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Le Mur de la discorde

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**Il n'aurait dû rester que quatre mois, mais onze années ont passé et il demeure sur le Champ-de-Mars à Paris. Le Mur pour la paix, oeuvre de Clara Halter, artiste, et Jean-Michel Wilmotte, architecte, n'en finit pas de semer la discorde. Régulièrement vandalisé, victime d'attaques racistes et antisémites, et dégradé par le temps, le Mur déchaîne les passions. **

Le Mur pour la paix installé sur le Champ-de-Mars, depuis l'an 2000
Le Mur pour la paix installé sur le Champ-de-Mars, depuis l'an 2000
© Radio France

Installé sur le Champ-de-Mars pour les commémorations de l'an 2000, le Mur pour la paix n'a jamais fait l'objet d'autorisation légale, ni de la part de l'Etat, ni de la part de la ville. « Les autorités compétentes ont convenu à l’époque que c’était une belle idée d’installer ce monument sur le Champ-de-Mars, et personne ne s’est souciée de l’autorisation, explique Philippe Chotard, Secrétaire général délégué à la mairie de Paris. Cela montre bien qu’il y avait une adhésion forte et à la démarche du Mur pour la paix et à la qualité de l’œuvre. »

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Toutefois, cette absence de cadre légal n’est-il pas dû au fait qu’à l’origine il ne devait rester que six mois sur ce site classé ? Mais, onze ans après son implantation, comment justifier ce vide juridique ? De cette vacuité nait la polémique.

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La Mairie du VIIème n'en veut plus

Rachida Dati , maire du VIIème arrondissement de Paris, dont dépend le Champ-de-Mars, se bat pour que le Mur quitte le site, parce que pour elle il est illégal :


Elle s'emporte également contre les pratiques du couple Halter. Notamment dans l'obtention de soutiens financiers de la part de chefs d'entreprise :


La Ville de Paris temporise

De son côté, la mairie de Paris a toujours soutenu Le Mur pour la paix , comme le confie Anne Hidalgo , première adjointe à la Ville de Paris, et ce pour plusieurs raisons :


Pourtant, comment expliquer la présence de cette oeuvre sans autorisation légale, onze ans après son installation ? La réponse de Philippe Chotard , Secrétaire général délégué à la mairie de Paris :

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Philippe Chotard explique donc que Madame Halter bénéficie bien d'une autorisation, mais que celle-ci n'est en rien légale. Il livre d'ailleurs le fin mot de l'histoire :"* Un accord verbal a été donné suite à un échange entre le Ministre de la culture et le Maire de Paris, Bertrand Delanoë. Il était convenu qu'il y ait un "gentleman agreement" pour que l'association propriétaire de l'oeuvre dépose une demande de régularisation, un permis précaire, du Mur pour la paix* ."

Pour autant, le Ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, ne semble pas enclin à une pérénnisation de l'oeuvre sur le site du Champ-de-Mars. Dans une lettre adressée à Rachida Dati, en date du 27 janvier 2011, il écrit "J'ai pris connaissance de votre correspondance avec attention et je vous confirme que, compte tenu de l'implantation du Mur aux abords d'un monument historique classé, il n'est pas envisagé de procéder à une régularisation de cette implantation. "

L'auteure de l'oeuvre, Clara Halter, se justifie

Clara Halter ne souhaite pas, quant à elle, un déplacement de son Mur pour la paix . Le site du Champ-de-Mars a ses faveurs. Interrogée sur son installation éventuelle ailleurs, voici sa réponse :


A noter que, contrairement à ce que Madame Halter affirme, les signataires n'ont pas signé un appel pour le maintien en lieu et place du Mur pour la paix . Voici la formulation de cet appel : "*Il faut que les vandales racistes le comprennent : nous ne laisserons pas souiller, et encore moins détruire, cet « hymne à la vie » dédié à un mot universel et chaque jour plus nécessaire : la Paix, mot qui donne un sens nouveau au Champ de Mars. Nous, les soussignés, lançons cet appel à tous ceux qui aiment la paix et entendent le prouver. *

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© Radio France

Des travaux en cours

En attendant le Mur pour la paix est actuellement l'objet de travaux. ils sont encore source de divergences pour les parties en présence.

Pour Rachida Dati , ils suivent une mise en demeure du préfet de police, Michel Gaudin :


Quant à Clara Halter , elle affirme les avoir initiés pour palier les dégradations racistes et antisémites dont il a été l'objet :


S'agissant des trois vitres brisées, une seule porte l'inscription du mot paix en arabe et en hébreu, et ce au milieu d'autres langues et alphabets.

Bref, le Mur pour la paix restera-t-il encore ou vit-il ses dernièrs instants dans la perspective de la Tour Eiffel ? Une réunion entre Rachida Dati, le directeur de cabinet de Frédéric Mitterrand, Pierre Hanoltaux, et Philippe Belaval, directeur général des Patrimoines, a eu lieu rue de Valois ce mercredi 30 mars, pour décider de son avenir. Le représentant du ministre de la Culture aurait affirmé que " le maire de Paris, Bertrand Delanoë, tient à conserver l'oeuvre sur le Champ de Mars". Ces propos nous ont été rapportés par Philippe Valli, directeur de cabinet de Rachida Dati. Toutefois, nous n'avons pu en avoir confirmation auprès du ministère, en dépit de nos sollicitations.

Suite à cette réunion, la mairie du VIIe arrondissement lance une pétition auprès de ses administrés "Pour le respect de la perspective classée du Champ de Mars". Madame Dati invite également le Ministre de la Culture à mettre en demeure la mairie de Paris :

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Dati lettre

Lettre de Rachida Dati à Frédéric Mitterrand, visible sur le site de la mairie du 7e arrondissement© DR