Danyèl Waro, porte-parole et défenseur du maloya
Danyèl Waro, porte-parole et défenseur du maloya

Le maloya, voix des opprimés de la Réunion avec Danyèl Waro

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Le maloya, voix des opprimés de la Réunion avec Danyèl Waro

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Danyèl Waro est une figure du maloya, genre musical créole propre à l'île de la Réunion et hérité de l'esclavage. Il retrace l'histoire de ce genre rebelle à toute autorité qui fut un temps interdit par l'administration française.

Danyèl Waro est un chanteur et poète, il est le porte-voix et le défenseur du maloya, équivalent réunionnais du blues, à la fois chanté et dansé. Ce genre musical rend hommage aux ancêtres afro-malgaches de l’île.

Danyèl Waro : "C’est une grande histoire d’expliquer le maloya, le maloya c’est une musique de la Réunion. C’est ce qu’on appelle une musique noire, apportée principalement apportée par les esclaves, les travailleurs venus du Mozambique ou de Madagascar. Ça s’est nourri au fur et à mesure d’apports indiens dans la façon de chanter et de danser."

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Dès son origine, le maloya incarne une forme de révolte contre l’esclavage. Des chœurs d’esclaves évoquent leur dur labeur et se moquent des maîtres. Le maloya devient au fil des siècles une musique festive et hostile à toute autorité.

Danyèl Waro : "Les trois quarts des gens pendant les trois quarts de l’histoire de la Réunion étaient esclaves donc pas reconnus comme humains, donc dévalorisés de toute façon. Le maloya, ce n’est pas seulement la musique, ce n’est pas seulement un rythme précis, ça nous représente. On a une humanité, reconstruite à partir de plein d’humanités et de plein d’inhumanités d’ailleurs."

L’île devient un département français en 1946. Le pouvoir, qui craint les velléités d’indépendance, prohibe toute expression artistique célébrant la liberté.

Danyèl Waro : "L’attroupement est considéré comme tapage nocturne, tout attroupement politique est interdit. Le regroupement, pour la musique ou pour autre chose est déconsidéré et interdit."

Le maloya perdure clandestinement dans les plantations ou les caves. Le simple fait de posséder un instrument comme le kayamb peut être puni. Mais il revient en force à la fin des années 1970, grâce aux jeunesses communistes et à une nouvelle génération d’artistes engagés comme Danyèl Waro.

Danyèl Waro : "Moi, je suis un enfant de ça de ce retour, parce qu’étant aux premières loges à ce moment-là quand il redémarre dans les années 1970. Je suis secoué par la musique par le phrasé du maloya, je reçois ce maloya en plein cœur, en pleine âme. Ce maloya-là représente encore quelque chose de très fort, pas seulement de festif comme ça en amuse-gueule ou en folklorique mais vraiment quelque chose de constituant."

Un plaidoyer pour le créole

L’UNESCO a classé le maloya au patrimoine immatériel de l’humanité en 2009. Mais cette musique est aussi un témoignage de la richesse du créole réunionnais.

Danyèl Waro : "C’est un combat pour la langue aussi, car la langue n’est toujours pas reconnue. On a été noyé dans la langue française, le mode européen, l’américanisation. Même si officiellement, c’est dans la loi comme langue régionale, c’’est des miettes comme ça qu’on nous distille mais je veux que ça soit reconnu complètement pas comme une espèce de spécificité, de tolérance. Il faut le faire exister haut et fort pour notre existence personnelle."

Voix des démunis, le maloya continue d’accompagner les manifestations, notamment lors du mouvement des gilets jaunes.

1h 07