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Le Havre par Raymond Queneau : "Il y a des villes qui n'ont pas besoin du long usage du temps"

Par
Raymond Queneau, en 1951
Raymond Queneau, en 1951
© AFP

MEMOIRES VIVES. LE HAVRE A 500 ANS | Petite enfance au milieu des draperies dans la mercerie de ses parents ou retour en 1945 dans ces "décombres de décombres", Queneau évoquera à deux reprises sa ville natale du Havre dans l'émission "Chansons d'écrivains" début 1953.

Raymond Queneau est né au Havre un 21 février de l'année 1903. Père et mère merciers, on est catholique chez les Queneau, et Raymond est fils unique. De cette enfance entre-deux guerres à l'ombre du port d'où partent les navires transatlantiques, il tirera une autobiographie romancée, publiée en 1937, Chêne et chien. A l'époque, on ne parle pas encore de "roman" mais parfois de "poème en prose". Amateur de pieds de nez, Queneau préférera le sous-titre de "roman en vers".

C'est dans Chêne et chien qu'il écrira notamment ce passage sur son enfance havraise :

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Mais je dois revenir quelque peu en arrière :

je suis toujours enfant,

je dessine avec soin de longs chemins de fer,

et des bateaux dansant

sur la vague accentuée ainsi qu’un vol de mouettes

autour du sémaphore,

et des châteaux carrés munis de leur girouette,

des soldats et des forts,

(témoins incontestés de mon militarisme

— la revanche s’approche

et je n’ai que cinq ans) des bonshommes qu’un prisme

sous mes doigts effiloche,

que je reconnais, mais que les autres croient être

de minces araignées.

À l’école on apprend bâtons, chiffres et lettres

en se curant le nez.

Écoutez Raymond Queneau raconter sa ville du Havre le 4 janvier 1953 dans l'émission "Chansons d'écrivains":

Raymond Queneau lit un extrait de Chêne et Chien

49 sec

Le Havre et "la fournaise de l'histoire"

Au cours de cette même émission de Jean Chouquet en 1953, Raymond Queneau évoquera une seconde fois sa ville natale. L'enfance est derrière, c'est le Havre de l'immédiat après-guerre qu'il nous raconte, après que la totalité de la ville basse a été pulvérisée par les bombardements britanniques du 5 septembre 1944 :

Lorsque j'y suis allé en 1945, je n'ai vu que des ruines. Pas même. Des ruines de ruines. On commençait à déblayer des décombres de décombres.

Ecoutez-le huit ans après l'anecdote, dans cette émission du 4 janvier 1953 :

Le Havre, "des décombres de décombres" : Raymond Queneau au micro de Jean Chouquet le 4 janvier 1953

28 sec

archives Ina - Radio France