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Le gouvernement face au Covid : les constats accablants du Sénat et de l'Assemblée

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Le directeur général de la Santé Jérôme Salomon, à droite, vient d'être particulièrement visé par la commission d'enquête du Sénat. Elle l'accuse d'une décision de 2018, sans en référer, qui aurait mené à la pénurie de masques face au Covid.
Le directeur général de la Santé Jérôme Salomon, à droite, vient d'être particulièrement visé par la commission d'enquête du Sénat. Elle l'accuse d'une décision de 2018, sans en référer, qui aurait mené à la pénurie de masques face au Covid.
© Maxppp - Ludovic Marin / pool

Repères. "Nous avons ressenti de la stupeur, beaucoup d'incompréhension et même de la colère devant l'état manifeste d'impréparation du pays" a affirmé jeudi Alain Milon (LR), président de la commission d'enquête du Sénat. Des accusations de sous estimation puis d'erreurs également exprimées par l'Assemblée.

Quelques jours après l'Assemblée nationale, le Sénat vient de révéler les conclusions du rapport de sa commission d'enquête sur la gestion de la crise sanitaire. Après six mois de travaux et 47 auditions, les sénateurs font le bilan. Comme leurs collègues députés, ils critiquent sévèrement l'exécutif. Mais ils pointent particulièrement du doigt la responsabilité d'un homme dans le fiasco des masques : le numéro 2 du ministère de la Santé, Jérôme Salomon, directeur général de la Santé. Alors que 96 plaintes à l'encontre de ministres ont été adressées pour mise en danger de la vie d'autrui ou homicide involontaire à la cour de Justice de la République.

Une succession d'erreurs de Jérôme Salomon selon les sénateurs

Un défaut de préparation et de communication ou une mauvaise gestion des masques sont quelques-uns des griefs sénatoriaux. Avec un homme particulièrement visé et un peu connu du grand public pour ses points d'étape sanitaire : Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé. Sa première erreur, d'après la commission sénatoriale, est d'avoir décidé, il y a deux ans, de ne pas renouveler le stock de masques chirurgicaux. Pourtant, en 2018, le Professeur Salomon est informé par l'agence sanitaire Santé Publique France de la non conformité de la quasi totalité des masques stockés. Il choisit alors, sans prévenir la ministre Agnès Buzyn, soulignent les sénateurs, de détruire les plus de 600 millions de pièces concernées et de n'en racheter que 100 millions. Catherine Deroche, la rapporteure LR de la commission d'enquête, précise que :

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Concrètement, il a donc été décidé, subitement, unilatéralement, sans en référer au pouvoir politique, que le pays ne pourrait plus compter sur un stock massif de masques. Et ce, sans même avoir vérifié surtout que les capacités d'approvisionnement permettaient de prendre rapidement le relais en cas de crise. 

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Les sénateurs s'appuient sur des échanges de mails publiés par la commission. Co rapporteur, Bernard Jomier est sénateur écologiste (apparenté socialiste) :

On établit formellement qu'il y a eu intervention du directeur général de la Santé sur un rapport d'expert. Ce rapport a bien été modifié, c'est un dysfonctionnement grave du fonctionnement des pouvoirs publics.

Catherine Deroche de souligner que "La modification formulée par le DGS est importante parce qu'il était mis l'accent sur un stock massif. Or lui avait fait le choix de plutôt avoir un stock très faible. A notre sens, il a donc souhaité modifier les termes du rapport d'expert. De façon à ne pas être contredit dans la stratégie qu'il avait lui même choisi."

La direction générale de la Santé n'a pas répondu à nos sollicitations mais a assuré jeudi soir dans un communiqué qu’"aucune pression" n’avait été exercée pour faire modifier a posteriori un rapport d’expert. Le texte d'ajouter que Jérôme Salomon "tient à préciser qu’il a lui-même fourni l’ensemble des échanges de mails aux membres de la commission d’enquête du Sénat", une démarche qui "participe d’une volonté totale de transparence". Bernard Jomier, co-rapporteur de la commission d’enquête, a démenti cette affirmation : "Jérôme Salomon n’a pas envoyé les mails lui-même, ce n’est pas vrai" a soutenu le sénateur de Paris, qui insiste : "C’est inexact".

Quoi qu'il en soit, sans nier la gravité de ces faits, d'autres sénateurs, communistes notamment, insistent : si on en est là aujourd'hui, ce n'est pas la faute d'un seul homme et d'une seule décision, mais bien d'un système de santé à bout de souffle, épuisé depuis déjà des années.  

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Le constat accablant de la commission d'enquête de l'Assemblée

"Sous-estimation du risque", "pilotage défaillant de la crise", une France "mal armée". C'est notamment en ces termes que la commission d'enquête de l'Assemblée nationale a qualifié le 2 décembre dernier la politique gouvernementale face au Covid-19. Il s'agit là aussi d'un travail de six mois, piloté par Les Républicains. Avec plus de cinquante auditions, dont celle de l'ex-Premier ministre Edouard Philippe, de plusieurs ministres de la Santé successifs ou de Didier Raoult. La gestion de la crise a été "chaotique" et a révélé des "failles structurelles", a au final estimé devant la presse Eric Ciotti. Le rapporteur LR de la commission anticipant de cinq jours la publication officielle du rapport.

Il est question dans ce texte de "stocks stratégiques insuffisants", "des messages contradictoires sur le port des masques", d'"une campagne de tests lente à se déployer". Le rapport parle également de l'ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, alertée dès le mois de janvier par la Direction générale de la Santé alors que Emmanuel Macron a enclenché le confinement le 16 mars. "Nous n'étions pas prêts" constatent sans appel les députés. Et de cibler une trop grande centralisation, la complexité de la chaine de commandement, sa lourdeur. Ministère, cellules de crise, Agences régionales de Santé, préfets. Tout cela a conduit à un manque de préparation et à une perte d'efficacité que pointe le vice-Président de cette commission d'enquête : le président du groupe LR à l'Assemblée : Damien Abad.

La commission invite donc l'Etat à retrouver une souveraineté sanitaire et elle fait près de trente recommandations, notamment pour une médicalisation des Ephad, les "grands oubliés de la première vague". Et le co rapporteur LR de la commission d'enquête, Eric Ciotti, propose une réorganisation de l'ensemble de la santé, avec une prise de décision plus centralisée. Elle serait pilotée par un ministère de l'anticipation des crises sanitaires placé sous l'autorité du Premier ministre.

Face à ces critiques, les députés de la majorité LREM et MoDem se sont abstenus. Tous les autres membres se sont prononcés pour. "Nous ne pouvions voter pour un rapport partial et partiel", a déclaré le député LREM Julien Borowczyk, président de la commission.

Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a lui défendu les actions menées : 

Nous avons montré que nous étions à la fois dans la gestion et dans l’adaptation de la politique qui est menée face à un virus qui bouscule l'organisation des pays du monde entier.