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Le mystère olmèque et quatre autres grandes civilisations disparues

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Sculpture Olmèque du site de La Venta (Mexique)
Sculpture Olmèque du site de La Venta (Mexique)
© Getty

À partir du 9 octobre 2020, le musée du Quai Branly à Paris consacre une exposition aux Olmèques, première grande civilisation précolombienne. L'occasion de se replonger dans leur histoire ainsi que dans celles d'autres mondes autrefois fastueux, qui ont disparu presque sans laisser de traces.

Des vestiges, voilà principalement ce qu’il en reste. Mais si elles ont semé quelques indices derrière elles, les civilisations disparues nous en disent rarement assez pour qu’on les connaisse entièrement. C’est de ce mystère que naît probablement notre attirance pour ces sociétés défuntes, découvertes tardivement et sur lesquelles sont projetés nombre de nos fantasmes. Elles sont comme sorties de nulle part et leur origine comme leur déclin, nourrissent nos craintes et nos espoirs. Parce qu’elles nous en apprennent sur l’humanité et ses fragilités, pourquoi ne pas faire un petit tour du monde de ces énigmes historiques ? 

Les Olmèques, matrice de la Méso-Amérique (Golfe du Mexique, 2500 av. J.-C. - 500 av. J.-C.)

Tête colossale Olmèque, à Xalapa (Mexique)
Tête colossale Olmèque, à Xalapa (Mexique)
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Ce sont "les gens du caoutchouc", tels que les Aztèques du XVIe siècle nommaient en nahuatl les habitants du territoire à l'est de la vallée de Mexico, s'étendant le long du golfe de Veracruz. Mais ceux-là, contemporains des conquistadors, n'ont déjà plus grand chose à voir, si ce n'est leur région, avec la civilisation qui s'y est épanouie au XIIIe siècle avant l'ère commune, soit une centaine d'années avant les Mayas. Néanmoins, si nous ne connaissons pas le nom qu'eux-même se donnaient, ce sobriquet convient assez bien aux Olmèques, à en croire les petites balles découvertes dans les sites où ils ont vécu, fabriquées à base de la sève du Castilla elastica et utilisées lors des rituels.

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Ce peuple qui combinait originellement nomadisme et sédentarisation, devait sa prospérité à une bonne maîtrise de l'agriculture : on le sait ainsi cultivateur de maïs, de coton et de cacao. Ses réseaux marchands, bien développés, lui permettaient d'échanger du cacao et des peaux de bêtes, de jaguar notamment, contre des matières précieuses comme le jade, l'obsidienne et les coquillages.

En se sédentarisant, les Olmèques auraient fondé les premières cités de la Méso-Amérique, aire culturelle s'étendant du nord du Mexique au Costa Rica. Parmi celles-ci nous pouvons retenir El Tajin, Tres Zapotes, La Venta et San Lorenzo. Ces villes étaient les lieux de résidence des seigneurs et reproduisaient par leur architecture caractéristique – pyramides, buttes artificielles en terre,  temples, stèles – toute une symbolique cosmique. La cosmogonie olmèque s'est d'ailleurs diffusée par la suite auprès de l'ensemble des peuples de Méso-Amérique. Le jade, que l'on retrouve beaucoup dans cette civilisation, était considéré comme une métaphore de l'eau, mais aussi du sang. Elle est en cela un indice de sacrifice humain, pratique reprise par d'autres peuples et que les Olmèques avaient initiée lors de rituels pour l'obtention d'eau. De même, le serpent ailé, qui n'est pas sans rappeler le serpent à plumes de Teotihuacán, apparaît chez les Olmèques en liaison avec les rituels de fertilité. On le rapprochait en effet de l'humidité, du tonnerre et du ciel.

En plaçant la figure humaine au cœur de son inspiration, l'iconographie de cette civilisation nous a plutôt bien informés sur son type physique. On les imagine ornés de peintures faciales, les yeux bridés, les lèvres charnues et le nez probablement épaté. L'obésité était par ailleurs considérée comme le signe d'un statut social élevé. Les têtes colossales de Tres Zapotes, La Venta et San Lorenzo, fabriquées à partir de blocs monolithiques lourds de plusieurs tonnes, sont devenus les plus célèbres représentantes de l'art olmèque. Malheureusement, les stucs et les peintures qui les recouvraient ont disparu, ce qui laisse la porte ouverte à diverses interprétations. Certains y voient des portraits de chefs, d'autres des têtes-trophées obtenues par la décapitation de captifs, l'absence d'expression portant à croire qu'il s'agit de têtes de personnes mortes. 

Le déclin des Olmèques commence vers 500 avant l'ère courante, sans que l'on puisse en connaître les causes exactes. Néanmoins, leur rayonnement perdure au-delà de leur disparition pour irriguer l'ensemble des cultures méso-américaines. Que ce soit l'écriture, les cités monumentales, les rituels religieux, le calendrier ou bien les structures sociales, nombre de cultures pré-colombiennes trouvent leur source dans cette civilisation. Mais le pillage lointain des sites, la difficile lecture des glyphes, la plus ancienne écriture d’Amérique centrale, et la disparition des éléments peints font que tant de zones d'ombres perdurent encore chez ce peuple originel du monde méso-américain.

58 min

La légendaire culture Sangxindui ( Chine, 2800 av. J.-C. - 800 av. J.-C.)

Masque de bronze de la culture Sanxingdui, musée de Guanghan (Chine)
Masque de bronze de la culture Sanxingdui, musée de Guanghan (Chine)
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À l'origine, il y eut un coup de pelle. Celui d'un fils de fermier, Yan Qing, qui au printemps 1929 aidait son père à creuser un fossé d'irrigation dans leur domaine de Guanghan, dans la province du Sichuan, au cœur de la Chine. La pelle percuta une pièce de jade, qui en annonçait quatre cents autres. Ce trésor, gardé secret par la famille, était en réalité une porte d'entrée vers le royaume de Shu, que l'on croyait légendaire.  

Ce n'est que quelques années plus tard, en 1934, que des fouilles ont révélé l'importance du site, plusieurs centaines d'autres jades ainsi que des poteries ont alors été découvertes. L'abondance des vestiges exhumés au cours des années 1950 et 1960 s'est néanmoins trouvée être sans commune mesure avec les explorations menées en 1986 qui mirent en lumière l'étendue de la richesse de ce royaume : maisons, fosses funéraires, sceptres, masques d'or, épées de jade, pièces, statues de bronze... C'est toute une civilisation qui est sortie des terres de Sangxindui. Elle serait née au néolithique, en -2800, pour ensuite prospérer durant deux millénaires.  

Ces quelques indices ont ainsi révélé un royaume aux rites complexes, voués à la nature, aux ancêtres et à de multiples dieux, le signe d'une société faste, et d'un système religieux et social structuré. La maîtrise du bronze y était par ailleurs très développée, comme en témoigne le raffinement des masques, des arbres sculptés et autres statues. Cet empire florissant, au pouvoir bien établi dans la région, reposait par ailleurs sur un commerce puissant et un système agricole efficace.   

Aujourd'hui, les recherches ont démontré que la culture bimillénaire de Shu pouvait se diviser en quatre périodes, selon la chronologie dynastique de la chine pré-impériale : la première correspond au néolithique, la deuxième, qui concorde avec sa formation, s’étend durant les Xia (v. 2200 – 1750 av. J.C) et les Shang (v. 1570 – 1045 av. J.C), la troisième est celle de son âge d’or, à la fin de la dynastie des Shang, et la quatrième, se rapporte au déclin du royaume, au début de l'ère des Zhou (v. 1046 av. J.C). La lumière a ainsi été faite sur une part des mystères que recèle le royaume de Shu, mais les origines de ce peuple du Sichuan et les raisons de sa disparition restent encore à éclaircir.  

Les Harappéens, un peuple en paix (Vallée de l'Indus, 2600 av. J.-C. - 1900 av. J.-C.)

Site archéologie que Mohenjo-Daro (Pakistan)
Site archéologie que Mohenjo-Daro (Pakistan)
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Il s'agirait d'un empire construit sans guerre, ni chef. Deux mille ans avant Rome, dans la vallée de l'Indus, a émergé la civilisation harappéenne. Son nom vient d'Harappa, première ville où furent découverts les vestiges d'une cité monumentale. Il faut dire que les Harappéens avaient le goût des plans urbains de grande ampleur, comme en témoignent les grandes cités de Mohenjo-Daro et Dholavira, couplées à une multitude de petites villes.

La civilisation harappéenne s'est épanouie au nord de l'Inde, entre 2600 et 1900 avant l'ère commune. Ouverte et forte de son commerce, ses marchands négociaient tant en Asie centrale qu'en Mésopotamie. Les relations avec leurs voisins semblaient d'ailleurs reposer sur des préceptes pacifistes. En effet, on ne retrouve presque aucune trace de fortification autour des villes de la vallée de l'Indus, aucun apparat guerrier. Ni arme, ni arsenal militaire, ni armure. De même, son urbanisme, dont on peut noter l'uniformité des habitations, l'absence de palais et un accès à l'eau pour tous, ne révèle aucune forme de distinction sociale... ce qui laisse croire en une société égalitaire. L'existence même d'un roi ou d'une figure d'autorité est incertaine. Seule une représentation d'un homme surnommé "prêtre-roi" a été retrouvée, mais la statue serait plutôt celle d'une divinité.  

Néanmoins, rien ne vient confirmer ces hypothèses. Les archéologues ont dû se contenter d'observations, en l'absence de textes permettant d'expliquer l'organisation sociétale de ce peuple ayant inventé une écriture et un alphabet divergeant de ceux de l'époque. Un alphabet qui compterait plus de 400 signes... De quoi avoir quelques difficultés de lecture.  

En outre, l'agriculture des Harappéens se trouvait être très efficace. D'après une étude conjointe des universités de Bénarès et de Cambridge, ils pourraient ainsi, au même titre que les Chinois, avoir été les premiers cultivateurs de riz.

Mais alors, si opulente et pacifiste soit-elle, pourquoi cette civilisation aurait-elle disparu ?  

Quelques pistes archéologiques nous apprennent que vers 1800 avant J.C, les habitants des grandes cités de la vallée de l'Indus les auraient désertées... la faute au changement climatique. C'est en tout cas l'un des postulats retenu par la recherche archéologique. Aux alentours de -2500, les moussons se seraient raréfiées dans la région, engendrant ainsi des transformations alimentaires. Mais sans témoignages écrits, la prudence est de mise et l'on suppose aussi bien une possible invasion venue d'Asie centrale.

Reste à savoir si malgré la disparition de leur civilisation, les Harappéens ont laissé des héritiers. Il semblerait bien que oui. Ce peuple était en effet de langue dravidienne, une forme linguistique spécifique du sud du sous-continent indien et parlée aujourd'hui par près de 200 millions personnes, dont les Tamouls. Par ailleurs, des études génétiques ont révélé que les actuels habitants de l'Inde descendraient pour la plupart de cette culture antique. Si leur civilisation s'est effondrée, les Harappéens eux, n'auraient donc pas totalement disparu.  

Les Etrusques, mystérieux depuis l'Antiquité (Péninsule italienne, VIIIe siècle av. J.-C. - IIe siècle av. J.-C.)

Fresque étrusque de la tombe du Navire, nécropole de Monterozzi (Italie)
Fresque étrusque de la tombe du Navire, nécropole de Monterozzi (Italie)
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Alors que l'héritage gréco-romain est encore très présent dans les sociétés européennes, leur culture ayant infusé tant le langage et le monde des arts que celui de la pensée et du droit, il ne reste que très peu de choses des Etrusques. Cette civilisation, nommée en latin Tusci, s'est initialement développée en Toscane actuelle, qui en tire son nom. À son apogée, entre le VIIe et le Ve siècle, elle s'est étendue sur les rives du Pô, en Campanie, de Bologne à Capoue, en Corse et sur la côte Adriatique.  

L'Antiquité déjà se passionnait pour ce peuple dont on méconnaît encore les origines. Hérodote les disait venir d'Asie mineure, d'autres supposaient une ascendance indo-européenne. À la Renaissance, les Etrusques fascinaient toujours. Un attrait qui n'a donc jamais tari avec le temps mais qui au contraire, s'est véritablement renforcé au XIXe siècle, avec l'essor de l'archéologie. Stendhal notamment, leur rendait hommage en 1817, dans son récit de voyage, Rome, Naples et Florence. Au vu des fouilles menées depuis, il s'agirait d'un peuple autochtone qui se serait développé dès l'âge de fer sur la côte Tyrrhénienne, où fut fondée la cité de Tarquinia. Et au cours de la première moitié du premier millénaire, quand Rome n'en était qu'à ses balbutiements, les cités étrusques constituaient déjà de grandes puissances, culturelles, économiques et militaires. 

C'est ce que nous rappelle en septembre 2019, l'étruscologue Dominique Briquel, alors invité de l'émission "le Cours de l'histoire" :

Les Etrusques sont un peuple sans doute un peu oublié dans l’histoire classique, mais qui a eu une énorme importance à une époque ancienne, disons dans la première moitié du premier millénaire avant notre ère. Par rapport à Rome, qui n’en était encore qu’à ses débuts, les cités étrusques étaient déjà des puissances et avaient une importance y compris sur le plan militaire. Même si on ne peut pas parler de conquêtes par les Etrusques de Rome, n’oublions pas que de 616 à 509, Rome aurait eu à sa tête des rois étrusques.

Les Etrusques étaient réputés pour leur mode vie fastueux, la richesse de leur art, une certaine joie de vivre et une existence faite de plaisirs. En témoignent les nécropoles révélées par l'archéologie, dès le XIXe siècle. Les chambres funéraires dont les murs étaient parfois ornés de fresques renfermaient bijoux, vases et vêtements somptueux. La mort était l'occasion pour cette civilisation opulente de célébrer le défunt par des banquets, des jeux et des danses. Les femmes bénéficiaient par ailleurs d'une position égale à celle des hommes et participaient aux réjouissances sociales avec la même aisance.  

Mais si les Etrusques, proches par leur géographie, leurs coutumes et leur histoire mêlées à celles des autres grandes civilisations européennes nous semblent si éloignés, c'est en partie parce que l'un de leur plus grand secret reste encore à être révélé. L'alphabet, hérité du grec, a bien été déchiffré, mais malgré cela, leur langue est aujourd'hui encore une énigme. 

30 min

Au royaume d'Aksoum, un peuple polyglotte (Éthiopie, IIe siècle av. J.-C. - IXe siècle)

Site de la stèle d'Ezana, Aksoum (Éthiopie)
Site de la stèle d'Ezana, Aksoum (Éthiopie)
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"L'eau du chef". Située au cœur des plateaux éthiopiens abondamment arrosés par les pluies de la mousson, la cité d'Aksoum portait bien son nom. Capitale d'un domaine éponyme s'étendant de l'est de l'Afrique à l'Arabie, et dont le prophète perse Mani faisait l'un des plus grands empires de l'époque, elle s'est principalement développée entre le début du IIe siècle avant notre ère et la fin du IXe.  

Au royaume d'Aksoum, les édifices étaient imposants et les palais nombreux. Les stèles monolithiques d'une trentaine de mètres et de plusieurs centaines de tonnes, érigées entre le IIe et le IIIe siècle sont caractéristiques de cette architecture monumentale. Surtout, la richesse de ses territoires tenait à l'essor d'une agriculture variée et au bestiaire très bariolé de la corne de l'Afrique. Bovins et ovins apprivoisés, mais aussi chameaux, éléphants, girafes, lions et léopards côtoyaient une population dense.  

Autre reflet de cette prospérité, l'artisanat. On y trouvait un travail délicat de la verrerie et de la poterie, dont témoignent les vases ornés et la vaisselle de luxe révélés au cours des fouilles. La métallurgie y était également bien maîtrisée. Le travail du bronze, de l'or et de l'argent est attesté par les pièces de monnaie royale frappées, que l'archéologie a extraites des anciennes terres aksoumites, mais également au Yémen.  Et pour cause, au carrefour de l'Asie et de la Méditerranée, Aksoum a su développer d'importantes relations commerciales avec ses voisins, jouissant notamment d'une ouverture privilégiée sur la mer Rouge, grâce au port d'Adoulis. Son rayonnement économique s'est ainsi étendu jusqu'à l'océan Indien. En conséquence de ces échanges, les langues pratiquées s'y sont diversifiées, et au-delà du guèze, idiome sémitique majoritaire dans la région, on y entendait les dialectes sudarabiques autrefois pratiqués par les Sabéens, mais aussi le grec.  

Si trois langues pour un seul empire semble témoigner de la diversité culturelle d'Aksoum, son identité religieuse est elle, assez exceptionnelle. Vers l'an 333 de l'ère commune, après des siècles marqués par le polythéisme, les hauts plateaux éthiopiens se sont mués en un grand royaume chrétien, sous l'impulsion d'un souverain du nom d'Ezana. L'histoire de cette conversion, Marie-Laure Derat, directrice de recherches au CNRS et invitée de l'émission "Chrétiens d'Orient", nous la raconte en 2017, au micro de Sébastien de Courtois. 

Les zones d'ombres qui subsistent autour du déclin d'Aksoum sont significatives des connaissances encore trop nébuleuses que nous avons sur cet empire. En raison de l'instabilité politique inhérente à la région, les recherches à son sujet ont été éparses depuis le second XXe siècle. Certains historiens avancent que celui-ci aurait été vaincu par une reine païenne, tandis que d'autres s'accordent sur un affaiblissement lié à la concurrence perse puis à l'expansion arabe du IXe siècle.  

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