Le mont Fuji, une icône pop
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Le mont Fuji, une icône pop

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Le mont Fuji, une icône pop

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Lieu sacré et source d'inspiration artistique, le mont Fuji est un symbole incontournable du Japon. Voici comment, cette représentation de l'immuable face au temps qui passe est devenue une icône pop, présentée jusqu'au 12 octobre au musée Guimet, à Paris.

Non, l’emblème du Japon n’est pas un cercle, mais un triangle. Avec son cône symétrique le volcan Fuji est le point le plus haut du Japon. Lieu touristique incontournable, c’est l’un des monuments naturels les plus représentés dans l’art. Il est aussi une icône pop, reprise par le compositeur de musique électronique Susumu Yokota sur la pochette de Acid on mount Fuji en 1994.  

Depuis 2013, le mont Fuji est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco comme “lieu sacré et source d'inspiration artistique".

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Sophie Makariou, conservatrice de patrimoine : “C’est d’abord le fait qu’il soit extrêmement haut, qu’il soit visible de partout sur l’île de Honshu qui explique cette perception presque iconique. La simplicité et la pureté de sa forme en font un élément extrêmement fort et identifiable de la représentation. Cette forme simple et pure va devenir comme un outil de représentation picturale, quelque chose avec lequel on va pouvoir composer.”

La montagne Fuji a une longue tradition spirituelle dans le shintoïsme, religion animiste qui attribue un esprit aux éléments naturels. Selon des croyances centenaires, les fumerolles qui s’en échappent seraient en fait un élixir d’immortalité.

Depuis sa première ascension il y a 1 300 ans, le mont Fuji est un lieu de pèlerinage. Ces processions sont les premières représentations de la montagne au XVIe siècle, dans des mandalas. L’esprit divin du monument est représenté dans un dessin sur papier au XVIIe siècle.

Le lieu sacré, alors interdit aux femmes, est représenté au XVIIIe siècle par des peintres qui “jouent” avec cette interdiction en figurant des femmes au premier plan et le mont Fuji, comme objet de fascination, au second plan.

Les maîtres de l'estampe

C’est avec les maîtres de l’estampe que le mont Fuji devient véritablement une icône visuelle au XIXe siècle, dont Hokusai qui en fait une obsession avec sa série des 36 vues du mont Fuji.

Sophie Makariou : “C’est la variation d’un même motif à l’infini. C’est une forme extrêmement simple et ça devient une sorte de prétexte. C’est comme de faire ses gammes de représenter le mont Fuji. On va avoir souvent ce jeu de triangle, souvent combiné à une autre forme géométrique pure que sont l’ombrelle ou les grands chapeaux de paille. A partir de ça ils vont inventer une grammaire visuelle extrêmement puissante.”

Le mont Fuji incarne aussi l’éternel immuable face au temps qui passe. Il sert à illustrer les changements de saison, les différents moments de la journée, il symbolise aussi des humeurs.

Sophie Makariou : “Dans La Grande Vague de Kanagawa, la spirale de la vague menaçante qui est une vague de tsunami vient se replier juste au dessus d’une petite pointe triangulaire qui est le mont Fuji. C’est la représentation de l’agitation par excellence. Dans cette même série, il y a la représentation du calme absolu : on a une estampe qui est faite quasiment uniquement avec des variations de bleu de Prusse avec une grande barque qui crée une diagonale. Au loin on aperçoit émergeant des nuages le Fuji et on sent qu’il y a un immense silence.”

Au XIXe siècle, un autre peintre, Hiroshige, illustre le Fuji dans un jeu avec le spectateur. Influencé par les perspectives à l’occidentale, il place le volcan dans des mises en abyme ingénieuses, sorte de clin d'œil à un monument qui est déjà un lieu commun de l’art.

Sophie Makariou : “Hiroshige va continuer à jouer à cache-cache avec le spectateur, il met souvent au premier plan comme un élément repoussoir quelque chose qui est apparemment secondaire, un tronc d’arbre, une ombrelle et qui va repousser dans le lointain ce qui est le sujet principal de l’œuvre. “

Ces estampes influencent les peintres impressionnistes européens en quête de japonisme, qui réduisent parfois le Japon à cette seule vision. Monet, grand collectionneur d’estampes, reprend l’idée d’Hokusai avec sa série des Meules ou de La cathédrale de Rouen

Sophie Makariou : “Cette arrivée de mise en page, de mise en espace totalement différente où on a des compositions très dynamiques, avec de puissantes diagonales où on met un élément secondaire plutôt au premier plan, va considérablement renouveler le regard d’artistes qui sont en quête de modernité.”

De la photographie au cinéma

Le mont Fuji est immortalisé par la photographie au XXe siècle, soulignant un contraste visuel entre les nuages blancs et cette masse sombre, ou dans des clichés naturalistes d’un Japon encore rural. La célèbre marque Fujifilm est d’ailleurs un hommage à la montagne sacrée.

Le lieu est aussi utilisé à des fins de propagande par l’Empire du Japon, comme symbole d’une nation héroïque et éternelle.

Dans les années 1950, le cinéma japonais se l’approprie comme un lieu d’identification : un paysage dépouillé immédiatement reconnaissable.

"Celui qui gravit le mont Fuji une fois est un sage, celui qui le fait deux fois est un fou." Proverbe japonais

51 min