"Le Mage du Kremlin" de Giuliano da Empoli, grand succès pour un premier roman

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"Le Mage du Kremlin" de Giuliano da Empoli, grand succès pour un premier roman

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L'essayiste et romancier Giuliano da Empoli
L'essayiste et romancier Giuliano da Empoli
- Francesca Mantovani © Editions Gallimard.

Giuliano da Empoli a reçu le Grand prix du roman de l'Académie française pour son premier roman, "Le Mage du Kremlin", paru chez Gallimard en avril 2022. Il a failli obtenir aussi le prix Goncourt, pour son récit qui nous plonge dans les arcanes du pouvoir russe, exercé par Vladimir Poutine.

Le Mage du Kremlin, premier roman de l'italo-suisse Giuliano da Empoli a remporté, jeudi 27 octobre, le Grand prix du roman de l'Académie française. Avec 130 500 exemplaires vendus, ce livre publié en avril 2022 est déjà un succès. Il raconte l'ascension fulgurante du président russe Vladimir Poutine et a failli être également couronné par un autre prix, très convoité : le Goncourt. Il reste en lice pour le Goncourt des lycéens et celui des détenus.

"Une fracture" au sein de l'Académie Goncourt

Les membres de l'Académie Goncourt étaient divisés, il y avait une véritable "fracture", a même reconnu l'un d'eux, Patrick Rambaud, qui n'a pas caché sa déception auprès de France Culture. Et pour cause : le 3 novembre dernier, les académiciens, réunis, comme le veut la tradition, au restaurant Drouant à Paris, sont allés au bout des 14 tours de vote réglementaires. D'un côté, cinq voix pour Le Mage du Kremlin, de l'autre, cinq voix pour Vivre Vite. Aucun ne semblait vouloir modifier son vote. Alors, pour sortir de cette impasse, le président du jury Didier Decoin a, comme le règlement lui permet, fini par utiliser son vote comptant double et ainsi fait pencher la balance en faveur du livre de Brigitte Giraud.

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Rares sont les ouvrages qui réussissent le doublé prix Goncourt et Grand prix du roman de l'Académie française. Seuls Jonathan Littell avec Les Bienveillantes (2006) et Patrick Rambaud avec La Bataille (1997) l'ont obtenu jusqu'à présent. Didier Decoin n'y est personnellement pas favorable. Il avait déclaré à l'AFP en 2021 penser aux libraires : "Si on donne deux prix à un seul livre, ça ne fait qu'un livre dans la vitrine".

Un homme de l'ombre au centre du récit

Le Mage du Kremlin est le surnom donné à un conseiller politique fictif du président russe Vladimir Poutine. Ce personnage atypique, Vadim Baranov, est inspiré d’un homme qui a existé, Vladislav Sourkov. Giuliano da Empoli fait parler, sur plus de 200 pages, Vadim Baranov : sa jeunesse, ses débuts en tant que metteur en scène, puis producteur de télévision, avant de rencontrer Vladimir Poutine, alors directeur du FSB (ex-KGB).

Le "nouveau Raspoutine" Vadim Baranov pousse Vladimir Poutine à se lancer en politique, avec l'aide de l'homme d'affaires Boris Berezovsky. L'ancien chef du FSB vole rapidement de ses propres ailes, impose son style autoritaire et sans compromis. Il "ne consentirait jamais à laisser qui que ce soit le guider. On pouvait peut-être l'accompagner, et c'était mon intention de le faire, mais certainement pas le conduire", se rend rapidement compte le conseiller politique fictif. Vadim Baranov se retrouve en effet bien plus souvent à accomplir la volonté du chef de l’État, qu’à le conseiller. Après vingt ans aux côtés du dirigeant, "le mage" démissionne.

Cette période est notamment marquée par les attentats de 1999 en Russie, la révolution orange en Ukraine, l’occupation du Donbass et les Jeux olympiques de Sotchi, des événements dont l'auteur tente de raconter les coulisses.

Vladislav Sourkov et Vladimir Poutine, le 14/02/2012 à Kourgan (Russie).
Vladislav Sourkov et Vladimir Poutine, le 14/02/2012 à Kourgan (Russie).
© AFP - ALEXEI NIKOLSKY / RIA NOVOSTI / AFP

Au cœur du pouvoir russe

Ce livre analyse la pratique du pouvoir très verticale, ainsi que l’évolution de la société russe de la fin du XXe siècle à aujourd’hui. "Le pouvoir est comme le soleil et la mort, il ne peut se regarder en face. Surtout en Russie" , dit le personnage de Baranov. "La lutte pour le pouvoir en Russie est encore un processus sauvage et fantaisiste : tout peut arriver à n'importe quel moment."

Un récit impitoyable avec pour décor principal la ville de Moscou, "si excitante et indéchiffrable", "la plus triste et la plus belle des grandes capitales impériales", "nébuleuse aux mille couleurs".

Les dialogues fascinants entre le conseiller et le président sont fictifs, mais les faits mentionnés sont bien réels, et dans le récit, interviennent des personnages ayant existé : outre Vladimir Poutine et Boris Berezovsky, on y croise l'écrivain Édouard Limonov ou encore le joueur d'échecs Garry Kasparov. Un livre passionnant, éclairant, rédigé avant l'invasion russe en Ukraine du 24 février 2022, mais plus que jamais d'actualité. Il nous permet d’imaginer ce qu’il peut se passer dans la tête de Vladimir Poutine.

Premier roman de l'essayiste Giuliano da Empoli

Giuliano da Empoli, italo-suisse de 49 ans, né en France à Neuilly-sur-Seine, connaît bien les rouages de la politique. Il a été le conseiller de Matteo Renzi, ancien président du conseil italien et de Francesco Rutelli, ministre de la Culture italien. L’écrivain, par ailleurs journaliste, est enseignant à Science Po Paris et préside le think tank Volta, basé à Milan.

Il s’agit de son premier roman, mais pas de son premier livre, loin de là : Giuliano da Empoli a déjà publié de nombreux essais et s’est fait plus largement connaître en 2019 avec Les Ingénieurs du chaos, publié chez J-C Lattès et traduit en douze langues. Un essai qui dévoilait les coulisses du populisme, de Donald Trump à Matteo Salvini et revenait déjà sur le rôle des spin-doctors, ces conseillers en image qui influencent l'opinion publique.

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