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Le Nobel de la paix alerte sur les violences sexuelles utilisées comme armes de guerre

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Denis Mukwege et Nadia Murad
Denis Mukwege et Nadia Murad
© Getty - Joel Saget, Mark Wilson / AFP /

Le Nobel de la paix 2018 distingue deux héros de la lutte contre les violences sexuelles utilisées comme "armes de guerre" dans les conflits. Le célèbre gynécologue congolais Denis Mukwege, et la jeune Nadia Murad, victime sexuelle du groupe Etat islamique, devenue porte-parole des Yazidis.

Le comité Nobel a décidé de récompenser le célèbre gynécologue congolais Denis Mukwege, plusieurs fois déjà pressenti, et la jeune Yazidie Nadia Murad, ancienne esclave du groupe Etat islamique désormais militante pour son peuple, "pour leurs efforts pour mettre fin à l'emploi des violences sexuelles en tant qu'arme de guerre".

"Denis Mukwege et Nadia Murad ont tous les deux risqué personnellement leur vie en luttant courageusement contre les crimes de guerre et en demandant justice pour les victimes", a déclaré la présidente du comité. Et d'ajouter, un an après le début du mouvement "#MeToo" : "Un monde plus pacifique ne peut advenir que si les femmes, leur sécurité et droits fondamentaux sont reconnus et préservés en temps de guerre".

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Nadia Murad et Denis Mukwege présentés par Nathanaël Charbonnier

2 min

Nadia Murad, ancienne esclave sexuelle du groupe Etat islamique devenue porte-parole des Yazidis  

A 25 ans, Nadia Murad ne compte plus ses vies. Née à Kocho, un village paisible de la vallée de Sinjar aux confins de l'Irak et de la Syrie, elle a enduré dans sa chair les abjections des djihadistes du groupe Etat islamique. Elle subit leur progression fulgurante en août 2014. Les hommes de Daech exécutent les hommes et enlèvent des milliers de femmes. Les plus jeunes deviennent leurs esclaves sexuelles et les plus âgées sont assassinées ou réduites aux travaux forcés. Six de ses frères et sa mère sont tués par les djihadistes. Avec 150 jeunes femmes de son village, Nadia Murad est enlevée, puis vendue à plusieurs reprises comme "sabaya", esclave sexuelle. Torture, viols collectifs ou non, "jour et nuit", son calvaire dure de longs mois. Mariée de force et battue, elle réussira à fuir Mossoul, la "capitale" irakienne du "califat" autoproclamé du groupe Etat islamique, avec l'aide d'une famille musulmane. Pour les combattants de Daech et leur interprétation ultra-rigoriste de l'Islam, les Yazidis sont des hérétiques. 

Après avoir retrouvé sa sœur en Allemagne, elle devient une porte-parole écoutée de son peuple. Ambassadrice de bonne volonté des Nations unies pour la dignité des victimes du trafic d'êtres humains depuis 2016, elle a obtenu la même année le prix Sakharov du Parlement européen, avec son amie Lamia Haji Bachar. Les djihadistes ont voulu "prendre notre honneur mais ils ont perdu leur honneur", a-t-elle affirmé aux eurodéputés.

Elle n'a de cesse de témoigner et de répéter que plus de 3 000 Yazidies sont toujours portées disparues, probablement encore captives. Elle le raconte aussi dans un livre paru au début de l'année en France : Pour que je sois la dernière, paru chez Fayard, avec une préface de l’avocate et militante des droits de l'Homme Amal Clooney, l'une de ses soutiens.

Entretien sur France 24 en février 2016 :

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55 min

Denis Mukwege, "l'homme qui répare les femmes"  

Depuis près de vingt ans, le docteur Denis Mukwege soigne et reconstruit le corps des femmes mutilées et excisées en République démocratique du Congo. Plus de 50 000 femmes ont été prises en charge à l'hôpital qu'il a fondé en 1999 à Panzi, dans l'est du pays.   

Ce fils de pasteur pentecôtiste, né en 1955,  sait très jeune qu'il veut être médecin. Il fait ses études au Burundi voisin, part en France (Université d'Angers) pour se spécialiser en gynécologie obstétrique puis retourne chez lui, au Kivu, en 1989.   

En 1996, l'hôpital dont il est le directeur à Lemera est détruit lors de la première guerre du Kivu. Trois ans plus tard, il fonde un nouvel hôpital à Panzi, dans la province de Bukavu, pour aider les femmes à accoucher dans de bonnes conditions. Mais sa "première patiente n’était pas venue pour accoucher. Cette femme avait été violée. Son agresseur avait tiré à bout portant sur son appareil génital. Elle a dû subir six interventions chirurgicales avant de pouvoir reprendre une vie à peu près normale. J'avais pris ce premier cas pour un accident, une exception, un acte barbare commis par un individu inconscient de ses faits et gestes. Mais trois mois plus tard, j'avais déjà soigné 45 femmes victimes d'agressions sexuelles." explique-t-il dans une interview publiée sur le site de l'UNESCO en 2016. C'est à partir de là qu'a commencé son combat, qu'il poursuit encore aujourd'hui. 

Son hôpital ne s'occupe pas seulement du corps des femmes mais leur offre un suivi psychologique et social. Les femmes sont accompagnées pour apprendre à lire et à écrire, ou bien à poursuivre leurs études ou se former à un métier. Un accompagnement leur est également proposé pour aller en justice même si elles sont une très faible minorité à s'engager dans ces démarches.

Le docteur Mukwege parcourt également la planète pour se faire porte-parole de ces femmes et dénoncés les crimes dont elles sont victimes. Fin juin 2018, le célèbre gynécologue congolais s'était rendu dans le sanctuaire de Lalich, le lieu le plus sacré de la communauté yazidie en Irak. Il y avait notamment déclaré :

Je viens partager nos expériences. Il y a beaucoup de choses que nous pouvons apprendre, et le monde doit savoir (à propos des) viols qu'elles ont subi, car ce qui s'est passé ici est un génocide.

Sur tous les continents, le viol fait des centaines de milliers de victimes dans les conflits ou les campagnes d'oppression de minorités. Cette arme "pas chère et efficace" détruit non seulement les femmes physiquement et psychologiquement, mais aussi les stigmatise, ainsi que les enfants qui peuvent en naître, souligne Denis Mukwege.

Denis Mukwege est lauréat de nombreux prix internationaux dont le prix Sakharov pour la liberté de l'esprit en 2014, remis par le Parlement européen. Dans son discours il qualifie les viols et les mutilations que subissent les femmes comme "l'une de plus grandes catastrophes humanitaires des temps modernes". Il y décrit ce qui se passe dans sa région du Bukavu : "Le corps des femmes est devenu un véritable champ de bataille et le viol est utilisé comme une arme de guerre". 

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Adoptée en 2008 par le Conseil de sécurité de l'ONU, la résolution 1820 stipule que les violences sexuelles en temps de conflit "peuvent constituer un crime de guerre, un crime contre l'humanité ou un élément constitutif du crime de génocide".

Retrouvez Denis Mukwege dans une table ronde enregistrée en janvier 2018, organisée dans le cadre de la journée d'étude "Violences  sexuelles dans les conflits armés", récemment mise en avant sur notre site :

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Le Nobel de la paix sera formellement remis à Oslo (Norvège) le 10 décembre prochain.