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Le jour d’après la grève

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Lundi 6, vers midi, je me suis retrouvé dans une ville européenne, ou je suis devenu témoin d’une conversation que j’envie de vous reproduire aujourd’hui, « le jour d’après la grève ». Un homme, lui français et elle, britannique, étaient assis juste à coté de moi, dans un café. Pendant que moi, j’envoyais des courriers électroniques profitant de la connexion wifi, eux, ils parlaient grèves…

  • c’est curieux, dit la femme, les français et les anglais feront la grève le même jour…
  • oui, réponds l’homme, mais pas de la même manière…et puis, chez vous c’est plus rare, n’est-ce pas ?

-oui, nous n’avons pas l’habitude de nous mettre en grève pour un oui et pour un non…

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-c’est sur, mais bon, nous, les français, nous avons notre modèle sociale à défendre…

-mais nous, les britannique, nous avons également une modèle sociale et on est prêts a le défendre, seulement la grève, c’est vraiment la dernière solution possible…La, le métro londonien se met en grève car plusieurs licenciements d’agents sont annoncés, mais bon, c’est un peu inéluctable, l’automatisation a fait son chemin…et puis, nous sommes vraiment au bord de la banqueroute…

  • nous aussi, répond le français, de toute façon, chez nous comme chez vous il faudra faire des économies, ils feront la grève pour les retraites, mais je suis sur de ne jamais pouvoir toucher la mienne…

La partie philosophique de la conversation est arrivée ainsi à une pause logique…Soudainement, les deux se sont tournés vers moi…

-Excusez nous, est ce qu’on pourrait profiter de votre ordinateur ? Vous savez, on doit partir mardi, moi pour Paris et madame pour Londres, et apparemment il y aura des grèves.

-Moi aussi, j’ai répondu, mais je pars ce soir

-Vous avez intérêt de vous renseigner donc aussi, m’a prévenu le français. Les grèves en France commencent en général la veille et se terminent le lendemain de la date annoncée…

-Oui, je sais, mais je ne crois pas que les contrôleurs aériens feront une grève pour les retraites. Ils ne sont pas le plus mal traités…

-Ah…qui sait, cher monsieur, qui sait, ils sont imprévisibles…

Nous voici tous les trois en train de tapez les mots-clés de la journée à venir dans Google…La version française « grève » plus « aéroports de paris » a apporté énormément de résultats mais pas beaucoup d’éclaircissement. On a eu l’impression que toute la presse française ne parlait que des grèves, pourtant l’information essentielle, a savoir, quand celui qui va faire sa grève va la commencer précisément et quand précisément il va terminer de la faire, manquait cruellement ! On a appris, par exemple, que la compagnie de mes nouveaux compagnons, easyJet, avait déjà annulé plusieurs vols pour mardi. En allant sur le site de la compagnie on a vu que leur vol n’était pas dans la liste noire, mais « des modifications » ont été annoncées au courant de la journée. Air France annonçait le pourcentage de vols maintenus et proposait également de suivre l’évolution sur le site des aéroports de Paris. Et moi je n’arrivais pas à savoir si les contrôleurs aériens allaient faire leur grève a partir de lundi soir (et dans ce cas la je ne pourrais pas sans doute atterrir a Paris) ou seulement a partir de mardi matin. Et si ils commençaient le lundi soir jusqu’à quand allaient-ils le faire ??? Condamnés ainsi à rester ensemble en attendant des nouvelles depuis l’internet francophone nous avons essayé d’en savoir plus sur les grèves londoniennes. Et la, surprise ! En tapant « strike » et « london », nous avons toute de suite atterris sur le site de Daily Telegraph, qui n’expliquait pas seulement « les grands enjeux de cette lutte sociale », mais mettait également une multitude de liens très pratiques : le schéma des transports londonien, l’état du trafic sur chaque ligne, comment faire le même trajet autrement qu’en Metro en grève et même télécharger le plan du trajet en format PDF. La cerise sur le gâteau – comment se déplacer a pieds du point « a » jusqu’au point « b ».

-tu vois, remarquait la britannique, même si on fait la grève on essaye de faire en sorte que ce soit le moins pénible

-pas chez nous, répondait le français. Il faut emmerder un maximum de gens, c’est le seul moyen de réussir…En France, il se tournait vers moi, il faut gueuler pour obtenir quoi que ce soit, n’est pas ?

Vers 17h nous nous sommes séparés, sans apprendre rien de nouveau sauf que « la situation est en train d’évoluer et il faut suivre les annonces sur le site des compagnies aériennes ». A l’aéroport j’étais vite rassuré de voir mon vol annoncé a l’heure. Au décollage j’ai parlé à une stewardesse en demandant si les contrôleurs allaient finalement faire grève. « On verra », m’a répondu la stewardesse…

Mardi, je me suis renseigné sur le sort de mes compagnons du café. Madame est arrivée à Londres et a fait 1h et demie de marche à pieds, suivant les instructions de Daily Telegraph. Monsieur est arrivé à Paris et a pris un taxi pour ne pas être en retard à son travail, mais n’y est pas parvenu. Curieusement, tous les trois nous sommes un peu enrhumés ce matin. On a du attrapé le même virus. Ou, peut-être des virus différents…Qui sait…Tous les trois nous sommes un peu fatalistes face au virus, on sait que ca vient et ca passe tout seul. Un peu comme les grèves.