Le mot "toubib" : de l'apothicaire aux troupes coloniales

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Le mot "toubib" : de l'apothicaire aux troupes coloniales

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Portrait du médecin et philosophe Avicenne
Portrait du médecin et philosophe Avicenne
© AFP - Leemage

. La langue arabe est célébrée chaque année le 18 décembre, lors d’une journée mondiale organisée par les Nations unies. L’arabe a irrigué le français, surtout depuis le Moyen Age. Retour aux sources du mot toubib avec le lexicographe Roland Laffitte.

Le 18 décembre est la journée internationale de la langue arabe. A cette occasion, nous revenons sur les nombreux mots français, plus de 500, qui viennent de la langue arabe, avec le lexicographe Roland Laffitte. Quelle est l’histoire du mot toubib, utilisé familièrement pour médecin ? 

La civilisation arabo-islamique nous a donné des médecins célèbres. Notamment le persan Ibn Sīnā, connu en Europe sous le nom d’Avicenne. Il a vécu de 980 à 1037 et a écrit en langue arabe le Canon de la médecine, qui fut l’un des ouvrages de base de l’enseignement de la médecine, chez nous, jusqu’au XVIIème siècle. Puis, la médecine moderne a supplanté l’enseignement d’Avicenne, mais il est resté dans les mémoires. Un hôpital parisien porte son nom. 

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Un mot introduit très tôt en français grâce aux voyageurs

En arabe, la médecine s’appelle al-ṭibb et un médecin ṭabīb. Le mot s’est introduit très tôt en français grâce aux voyageurs. Entre autre, par Jacques Mocquet, un apothicaire, envoyé aux quatre coins du monde par Henri IV, qui fait escale à Safi, en août 1605. Il rencontre le secrétaire du roi du Maroc , Sidi Hamed Talbi. Ce dernier étant malade, et ayant entendu qu’il y avait un ṭabīb à bord du navire, lui demande de venir le soigner. C’est comme cela que le mot entre discrètement dans la langue. 

Mais le mot toubib s’est réellement répandu en France avec les troupes coloniales. Les militaires dépeignaient leur environnement en utilisant les mots arabes, l’église devenait la mosquée, le prêtre, le marabout, et le médecin devenait le toubib. C’est ainsi que ce mot, revenu dans les bagages des tirailleurs, est passé dans nos faubourgs et dans le français commun. 

Le toubab, le blanc

Le cousin de toubib est toubab, il est passé dans les langues sahéliennes, le wolof, le soninké, etc. Toubab désignait aux départs les médecins européens, puis les Européens tout court. Le toubab aujourd’hui, à travers nos banlieues et les jeunes, est devenu synonyme de "gaulois" ou de "blanc".