Le Newseum, musée du journalisme de Washington, ferme

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Le Newseum, musée du journalisme de Washington, a fermé

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Le fil culture | Le musée du journalisme de la capitale américaine a fermé ce mardi à cause d’un modèle économique défaillant, après onze ans d'existence et près de 10 millions de visiteurs. Un lieu de défense d'une presse attaquée depuis des mois par Donald Trump et économiquement fragilisée depuis des années.

A 26,45 dollars l’entrée, alors que la plupart des grands musées de Washington sont gratuits, le Newseum n'arrivait plus à tenir. Son magnifique bâtiment de 7 étages situé entre la Maison Blanche et le Capitole reste désormais portes closes. S'en est fini, au moins provisoirement, de l'établissement qui exposait par exemple la carte de presse d'Ernest Hemingway, correspondant de guerre en Europe en 1944. Ce lieu emblématique retraçait l'histoire des médias, depuis l'invention de l'imprimerie jusqu'à l'âge du numérique, mais de façon très vivante et interactive, sur place et en ligne, pour (dé)montrer l'importance démocratique de la presse. Il militait depuis près de douze ans pour le droit à l’information et la liberté d’expression, tandis que le président Trump attaque quasi quotidiennement la presse et les médias et va jusqu'à les qualifier d'"ennemi du peuple".

Une "cathédrale" dédiée à la presse, au coeur de la capitale américaine

Quand on passait devant le Newseum, il y avait cette habitude et ce plaisir de voir affichées chaque jour les Unes de journaux des cinquante états américains. Une rubrique du site permet heureusement encore de profiter quotidiennement de près de mille Unes du monde entier !

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Plus de soixante expositions ont eu lieu à l'intérieur, encore ces jours-ci sur le FBI et la presse ou précédemment sur la couverture médiatique de l'ouragan Katrina, la couverture médiatique de l'assassinat de John F. Kennedy en 1963, les grands moments du mouvement des droits civiques de 1963 à 1968, ou Stonewall et la montée du mouvement des droits LGBTQ.

Les présentations sur les fake news et sur le mur de Berlin, dont les huit morceaux étaient l'une des plus grandes expositions du mur d'origine en dehors de l'Allemagne, étaient aussi particulièrement appréciées. Tout comme les pièces au sujet de la couverture médiatique des attentats du 11 septembre, à commencer par les restes de l'antenne satellite du sommet de la tour nord du World Trade Center.

Une des grandes attractions de ce musée : la 9/11 Gallery avec l'antenne de communication du World Trade Center
Une des grandes attractions de ce musée : la 9/11 Gallery avec l'antenne de communication du World Trade Center
© Radio France - Gregory Philipps

Passée la façade en marbre sur laquelle est gravé le premier amendement de la Constitution qui garantit la liberté de presse, les visiteurs  étaient accueillis dans un atrium gigantesque baptisé le "Grand hall de l'information", avec un hélicoptère d'une chaîne de télévision et un satellite de communication au-dessus de leurs têtes. Ils pouvaient ensuite profiter de 14 galeries, dont une avec des photographies de chaque lauréat du prix Pulitzer depuis 1942, une quinzaine d'amphithéâtres et deux studios de télévision.

 Salle des photos récompensées par le prix Pulitzer
Salle des photos récompensées par le prix Pulitzer
© Radio France - Gregory Philipps

Une galerie historique exposait les premières pages de plus de 350 journaux. Avec notamment le Baltimore News Post du 1er septembre 1939 qui annonce la Seconde guerre mondiale sous le titre "Hitler attaque les Polonais", tandis qu'à la fin de la guerre le Los Angeles Times du 15 août 1945 titre sobrement "Paix".

"C'est triste de perdre cet accès à l'information, à la vérité"

Quelques jours avant la fermeture, Kaytlin, une lycéenne de 18 ans qui a déjà visité le musée avec sa classe, a entraîné sa mère Lisa depuis le Maryland :

C’est quand même un timing étonnant, dit la jeune fille. Évidemment, le président Trump n’a pas décidé de la fermeture de ce musée. Mais avec ses tirades répétées contre les médias et le journalisme, il a un peu réussi à changer le regard que certains Américains portent sur les médias, avec une perte de confiance.

"On vient de voir l'exposition sur les années 60, reprend sa mère Lisa. Et Kaytlin ne savait pas par exemple qu’à l’époque, dans certains états, certains restaurants étaient interdits aux noirs. Pourtant, elle est afro américaine : c’est triste de perdre cet accès à l’information, à la vérité."

© Radio France - Gregory Philipps

D'après un sondage de l'institut Gallup publié en septembre, seulement 40% des Américains ont une confiance "grande" ou "correcte" dans les journaux, la télévision ou la radio. Dans les années 1970, ils étaient plus de 70%. Cette défiance grandissante aurait pu également contribuer aux difficultés de l'endroit.

Un avenir incertain

Le bâtiment a été vendu pour 372,5 millions de dollars à l'université Johns Hopkins qui devrait en faire un centre d'études supérieures. Les collections du Newseum, de plus de 40 000 articles imprimés, plus de 20 0000 tirages et négatifs photographiques et plus de 22 000 objets, vont être en partie dispersées. Tout comme le mémorial consacré aux journalistes tués dans l’exercice de leur métier, qui était l’une des salles les plus émouvantes du musée. Les articles prêtés seront retournés aux prêteurs.

Le mémorial des journalistes tués dans l'exercice de leur profession, avec ici Pierre Billaud, de RTL, et Georges Wolinski, de Charlie Hebdo, parmi beaucoup d'autres. Dont dernièrement le Saoudien Jamal Khashoggi, assassiné à Istanbul fin 2018.
Le mémorial des journalistes tués dans l'exercice de leur profession, avec ici Pierre Billaud, de RTL, et Georges Wolinski, de Charlie Hebdo, parmi beaucoup d'autres. Dont dernièrement le Saoudien Jamal Khashoggi, assassiné à Istanbul fin 2018.
© Radio France - Gregory Philipps

Sur son site, l'institution dit désormais espérer "trouver un emplacement approprié pour servir de prochaine maison du Newseum, mais ce processus prendra du temps. Le Freedom Forum déménagera dans des bureaux temporaires au centre-ville de Washington, DC en 2020, où l'organisation pourra poursuivre sa mission de favoriser les libertés du Premier Amendement pour tous." "Le futur du Newseum est pour l'instant incertain", a précisé sa porte-parole Sonya Gavankar. "Cela va nous prendre au moins six mois pour désinstaller les expositions et les stocker dans nos archives. Une fois cette étape terminée, nous verrons ce que nous réserve l'avenir".

Imaginé par le fondateur du quotidien USA TODAY, Al Neuharth, et l'association à but non lucratif Freedom Forum, le premier Newseum était situé à Rosslyn, en Virginie, juste à l'extérieur de Washington depuis 1997. Il avait été transféré en 2008 sur Pennsylvania Avenue, après dix ans de travaux et 450 millions de dollars d'investissements.

Le Newseum bénéficiait d'une des plus belles terrasses de la ville, avec une vue imparable sur le Congrès et le "National Mall", l'avenue monumentale qui traverse la ville.
Le Newseum bénéficiait d'une des plus belles terrasses de la ville, avec une vue imparable sur le Congrès et le "National Mall", l'avenue monumentale qui traverse la ville.
© Radio France - Gregory Philipps