Security : faux ami signifiant régime de retraite

So what? : et alors ?

Spamming : arrosage.

Steak tartare : cannibale (Belgique).Start-up : jeune pousse.

Sponsor : commanditaire, parraineur.

Supporter : si le substantif est entré dans l’usage en revanche le verbe est à éviter au profit de soutenir. « Nos joueurs sont-ils si mauvais qu’il faille les supporter au lieu de les encourager ? » , demande Alain Feutry dans Le Figaro .

Stock options : options sur titres.

Surbooking (mauvaise adaptation de l’anglais overbooking) : surréservation.

Suspense (prononcé suspennss) est un anglicisme qui a pris la place du vieux terme français suspens (prononcé sans s).

Talk-show : débat-spectacle.

Tennisman : faux anglicisme à deux titres. En anglais on dit tennisplayer , mais surtout *tennis * est emprunté au jeu de paume dans lequel le serveur crie tenez.

Think tank : groupe de réflexion.

Tie-break : jeu décisif.

Timing : calendrier, synchro (nisation).

Tour-opérateur : voyagiste.

Trader : opérateur de marché.

Trend : tendance.

Turnover : rotation.

Tutorial : guide.

Underground : souterrain.

Vintage : cru, millésime, cuvée.

Web : toile (TAM, toile d’araignée mondiale pour www, World Wide Web).

Wishfull thinking : vœu pieux, aimable souhait, pensée auto-complaisante, prendre ses désirs pour des réalités.

Zapping : pianotage, télébutinage.

C – Livres et liens
En vrai français dans le texte , Alfred Gilder, Le Cherche Midi éditeur, 1999. Un ouvrage bourré d’érudition, de fantaisie et d’humour.

Anglicismes et anglomanie , Michel Voirol, éditions CFPJ, 1993. La pertinence d’un point de vue de journaliste.

Lexique des équivalents publiés au Journal officiel
http://franceterme.culture.fr/FranceTerme/

Base de données terminologiques de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France http://www.culture.gouv.fr/culture/dglf/terminologie/85080

Lexique terminologique du Conseil supérieur de l’audiovisuel
http://www.csa.fr/infos/langue/langue_listemots.php

Banque de données terminologiques de la Communauté française de Belgique, puis choisir la page base de données du Service de la langue française
http://www.termisti.refer.org/termisti.htm

*· * Le grand dictionnaire terminologique de l'Office québécois de la langue française
http://www.olf.gouv.qc.ca/ressources/gdt_bdl2.html

Lexique des sports olympiques d’été
http://www.lexique-jo.org/liste4.cfm

Lexique des sports olympiques d’hiver
http://www.lexique-jo.org/liste3.cfm?langue=French

Lexique des faux-amis puis ouvrir l’onglet vocabulaire
http://membres.lycos.fr/jeuxdelettres/HTML/proverbes/ProverbesIndex.htm

III - LES MOTS ET LES CHOSES

**Ce qui se conçoit mal s’énonce confusément **

A - À tort ou de travers
Alcoolémie signifie taux d’alcool sanguin. Parler de « taux d’alcoolémie » est donc un pléonasme. Quant à « taux d’alcoolémie dans le sang », c’est un double pléonasme.

**Aller trop loin ** (savoir jusqu’où) et non savoir jusqu’où ne pas aller trop loin .

Alternative désigne un choix entre deux possibilités et ne devrait donc pas être employé pour désigner l’un des termes du choix ou avec le sens de solution de remplacement. Nous sommes là dans une belle confusion du choix et des solutions (et non pas des choix et de la solution).

**Après que… ** est suivi d’un verbe à l’indicatif ou au conditionnel mais jamais au subjonctif. On dira : après qu’ils ont mangé et non *qu’ils aient mangé. * Par contre, avant que… réclame, lui, le subjonctif, un mode dont la fonction est justement d’annoncer une action à venir mais encore incertaine.

Aujourd’hui se suffit largement à lui-même, inutile de lui ajouter au jour d’aujourd’hui , d’autant qu’aujourd’hui est déjà à l’origine un pléonasme.

**Avéré ** ne peut pas être faux : *cela est avéré * ou bien cela s’est révélé vrai (ou faux) , mais en aucun cas cela ne s’est avéré faux .

**Banal ** a pour pluriel banals et non banaux.

**Boycottage ** està recommander comme substantif de boycotter plutôt que boycott trop proche de l’anglicisme.

Capable ** est à distinguer de susceptible** , le premier désignant un potentiel pour au sens actif et le second une disponibilité à au sens passif. Cette loi est capable de modifier la situation mais cette loi est susceptible d’être modifiée .

Ceci ** et cela** ne sont séparés que par une infime nuance. Ceci désigne ce qui suit alors que cela se rapporte à ce qui précède. On préférera donc cela dit à *ceci dit. * De même, *voilà dix ans * est préférable à voici dix ans .

Célébrer ** (solennité), fêter ** (réjouissance) et** commémorer ** (souvenir). On célèbre ou on fête un anniversaire mais on commémore un événement. On le célèbre si l’événement dont c’est l’anniversaire invite à la gravité, on le fête s’il invite à la joie. Ainsi, on ne fêtepas l’anniversaire d’un génocide, on le célèbre au cours d’une commémoration.

Charrue , celle qu’on met *devant * les bœufs et non pas *avant * les bœufs.

Chou blanc ** n’est pas chou gras. ** Faire chou blanc, c’est échouer alors que faire ses choux gras de quelque chose c’est en tirer profit.

**Clore ** et **clôturer ** sont pratiquement synonymes sauf qu’avec clôturer on voit déjà le grillage et les piquets.C’est pourquoi, pour refermer un débat, une séance, un congrès, il est préférable de clore que de clôturer, c’est moins concentrationnaire. En revanche, il vaut mieux conclure un reportage, une interview, un journal, une émission, que de les clore. Mais la clôture de la bourse, d’une séance, des débats, d’un compte est tout à fait licite.

Conclure est souvent préférable à** intervenir** : un accord conclu vaut mieux qu’un accord intervenu.

Consécutif ** se distingue de successif ** : trois victoires consécutives , mais* troisième victoire successive.*

**Conséquent ** se rapporte à consécutif et non à considérable. Il ne s’emploie donc pas pour quelque chose d’important mais de logique.

**Convenu ** employéavec l’auxiliaire être signifie tomber d’accord sur alors qu’avec l’auxiliaire avoir il signifie être adapté à . Nous sommes convenus de cette date car cette date nous a convenu.

Coupes sombres (légères), coupes claires (sévères). L’expression vient de la sylviculture. La coupe sombre est celle qui laisse la forêt épaisse et la coupe claire, celle qui l’éclaircit. Au sens figuré, l’inverse s’est aujourd’hui imposé créant ainsi une confusion.

**Débattre ** est transitif : on débat une question (et non d’une question).

Débuter et démarrer ** étant intransitifs on ne peut pas débuter une interview , on la commence. En revanche, on peut et même on doit la débuter par * une question.*

Déclaration de revenus ,et non déclaration d’impôts .

De façon que ,** de manière que** , et non de manière à ce que .

Dont ,le pronom à tout faire ne peut en principe dépendre que d’un nom précédé d’une préposition. On dira : le procès de Papon dont c’est le deuxième jour ou encore Papon du procès de qui c’est le deuxième jour mais pas Papon dont c’est la deuxième journée du procès . Employé correctement, dont se suffit à lui-même dans sa fonction de pronom : les routes françaises dont un quart sont dangereuses et non les routes françaises dont un quart d’entre elles sont dangereuses . Mais souvent dont est utilisé abusivement à la place de que : c’est de cela dont nous allons parler au lieu de c’est de cela que nous allons parler .

En , se rapportant à un objet et **dont ** aussi, lorsqu’ils se rapportent au même, c’est la collision assurée : le procès dont il en a fait le compte rendu * alors que le procès dont il a fait le compte rendu * est bien suffisant. Idem avec de : *c’est de cela dont on parle * en rajoute un peu trop sur c’est cela dont on parle ou c’est de cela qu’on parle . Idem encore pour **où ** et **y ** : *la salle d’audience où je m’y suis souvent rendu * est extrêmement pléonastique.

Entrer ** n’est pas rentrer ** :au début du match les joueurs entrent sur le terrain, après la mi-temps, ils y rentrent.

Fait suivi d’un infinitif est un participe passé invariable : une maison que j’ai fait construire et non une maison que j’ai faite construire . Sur l’accord du participe passé en général - question piège s’il en est - on peut utiliser ce lien
http://www.langue-fr.net/d/ppasse/ppasse.htm

**Hexagone ** étant une figure à 6 côtés, on ne saurait dire aux 4 coins de l’Hexagone .

Manche , on le jette après la cognée, pas avant.

**Impacter ** fait partie de ces verbes imagés empruntés à l’anglais qui n’ont que deux défauts : ils sont laids et ils n’existent pas en français. Il en est ainsi pour fidéliser , initier (dans le sens de lancer), finaliser , implémenter . Toute la question est de savoir s’il faut optimiser le numérique ou l’utiliser pour impacter le réel .

Mandature est totalement superflu, mandat le vaut bien. De même, on peut la plupart du temps remplacer problématique par *problème, * thématique par *thème * et questionnement par question.

**Maximum ** est un substantif quidonne l’adjectif maximal .On parlera donc de vitesse maximale autorisée et non de vitesse maximum de niveau d’alerte maximal et non d’état d’alerte maximum. Idem pour minimum et optimum.

**Meilleurs vœux ** (meilleurs que quoi ?), l’expression employée telle quelle est bancale en revanche mes meilleurs vœux est intelligible.

Œil du cyclone ,désigne paradoxalement une zone de calme au milieu de la tempête. Être dans l’œil du cyclone signifie donc rester calme dans une situation de crise.

**Pallier ** est transitif, donc on palliera ces inconvénients et non *à * ces inconvénients. En revanche on peut remédier à ces inconvénients.

Pétrolière , se dit d’une compagnie un champ, lui, est pétrolifère .

**Péril ** en la demeure est une vieille expression dans laquelle demeure ne signifie pas maison mais retard . Il y a péril en la demeure veut donc dire qu’il faut faire vite.

Positionner est issu de cette dérive moderne consistant à « verbaliser » les substantifs. Cela donne entre autres avatars : acter, finaliser, sécuriser, positiver, solutionner, émotionner, impacter, halluciner, maturer, etc.

**Risque ** se rapporte à un danger, à un inconvénient mais en aucun cas à un événement heureux. Si l’on risque de perdre au Loto, on ne peut pas risquer de gagner, on se donne juste des chances (faibles) de gagner car on ne peut pas avoir des chances de perdre.

Rouvrir et non *réouvrir * qui est une abomination. Par contre réouverture est bel et bon.

**Sans ambages ** (franchement, sans détours) mais pas sans encombres (sans obstacle) ni **sans coup férir ** (facilement).

Savoir ** et ignorer ** sont dans une double négation : vous n’êtes pas sans savoir (vous ne pouvez que savoir) vous n’êtes pas sans ignorer (vous ne pouvez qu’ignorer).

**Savoir gré ** (être reconnaissant) et non être gré . On écrit donc je vous saurais gré , et non *je vous serais gré. * On fait parfois la confusion à l’insu de son plein gré : « Ah, la terrible, la grosse, l’énorme faute que nous découvrîmes après parution, honteux et péteux, rasant les murs de notre vaste étourderie… » (Eric Fottorino, Le Monde, 10 février 2004).

**Secousse tellurique ** et non sismique.

Soi-disant ne peut s’appliquer qu’à des humains et non pas à des choses ou à des concepts puisque cela signifie qui se prétend. On ne peut donc pas parler de la soi-disant démocratie mais de la prétendue démocratie . À proscrire absolument : soi-disant qu’il était malade .

**Sur ** est souvent employé à tort au lieu de dans, par, autour, à, au, avec (à long terme et non sur le long terme travailler à Paris et non sur Paris).

Tirer les marrons du feu ** n’est nullement un équivalent de tirer son épingle du jeu** . L’expression doit se comprendre en référence à la fable du Singe et du Chat : le chat tire les marrons du feu au risque de se brûler, le singe les mange. En tirant les marrons du feu on prend donc des risques au bénéfice de quelqu’un d’autre.

Températures , elles ne peuvent pas être froides ou chaudes mais basses, élevées ou normales pour la saison . De même, les pluies ne peuvent pas être importantes ou *conséquentes * mais abondantes . Bref, la météo ne saurait être mauvaise ou bonne , ce sont les conditions météorologiques qui le sont c’est-à-dire le temps .

Veto , on le met mais on ne l’oppose pas puisqu’un veto c’est déjà une opposition. Par contre on peut opposer son droit de veto.

B - Quiproquos, méprises, confusions…
Les faux amis se ressemblent mais ne s’assemblent pas :

acception du terme et son acceptation

accident et incident

achalandé par sa clientèle et approvisionné par ses marchandises

âcreté, acrimonie, alacrité et âpreté

adhérence et adhésion

affectation, affection et infection : « J’ai beaucoup d’infection pour vous »

affleurer et effleurer

agacement et agacerie

agoniser et agonir

ajustage et ce qu’il conditionne d’ajustement

alarmant et alarmiste, le second relevant d’une volonté d’inquiéter

allocution prononcée avec une belle élocution

amarrer et arrimer (lien souple ou rigide ? pour unir une navette spatiale avec la Station spatiale internationale, on préférera l’arrimage)

amener et apporter (le premier concernant un être vivant et le second un objet)

amoral (ce qui est étranger au domaine de la morale) et immoral (qui viole les principes de la morale)

apurer les comptes et épurer l’atmosphère

à raison de et en raison de

attenter et intenter : « Intenter un procès pour attentat aux bonnes mœurs »

autocratique et autocritique qui sont pour ainsi dire antinomiques

bimensuel et bimestriel (le premier se produisant quatre fois plus souvent que le second), en revanche biennal et bisannuel désignent tous les deux une périodicité de deux ans

béatifier et bêtifier sont - en principe - incompatibles

blanchissement des cheveux, blanchiment de l’argent sale et blanchissage du linge

circonvenir, circonscrire et circoncire

chaotique est la situation et cahoteux est le chemin

coasser dit la grenouille, croasser répond le corbeau

compréhensible et compréhensif

concussion et corruption

conflagration et déflagration

conjectures, on peut s’y perdre… lorsque la conjoncture est difficile

consommer et consumer

contacter et contracter

continuation et continuité

cultuel et culturel

décade (période de dix jours) et décennie (période de dix ans)

déchiffrage et déchiffrement

déchirement et déchirure

dédicacer et dédier

dégradation et déprédation

démystifier et démythifier

désintéressement et désintérêt

distancer et distancier

échoir et échouer

éducation, enseignement et instructionenduire et induire : « Ne l’enduisez pas d’erreur ! »

émerger et immerger sont l’inverse l’un de l’autre

émigration et immigration sont des mouvements contraires

éminent, imminent et immanent

épancher et étancher

éruption et irruption

étalage et étalement

évaluer et évoluer

éventaire et inventaire

évoquer et invoquer

exalter, exhaler et exulter

excessivement et extrêmement

exclu et exclusif

exode et exorde

extension et expansion

flairer et fleurer qui ont la même différence que prêter et emprunter

funèbre et funéraire

goulet et goulot

gourmand et gourmet

gril et grille

hiverner et hiberner

homard à l’américaine ne vaut pas celui à l’armoricaine

humaniste, humanitaire et humanitariste

importun et opportun qui sont une chose et son contraire

imprudent, impudent et impudique inclination et inclinaison

infecter et infester

intégral et intègre

jeter l’éponge et jeter le gant

judiciaire et juridique

justesse et justice

légal et légitime

luxe, luxure et luxation

magnificence et munificence

matériau et matériel

médiéval et moyenâgeux

méritant et méritoire, le premier s’appliquant à des personnes et le second à des attitudes

morbide et macabre (le premier renvoie à la maladie, le second à la mort)

mortalité et morbidité

mettre à jour (actualiser) et mettre au jour (découvrir)

notable et notoire sont aussi éloignés que leurs équivalents respectifs important et connu

obstruer et obturer

occasion et opportunité

oppresser et opprimer

original et originel

partial et partiel

participer à un mouvement social et participer d’un mouvement de colère

pastiche, postiche et potiche

perpétuer et perpétrerprédication et prédiction

prééminence et proéminence

près de (proximité) et prêt à (disponibilité)

prétendu et présumé (« ce présumé sondage est sans doute coupable des ses prétendus résultats »)

prescrire et proscrire

prodige et prodigue

publiciste et publicitaire

rabaisser et rebaisser

racaille et rocaille (laquelle des deux se nettoie-t-elle au Karcher ?)

rajuster ses lunettes et réajuster ses prix

rapport et report

rassembler et ressembler

rebattre les oreilles et rabattre le caquet

rechaper et réchapper

recouvrer et recouvrir

recréation et récréation

répartir et repartir

robe des champs pour une pomme de terre n’est pas une robe de chambre

satellite et son adjectif satellitaire (uniquement dans le domaine spatial)

séculier et séculaire

stipuler, stimuler et simuler

suggestion et sujétion

symptôme et syndrome

télévisé et télévisuel

C - Drôle de genre
Une acné

Un agrume

Une algèbre

Une alvéole

Un antidote

Un apogée

Un armistice

Un asphalte

Un astérisque

Un autographe

Une autoroute

Une ébèneUne échappatoire

Un effluve

Un épilogue

Un exode

Un hémicycle

Une HLM (puisqu’il s’agit d’une habitation à loyer modéré)

Un interstice

Une interview

Un obélisque

Une orbite

Un pétale

Un viscère

**Les hermaphrodites ** :

  • une espèce de … devient abusivement un espèce de devant un nom masculin
  • après-midi et après-guerre sont aujourd’hui plutôt masculins, mais il y a longtemps eu une hésitation sur leur genre
  • météorite est en principe au féminin, mais le masculin est fréquent et admis
  • *holding, * terme importé sans mode d’emploi
  • *autoradio * est en principe féminin, comme l’est autoroute, mais son emploi au masculin se généralise
  • les trois « drag-queens » de la langue française, plutôt masculins au singulier ont de singuliers pluriels puisqu’on les retrouve adorablement féminines dès qu’ils sont plusieurs : amour, délice * et orgue*
  • les mots qui changent de sens en changeant de genre (et réciproquement) :

aide,cache,cartouche,couple,crêpe,critique,enseigne,espace,garde,geste,hymne,livre,manche,manœuvre,mémoire,mode,mort,moule,mousse,œuvre,parallèle,pendule,plastique,poêle,politique,ponte,rose,secrétaire,somme,solde,tour,vase,voile.

Les mots masculins se terminant par des attributs féminins

  • les masculins en *ée * :

apogée,athée,athénée,caducée,camée,coryphée,empyrée,gynécée,hyménée,hypogée,lycée,macchabée,mausolée,musée,périgée,périnée,propylée,protée,prytanée,pygmée,scarabée,sigisbée,spondée,trochée,trophée

  • les masculins en ie :

aphélie,foie,incendie,messie,parapluie, périhélie,sosie,zombie

  • les masculins en ette :

bébé-éprouvette,casse-noisettes,fixe-chaussettes,fume-cigarette,magnétocassette,pied-d’alouette,porte-serviettes,quartette,quintette,squelette.

IV - ANNEXES

A – Dictionnaires et lexiques en ligne
1. GĒNĒRALITĒS
Dictionnaire de l’Académie française 9e édition (de A à Mappemonde). Indispensable car faisant autorité, mais aussi pour la clarté et la sobriété de ses définitions.
http://atilf.atilf.fr/academie9.htm

Dictionnaire de l’Académie française 8e édition. Voir supra.
http://atilf.atilf.fr/academie.htm

Trésor de la langue française. Un trésor d’érudition. Un puits de science.
http://atilf.atilf.fr/tlf.htm

Conjugaisons. Une aide à la pratique du « devoir conjugal ».
http://www.pomme.ualberta.ca/devoir/

Grammaire. C’est « une chanson douce » (Eric Orsenna).
http://grammaire.reverso.net/

Difficultés*. * Là où est la volonté, là est le chemin (devise du club alpin français).
http://abu.cnam.fr/cgi-bin/kwic?DICO/dicorth

Dictionnaire multifonctions de TV5. Bien adapté à un public francophone étranger.
http://www.tv5.fr/TV5Site/lf/mots_fleches.php

**2. AIDES À LA RĒDACTION **
Dictionnaire des acronymes. En français comme en anglais
http://www.acronymfinder.com/

Sigles et acronymes européens
http://publications.eu.int/code/fr/fr-5000400.htm

Dictionnaire des synonymes
http://elsap1.unicaen.fr/cherches.html

Expressions idiomatiques
http://www.alyon.asso.fr/litterature/regles/origine_des_expressions.html

Verbes pour introduire une citation : 300 équivalents de « dixit »
http://www.mlink.net/~jsm/300verbes.html

Citations et proverbes
http://www.evene.fr/citations/index.php

Proverbes et aphorismes
http://perso.wanadoo.fr/proverbes/proverbe.htm

Expressions latines
http://www.locutio.com/expressions_usuelles/expressions_intro.php

Pléonasmes
http://pages.globetrotter.net/matrem/pleonasmes.html

Dictionnaire des mots « moches »
http://www.dicomoche.net/

Générateur de langue de bois
http://www.w3perl.com/fun/management/pipotron.html

Génération automatique de textes aléatoires
http://www.charabia.net/

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
http://www.cledut.net/xylo.htm#paludo

B – Féminisation ** Des pour et des contre (tout contre) ** :

Rapport de la commission française de terminologie (1998)
http://www.culture.gouv.fr/culture/dglf/cogeter/feminisation/sommaire.html

Position de l’Académie française (2002)
http://www.academie-francaise.fr/actualites/feminisation.asp

Les éléments du débat
http://www.langue-fr.net/d/feminisation/feminisation.htm

Règles françaises de féminisation
http://atilf.atilf.fr/gsouvay/scripts/feminin.exe?REGLE=S

Lexique
http://atilf.atilf.fr/gsouvay/scripts/feminin.exe?OUVRIR_MENU=2

Guide belge de féminisation
http://www.cfwb.be/franca/femini/feminin.htm

Madame la présidente ?
http://correcteurs.blog.lemonde.fr/2006/12/27/madame-le-president/

Les mots pour la dire
http://www.siefar.org/Mots-feminins.html

C – Curiosités linguistiques
Bric-à-brac
http://www.bric-a-brac.org/lettres/genre.php

Fatrazie
http://www.fatrazie.com/

D – Jeux **Jeux de mains : jeux de vilains jeux de mots : jeux de… **

Jeux de lettres
http://www.langueauchat.com/jeux/jeux.html

Jeux de mots.
http://ecstsigi.edres74.ac-grenoble.fr/jeumots.htm#acrony

Jeux de langue
http://www.cfwb.be/franca/services/pg041.htm

Taxi brousse, le jeu des expressions d’Afrique sur TV5
http://www.tv5.fr/TV5Site/lf/taxibrousse.php

Dictionnaire pour cruciverbistes ou verbicrucistes
http://www.tatou-editions.com/FR/menu/html/fr02.htm

Kakemphaton : (du grec kakemphatos "malsonnant") : suite de sons qui produit un effet équivoque et inconvenant.
J'aime manger épicé. (J'aime manger et pisser).

Il sortit de la vie comme un vieillard en sort (Victor Hugo).

Et le désir s'accroît quand l'effet se recule... (Pierre Corneille).

Et trois fois dans son sein, le fer a repassé**(Pierre Corneille).**

Appelé à régner, Titus... (Jean Racine).

Etonnamment monotone et lasse est ton âme en mon automne, hélas ! (Louise de Vilmorin).

Mon père est marinier dans cette péniche, ma mère dit la paix niche dans ce mari niais. Ma mère est habile, mais ma bile est amère car mon père et ses verres ont les pieds fragiles (Bobby Lapointe).

O, sombre héros de la mer (Noir Désir).

Je t'attendrai à la porte du garage (Charles Trenet).

Six russes c'est six Slaves, s'ils se lavent c'est qu'ils se nettoient, si ce n'est toi c'est donc ton frère.

[*]Singulier et pluriel des mots empruntés : les noms ou adjectifs d'origine étrangère ont un singulier et un pluriel réguliers : un zakouski , des zakouskis ; un ravioli , des raviolis ; un graffiti , des graffitis ; un confetti , des confettis ; un scénario , des scénarios ; un jazzman , des jazzmans , des matchs , des lands , des lieds , des solos , des apparatchiks . Il en est de même pour les noms d'origine latine (des maximums , des médias ).

En ce qui concerne les noms de peuples, on les accorde en genre et en nombre lorsqu’ils sont employés comme adjectifs : les populations inuites, touaregues , etc.

* Le mot ordinateur fut inventé en 1955 par Jacques Perret, professeur de philologie latine à la Sorbonne, à la demande d’IBM France. Le mot se trouvait déjà dans le Littré pour désigner… Dieu qui met de l’ordre dans le monde. Avec l’ordinateur est née l’informatique. Le terme fut trouvé par l’« informaticien » français Philippe Dreyfus en 1962 en contractant « information » et « automatique ». Juste retour des choses, informatique n’a pas d’équivalent en anglais.

[†] Le suffixe nominal -er des anglicismes se prononce tantôt comme dans mer (*exemples * : docker, révolver, starter ) et plus souvent comme dans notre suffixe -eur (exemple : leader, speaker ) ; parfois deux prononciations coexistent (exemples : cutter, pull-over, scooter ). Lorsque la prononciation du -er (final) est celle de -eur , on préférera ce suffixe (exemple : debatter devient débatteur ). La finale en -eur sera de règle lorsqu’il existe un verbe de même forme à côté du nom (exemples : squatteur , verbe squatter ; kidnappeur , verbe kidnapper , etc.).