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Le Golan, un atout éternel ?

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Vue du mont Bental sur la partie du plateau du Golan occupée par Israël, le 20 janvier 2019
Vue du mont Bental sur la partie du plateau du Golan occupée par Israël, le 20 janvier 2019
© AFP - Menahem Kahana

Repères. Très critiqué sur la scène internationale, le Président américain vient de reconnaître la souveraineté israélienne sur le Golan. Ce territoire, aux mains des Syriens jusqu'en 1967, a été annexé par Israël en 1981 pour des raisons stratégiques, de défense sécuritaire et d'approvisionnement en eau.

Jusqu'à présent, aucun dirigeant international n'avait soutenu la position israélienne de faire du Golan sa propriété. Les résolutions du conseil de sécurité de l'ONU et les votes de l'Assemblée générale mettent le Golan dans la catégorie "Territoires occupés" par Israël. 

Mais lundi, en présence du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu en visite à Washington, Donald Trump a signé un décret par lequel les Etats-Unis reconnaissent la souveraineté d'Israël sur ce plateau très stratégique, notamment pour sa richesse en eau. Le lendemain, les membres européens du Conseil de sécurité - France, Grande-Bretagne, Allemagne, Belgique et Pologne - ont redit qu'ils ne reconnaissaient pas de souveraineté israélienne sur ce territoire et ont exprimé leurs inquiétudes plus générales sur "les conséquences d'une reconnaissance d'une annexion illégale". Et ce mercredi, lors d'une réunion au Conseil de sécurité demandée par la Syrie, la position des Etats-Unis a été unanimement condamnée par ses 14 partenaires de l'ONU.

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Un territoire grand comme la Martinique

Le plateau du Golan, au nord-est d’Israël, à la frontière avec le sud-ouest de la Syrie, est un territoire de 1 160 km2, qui s'étend sur 67 kilomètres de long et 12 à 25 kilomètres de large. Depuis 50 ans, Israël l'a intégré comme sous-district de son district nord. Près de 50 000 personnes y vivent, principalement dans des exploitations agricoles. La moitié de la population est druze.

Un berger druze sur le plateau du Golan en mars 2019
Un berger druze sur le plateau du Golan en mars 2019
© AFP - Menahem Kahana

Le Golan est présenté comme un carrefour hautement stratégique par sa localisation, et sa géographie. Surplombant le lac de Tibériade, il domine la Galilée et la plaine de Damas syrienne et les principales sources qui nourrissent le lac de Tibériade et le Jourdain. Il est un parfait point d'observation. Le plateau du Golan, Ramat ha Golan en hébreu, est devenu un terrain militaire rempli d'antennes et matériels militaires sophistiqués si important que certains le surnomment "les yeux d'Israël". La région hébergerait la plus grande station militaire du Moyen-Orient, capable de surveiller la capitale syrienne (située à une cinquantaine de km, donc à portée d'artillerie), et les lignes de communication.

L'altitude du Golan entre 500 et 1 000 mètres permet de parer des attaques balistiques et terrestres. L'année dernière, des missiles partis de la Syrie ont été détruits par des batteries antiaériennes israéliennes placées sur le plateau. C'était la première fois depuis 1967 que les habitants du Golan ont été contraints à descendre dans les abris. Pour autant, l'atout militaire stratégique du Golan parait aujourd'hui moins important, compte-tenu des progrès et de la sophistication des missiles, avions et autres engins de guerre. Sa valeur stratégique est davantage hydraulique que tactique.

Château d'eau extraordinaire

Entre l'affluent Banyas, d'une part, et les nappes qui s'écoulent dans le Jourdain, le Yarmouk et le lac de Tibériade d'autre part, le plateau et le massif du Golan fournissent 35% environ de l'approvisionnement en eau douce d’Israël, plus de 250 millions de m3 d'eau par an. Une donnée capitale, une porte principale d’accès à l’eau dans une région sèche. Le Golan, après le Mont Liban, est la deuxième plus grande réserve d'eau au Proche-Orient. Les sources coulent dans le sous-sol. Plusieurs rivières qui s'assemblent dans le Jourdain y prennent leur source. Autant de conditions hydrographiques propices au développement agricole et sylvicole.

Poste militaire israélien sur le plateau du Golan
Poste militaire israélien sur le plateau du Golan
© AFP - Louai Beshara

Au fil de l'Histoire

  • Le Golan était revenu aux Syriens à la fin de la Première guerre mondiale. Auparavant, il était sur le chemin des caravanes de Damas et de Bagdad vers la Méditerranée, occupé par les Grecs, puis les Romains, et les Arabes au VIIe siècle. 
  • En 1916, les accords Sykes-Picot font du Golan, une partie intégrante du mandat syrien confiée à la France. Pendant la campagne de Palestine, au printemps 1948, la Syrie essuie un échec militaire et les Syriens se réfugient dans les hauteurs du Golan. 
  • De 1946 à 1967, pendant plus de vingt ans, Damas tire avantage du Golan et mène d'intenses activités militaires, y ayant installé des bunkers, des tranchées, et de grosses pièces d'artillerie, en contrebas. 
  • En juin 1967, lors de la guerre des Six jours, le Golan tombe aux mains des Israéliens. L'armée en fait un poste de surveillance de ce qui se passe en contrebas, dans la plaine du Hauran syrien menant à Damas. Les Syriens ont vainement tenté de reconquérir le Golan lors de la guerre de Kippour en 1973. Un accord israélo-syrien de désengagement sous l'auspice du secrétaire d'état américain Henry Kissinger permet à Damas de récupérer la nouvelle poche envahie lors guerre de Kippour et une petite partie du Golan dont Quneitra.
  • Lors des guerres de 1967 et 1973, près de 150 000 personnes, soit la majorité des habitants syriens du Golan ont fui le plateau. Dès 1967, 30 000 colons israéliens y sont envoyés.
    En 1974, une ligne de cessez-le-feu est établie et l'ONU déploie une force de paix d'observation dans une zone tampon sur la partie du plateau contrôlé par Damas. Malgré plusieurs tentatives de négociations en 1994-95 et en 1999-2000, la Syrie et Israël n'ont jamais signé de traité de paix. La guerre menace encore. 
  • En 1981, Israël intègre cette région à son territoire, sous le gouvernement de Menahem Begin. Le 14 décembre 1981, le Parlement approuve l'annexion du Golan. Une annexion qui sera renforcée le 26 janvier 1999 par Benjamin Netanyahu : désormais, il ne suffit plus d'une majorité simple, mais d'une majorité absolue de la Knesset et une approbation par référendum pour toute concession territoriale du Golan. Pour Israël, le plateau du Golan est plus que jamais devenu un garant de sa survie face à des voisins hostiles. "Israël ne se retirera jamais du Golan", avait d'ailleurs rappelé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu en 2016.
  • L'annexion du Golan est contestée internationalement. Dès le 17 décembre 1981, l'Assemblée générale de l'Onu vote à l'unanimité sauf deux voix (Etats-Unis et Israël) comme _"nulle et non avenue" l_a décision israélienne. Puis ce sont les résolutions du Conseil de sécurité qui condamneront Israël et exigeront son retrait. Sans effet jusqu'à ce jour. 

Israël cherche la normalisation du Golan, un demi-siècle après son annexion

La guerre civile syrienne donne l'occasion aux Israéliens de défendre l'annexion du Golan comme bouclier légitime contre les soutiens du régime de Bachar al-Assad, l'armée iranienne et le Hezbollah présents sur le territoire syrien. Israël présente le Golan comme un atout stratégique, défensif et offensif : il lui permet d'éviter une attaque surprise par le contrôle des Syriens en contrebas, il protège la Galilée (région nord d'Israël) de tirs d'artillerie, il empêche l'utilisation du lac de Tibériade par Damas et la déviation des eaux de surface du Golan et Yarmouk, enfin, il aide à recueillir les eaux à l'est de la ligne de crête.

Après avoir obtenu des Etats-Unis la reconnaissance de Jérusalem comme capitale israélienne, l'Etat juif attendait le même geste américain à l'égard du Golan.

Donald Trump, le président américain
Donald Trump, le président américain
© AFP - Saul Loeb

C'est à la fin du mois de mai 2018 que le ministre israélien des Transports et du Renseignement, Yisrael Katz, avait affirmé lors d'une interview accordée à Reuters : "Israël a demandé au gouvernement Trump de reconnaître sa souveraineté sur les hauteurs du Golan". _"Tout le monde devrait reconnaître la souveraineté israélienne"_surenchérissait le chef du parti centriste Yair Lapid, parce que "Le Golan est stratégiquement important pour tout le Nord du pays. Nous ne permettrons pas qu'il devienne une zone à partir de laquelle Israël est constamment menacé - pas maintenant et ni après Assad, Israël ne le restituera jamais le Golan au président syrien"__.

"Contrôler le Golan garantit non seulement nos sources d'eau et la sécurité de la Galilée, mais aussi l'existence de tout Israël", a déclaré le chef du Conseil régional du Golan, Eli Malka, en juin 2018. Et de lancer une mise en garde : "Le territoire syrien ne doit pas être utilisé comme avant-poste iranien contre l'Etat d'Israël, et ne pas servir comme lieu de transit des armes destinées au Hezbollah au Liban."

Avec la collaboration de Franck Ballanger et d'Eric Chaverou

Sur les docks | 14-15
54 min