Picquart, le faux héros de l'affaire Dreyfus
Picquart, le faux héros de l'affaire Dreyfus

Le commandant Picquart : faux héros de l'affaire Dreyfus

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Le général Picquart, faux héros de l'affaire Dreyfus

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Souvent considéré comme le héros de l'affaire Dreyfus, le général Picquart serait celui qui aurait découvert et dénoncé la supercherie. Mais la réalité est tout autre, Picquart était opportuniste et antisémite, selon l'historien Philippe Oriol.

L’histoire retient le général Marie-Georges Picquart comme le “héros” de l’affaire Dreyfus. Il est présenté comme le “lanceur d’alerte” qui a sacrifié sa carrière pour prouver l’innocence de Dreyfus. Jean Dujardin l'incarne dans le film de Roman Polanski J'accuse, dans les salles le 13 novembre 2019. Mais en réalité, Picquart était un opportuniste et un antisémite.

Marie-Georges Picquart est un brillant militaire, né en 1854 en Alsace, il travaille au renseignement lorsqu’éclate en 1894 l’affaire Dreyfus. Alfred Dreyfus, un officier juif, est accusé à tort d’espionnage pour le compte de l’Allemagne. Il est condamné pour trahison, dégradé et déporté au bagne de Guyane. 

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Mais Picquart découvre la machination : le document qui met en cause Dreyfus est un faux, fabriqué pour faire accuser le capitaine. Picquart informe sa hiérarchie qui tente d’étouffer l’affaire. Pour éviter le scandale, l’état-major l’écarte, puis le met en prison pendant plusieurs mois.

**Philippe Oriol, historien : "**Picquart, c’est celui qui un jour va prendre la direction de “la section de statistiques”, c’est-à-dire le contre-espionnage. Il va découvrir, c’est ce qui l’a rendu célèbre, que Dreyfus est innocent et que le traître est un autre, qui s’appelle Esterhazy."

Mais le récit héroïque est en fait très éloigné de la réalité historique. Selon les archives, le vrai Picquart n’avait rien à faire de la justice, ni de Dreyfus. Picquart était un antisémite et ne s’en cachait pas.  

**Philippe Oriol : "**Dans les lettres, quand Picquart parle de Joseph Reinach, qui est l’un des grands dreyfusards, le premier historien de l’affaire Dreyfus et qu’il dit au général de Galliffet 'ce sale juif me fait horreur', je pense qu’on peut qualifier ça d’antisémitisme."

D’après les archives, Picquart voulait avant tout protéger l’image de l’armée. Il savait que l’erreur judiciaire finirait par être reconnue et souhaitait prendre les devants.

Philippe Oriol : "On a parlé de Picquart comme d’un lanceur d’alerte. Qu’est-ce qu’un lanceur d’alerte ? C’est quelqu’un qui à partir du moment où il va découvrir quelque chose qui pose problème, va alerter les gens pour que tout le monde le sache. Picquart a fait une découverte mais il n’a jamais alerté personne. Il a tout fait pour essayer, soit de ne plus parler de l’affaire Dreyfus, soit d’en dire le moins possible quand il n’avait plus le choix et qu’il était obligé de parler. Picquart espérait qu’il pourrait réintégrer l’armée et qu’il pourrait continuer sa carrière, et peu importe à ce moment-là ce qui pouvait advenir de Dreyfus, qui n’était plus son problème."

Après son arrestation, Picquart est élevé au rang de martyr par les dreyfusards. Le camp pro-Dreyfus utilise son nom et sa notoriété pour faire basculer l’opinion.

Philippe Oriol : "Ça a vraiment été une stratégie de la part des Dreyfusards, que d’héroïser ce Picquart. Il est bien évident qu’avoir un militaire qui portait beau, issu d’une vieille famille catholique était quelqu’un qui était susceptible d’entraîner les masses. Parce qu’à partir du moment où Picquart est devenu le héros de l’affaire Dreyfus, ça a pu générer des adhésions beaucoup plus importantes qu’auparavant."

Après un long et éprouvant combat judiciaire, la vérité finit par triompher. Dreyfus est gracié par le Président de la république le 19 septembre 1899.

Mais Dreyfus souhaite aller plus loin : il veut laver son honneur et prouver définitivement son innocence. Dreyfus et Picquart sont finalement réhabilités le 12 juillet 1906. Mais durant ces sept années, Picquart continue à être intraitable avec Dreyfus.

Philippe Oriol : "Picquart s’est montré assez terrible à l’égard de Dreyfus, l’attaquant assez souvent dans la presse faisant courir des bruits à son sujet. Par exemple le fait que les Dreyfus étaient des ingrats, le fait que Dreyfus n’ait jamais pris contact avec lui. Alors que moi, j’ai retrouvé toutes les correspondances de Dreyfus à Picquart. Il y a aussi le fait que la famille de Dreyfus s’était soi-disant mal comportée avec son grand ami, l’avocat Labori, le fait que Dreyfus n’avait pas payé ou en tout cas qu’ils avaient discuté des tarifs, etc."

Après sa réhabilitation, Picquart sera nommé ministre de la Guerre, la plus haute fonction que puisse espérer atteindre un militaire. Dreyfus quant à lui servira en tant que lieutenant-colonel pendant la guerre de 14-18.

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