Le masculin l'emporte sur le féminin : Edouard Philippe dit non à l'écriture inclusive

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Le masculin l'emporte sur le féminin : Edouard Philippe dit non à l'écriture inclusive

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 Un timbre
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- Misstic

L'écriture inclusive divise une nouvelle fois. Suite aux recommandations du Premier Ministre Edouard Philippe qui demande aux agents de l'Etat de renoncer à ces nouvelles normes, retour sur l'histoire du débat.

L'administration condamnée à une grammaire sexiste ? Le Premier ministre Edouard Philippe vient en tous cas de dénoncer ce mardi 21 novembre la dissémination de l'écriture inclusive dans les documents officiels. Cette écriture, qui vise à rétablir la parité dans la langue française, commençait à se propager, mais dans une circulaire à paraître demain, mercredi 22 novembre 2017, Edouard Philippe stipule :

"Je vous invite, en particulier pour les textes destinés à être publiés au Journal officiel de la République française, à ne pas faire usage de l'écriture dite inclusive".

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Le Premier ministre, qui se veut en revanche favorable à la féminisation des noms de métier, justifie ainsi sa décision dans cette même circulaire :

Outre le respect du formalisme propre aux actes de nature juridique, les administrations relevant de l’Etat  doivent se conformer aux règles grammaticales et syntaxiques, notamment pour des raisons d’intelligibilité et de clarté de la norme.

Et c'est bien la question du choix de la norme qui est en jeu dans cette polémique. En septembre 2017, à l'occasion de la parution par les éditions Hatier du premier manuel scolaire rédigé avec l'écriture inclusive, nous revenions sur la définition de l'écriture inclusive, de l'utilisation du point médian jusqu'à la règle de proximité. Eliane Viennot, historienne de la littérature française et auteure de l'ouvrage Non, le masculin ne l'emporte pas sur le féminin, retraçait alors l'histoire de ce débat sur la place du féminin dans l'écriture, expliquant que la langue française n'est pas inégalitaire par essence. Pour l'historienne, ce sont concrètement les actions menées par des hommes contre l'égalité des sexes depuis le XVIIe siècle, qui ont mené progressivement à l'invisibilisation des femmes. 

A la sortie de ce manuel scolaire, Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Education, avait déjà signifié sa désapprobation de l'écriture inclusive. Mais quelques semaines plus tard, 300 enseignants défiaient leur ministre en publiant dans Slate une tribune par laquelle ils annonçaient cesser d’enseigner la règle de grammaire résumée par la formule “Le masculin l’emporte sur le féminin” au bénéfice de la règle de l’accord de proximité.

De son côté, dans un communiqué daté du 26 octobre 2017, l'Académie française s'est fermement opposée à cette réforme évoquant un "péril mortel" pour la langue française. A cette occasion, Dominique Bona, l'une des quatre académiciennes, expliquait sur franceculture.fr qu'elle considérait que "l'écriture inclusive porte atteinte à la langue elle-même"

Nous sommes quatre académiciennes, et toutes les quatre, nous pensons que la liberté et l’égalité des femmes ne passent pas par le massacre de la langue française. Ce n’est pas en la compliquant, en la rendant pour le moins illisible, qu’on obtiendra un progrès de la condition féminine. La condition féminine n’a rien à voir avec tout ça, et je crois que c’est une mauvaise idée. Je crois que la langue française est belle par la clarté, par la limpidité, donc c’est vraiment tout à fait dommage de penser à la compliquer. L’Académie française a été tout à fait unanime là-dessus.

Au cœur de nombreuses polémiques touchant aux réformes grammaticales et orthographiques de la langue française, le rôle de l'Académie Française, garante de la langue française depuis 1635, n'est pourtant plus tout à fait le même qu'à l'origine de sa création. Aujourd'hui, c'est essentiellement la Direction générale de la langue française et des langues de France (DGLFLG), dépendant du ministère de la Culture, qui est responsable de la normalisation de la langue. L'influence de l'Académie Française est donc essentiellement médiatique, comme l'expliquait Maria Candea, Maîtresse de Conférences en littérature française à l'Université Paris 3 Sorbonne-Nouvelle dans notre article " L'Accadémie française est-elle encore utile ?" : 

L’Académie a encore une espèce d’aura qui fait que les gens pensent qu’elle a un rôle à jouer. A cause de cela, il y a un déficit de légitimité pour réformer l’orthographe, ce qui est gravissime pour une langue.

Le Billet politique
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