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Le Front républicain (1983 - 2014) ?

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Le Front républicain est-il mort ? Face à la centaine de triangulaires prévues au deuxième tour des municipales, l'UMP a annoncé qu'elle se maintiendrait partout - y compris quand le FN peut l'emporter. Au PS, certaines voix commencent à plaider contre les désistements systématiques. Que reste-t-il du Front républicain en 2014 ?
La justification de l'UMP est connue : "hors de question de nous retirer, alors que le PS pactise avec l'extrême-gauche". Ainsi le principal parti d'opposition explique-t-il son refus de se désister dans les villes où le FN peut l'emporter. En l'occurrence, le Front national est arrivé en tête dans 16 villes (Avignon, Fréjus, Tarascon, Saint-Gilles, Forbach...). Et le parti de Marine Le Pen peut se maintenir dans une centaine de triangulaires, dont plusieurs dizaines de grandes villes.

municipales 2014, les triangulaires
municipales 2014, les triangulaires
© Radio France

De son côté, le Parti socialiste a annoncé son intention d'abandonner la course dans deux villes à "fort risque" FN : Saint-Gilles et Tarascon. Mais le député socialiste Yann Galut demande à son parti de renoncer aux "désistements systématiques" car le "Front républicain ne fonctionne que dans un sens". Pour le co-fondateur du groupe "La gauche forte", "la mort du Front républicain est désormais manifeste" .

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Le Front républicain, depuis quand ?
"Le principe s'est forgé avec la percée du FN dans les années 1980, et plus particulièrement les municipales de 1983", explique Pascal Perrineau , politologue et professeur à Sciences-Po. Cette année-là, les Frontistes remportent la mairie de Dreux (Eure-et-Loire), avec le concours du RPR local. L'idée que les partis de l'"arc républicain" doivent se désister mutuellement pour faire barrage à l'extrême-droite progresse."Mais c'est un concept fluctuant, qui fonctionne assez mal, note Pascal Perrineau. Il est plus ou moins appliqué selon les enjeux, les aléas politiques et les situations locales".

En 1998, nouveau cas d'école :** le RPR choisit de ne pas composer avec le FN** , quitte à perdre des exécutifs. Les récalcitrants (Charles Millon, Jacques Blanc...) sont exclus du parti.

Le 21 avril 2002, le Front républicain atteint son apogée. L'ensemble des candidats à la présidentielle - sauf Arlette Laguiller - se rangent derrière Jacques Chirac , face à Jean-Marie Le Pen. Le président sortant, candidat à un deuxième mandat, se place alors en champion du rassemblement. Et fait allusion, dans son discours, à son refus de toute alliance avec le FN :

Mais aux municipales de 2008 et aux cantonales de 2011, l'UMP change de position. Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, il choisit le "ni-ni" .

"Ni Front républicain, ni Front national"
Le parti de droite, dirigé successivement par Xavier Bertrand puis Jean-François Copé, renvoie ainsi dos-à-dos les deux extrêmes. L'UMP se maintient partout où elle en a la possibilité. "Le 'ni-ni', c'est un concept qui cherche à donner une cohérence à du bricolage sur le plan local . En général, le message envoyé depuis Paris est mal appliqué localement" pointe Pascal Perrineau. D'après lui, le Front républicain appartient désormais au passé :

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La décision de se désister, qui semble simple à prendre depuis Paris, est beaucoup plus complexe localement : cela signifie, pour une liste aux élections municipales, de se priver de tout élu local pendant six ans. "Les candidats n'ont pas envie de laisser tout le champ libre au Front national et au camp d'en face", relève Pascal Perrineau.

Le concept du Front républicain est d'ailleurs de moins en moins populaire. D'après l'enquête IPSOS-Stéria parue le 24 mars 2014, les militants UMP et UDI ne sont que 10 % à plébisciter cette option. Une majorité (47%) est favorable au maintien de la liste de droite qui serait arrivée en troisième position derrière le FN et la gauche au premier tour des municipales. Ils sont 25% à souhaiter que cette liste "se retire et ne donne pas de consigne de vote ". **Enfin, 18% souhaitent qu'elle "se retire et appelle à voter pour la liste du Front national". **