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Le lent et difficile essor du soft power chinois

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Quelle stratégie la Chine est-elle en train de mettre en oeuvre pour faire enfin éclore son ** soft power ** ? Pour quels résultats ? Analyse.

Dans les couloirs du pouvoir chinois, le concept de ** soft power ** est à la mode. Et surtout la réflexion sur ses possibles applications. Le dernier plénum du PCC aurait d'ailleurs été consacré pour une large part à cette question. La très officielle revue théorique du Parti communiste chinois vient également de publier un texte de Hu Jintao, extrait d'un discours prononcé pendant ce plénum. Le président chinois y dénonce « l'occidentalisation » de la société et de la culture chinoise et regrette également que « La puissance culturelle de notre pays et son influence ne correspondent pas encore à sa place internationale. »

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CCTV
CCTV
- Marc van der Chijs

Pourtant, la Chine est loin d'être en reste dans la bataille mondiale du soft power . Aidée par une économie conséquente et relativement peu touchée par la crise par rapport à ses principaux concurrents, le pays n'hésite pas à investir largement, en particulier dans le domaine de l'information, avec pour fer de lance la China Central Television (CCTV), déclinée en 23 chaînes, dont l'une en anglais, en arabe, en français mais également en espagnol et en russe. De même que pour l'infotainment audiovisuel, la Chine est bien consciente de l'importance de détenir une agence de presse globale, capable de concurrencer les géants occidentaux que sont l'AFP, AP ou encore Reuters. Et c'est le rôle attribué à Xinhua ou l'Agence Chine Nouvelle, qui émet en 8 langues, dont en français, et possède plus de 100 bureaux à travers le monde. Le secteur radiophonique n'est également pas laissé pour compte, avec le réseau Radio Chine Internationale, comparable à RFI en France ou à Voice of America (VoA) aux Etats-Unis. Au total, le New-York Times estime ce travail de « publicité extérieure » à près de 9 milliards de dollars pour la seule année 2009-2010, dont une large partie consacrée aux médias. Pourtant, selon Pierre Haski, co-fondateur de Rue89 et ancien correspondant de* Libération* en Chine, interrogé sur notre antenne, cette politique « a un impact réel sur les diasporas chinoises. Cela leur permet d'avoir une présence très forte et c'est un aspect non-négligeable. Mais ils n'arrivent pas à concurrencer la BBC ou même al Jazeera, qui est de création plus récente. »

La langue à défaut de la culture ?

L'autre versant de la stratégie chinoise est la diplomatie culturelle ou plutôt, à défaut, celle de la diffusion de la langue. Et selon les propres mots de Qian Zhian, directeur de l'Institut Confucius de Paris 7 Diderot, également interrogé sur notre antenne, « la Chine a beaucoup de retard » dans la diffusion de sa langue et de sa culture. Pierre Haski abonde également en ce sens : « L'Institut Confucius est pour l'instant le bras armé de cette présence chinoise dans le monde mais n'a qu'un impact très limité. Si vous prenez la France, il y a plus de gens qui apprennent le chinois dans le cadre de l'éducation nationale que dans celui des Instituts Confucius. » Le directeur de l'Institut français, Xavier Darcos, va même plus loin : les Instituts Confucius « n'enseignent que la langue car précisément, le pays n'a pas une culture à vendre, il n'a pas une structure culturelle, une pensée culturelle. Il n'existe pas de soft power ni de vraie politique diplomatique si l'on n'a pas quelque chose à donner de soi. Et pour l'instant, clairement, la Chine peut vendre sa langue, sa grande puissance économique et sa capacité à produire, mais la vie culturelle chinoise se fait à côté du pouvoir, même souvent dans la dissidence. »

Institut Confucius
Institut Confucius

L'échec actuel du soft power chinois, et ce malgré les moyens mis en oeuvre, serait lié à cette antinomie même, indépassable en l'état : « Le vrai souci est que tant qu'il y a ce contrôle politique aussi étroit, le soft power chinois aura les mains liées. Tant qu'il y aura la censure et le contrôle politique sur la création, il n'y aura pas d'influence chinoise. » Un constat également partagé par The Economist : « Si la Chine veut influencer le monde, elle a besoin de réfléchir aux valeurs qu'elle promeut sur son territoire national. » Reste à savoir si les dirigeants chinois l'entendront de cette manière.

*** Th. C.** *

Retrouvez en intégralité notre émission du 08/01/2012, « Arte, nouvelle formule », dont la première partie est consacrée à la Chine et à sa lutte contre « l'occidentalisation de sa culture », ainsi que notre émission du 20/11/2011, « L'Institut français : la culture française dans le monde ».

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