Le Nobel de médecine à trois scientifiques anglo-saxons pour la découverte du virus de l'hépatite C

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Le Nobel de médecine à trois scientifiques anglo-saxons pour la découverte du virus de l'hépatite C

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A l'Institut Karolinska de Stockholm, ce lundi 5 octobre 2020, un écran affichant les lauréats du prix Nobel 2020 de médecine : l'Américain Harvey Alter, le Britannique Michael Houghton et l'Américain Charles Rice.
A l'Institut Karolinska de Stockholm, ce lundi 5 octobre 2020, un écran affichant les lauréats du prix Nobel 2020 de médecine : l'Américain Harvey Alter, le Britannique Michael Houghton et l'Américain Charles Rice.
© AFP - Jonathan Nackstrand

Symbole fort, le jury du Nobel distingue ce lundi les virologues découvreurs d'un virus : celui de l'hépatite C. Le Britannique Michael Houghton et les Américains Harvey Alter et Charles Rice sont récompensés en pleine pandémie. C'est le premier Nobel directement lié à un virus depuis 2008.

"Je n'aurai jamais le prix Nobel parce que je suis un loser, je suis toujours à côté de celui qui trouve" aimait à répéter le chercheur, virologue et médecin américain Harvey Alter. A 85 ans, il vient d'être démenti par le jury de professeurs en médecine de l'Institut Karolinska. Au moment où le monde vit la pire pandémie depuis un siècle, c'est la découverte d'un virus et de ses conséquences que le 111e Nobel de médecine met en avant. Un trio anglo-saxon est récompensé pour son rôle, à des années d'écart, pour sa "contribution décisive" à "la découverte du virus de l'hépatite C", "un problème de santé mondial majeur". "Découverte qui a révélé la cause des autres cas d'hépatite chronique et a rendu possible des analyses de sang et de nouveaux traitements qui ont sauvé des millions de vies", a ajouté le jury. Comme un encouragement à toutes celles et ceux qui cherchent dans le monde entier à vaincre le Covid-19. Ce prix est le premier directement lié à un virus depuis celui de 2008, qui avait récompensé les découvreurs français du sida, Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier, et un pionnier des papillomavirus, l'Allemand Harald zur Hausen.

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Le couronnement d'une longue quête consacrée à un virus touchant des millions de personnes

A la fin des années 70, Harvey Alter avait identifié qu'une contamination hépatitique mystérieuse avait lieu lors de transfusions alors qu'elle n'était ni l'hépatite A ni l'hépatite B, a souligné le jury. Des années plus tard, en 1989, le Britannique Michael Houghton et son équipe sont crédités de la découverte de la séquence génétique du virus. Quant à l'autre Américain Charles Rice, 68 ans, il a décortiqué pendant de longues années la façon dont le virus se répliquait. Et ses travaux ont conduit à l'émergence d'un nouveau traitement révolutionnaire au tournant des années 2010 : le sofosbuvir.

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L'hépatite C est une maladie du foie causée par le virus nommé VHC, précise l'OMS. Et la gravité des hépatites C est variable et peut aller d’une forme bénigne, d’une durée limitée à quelques semaines, à une maladie grave qui s’installe à vie. À l’échelle mondiale, on estime que 71 millions d’individus en sont porteurs chroniques, soit 1% de la population mondiale. Et seulement un malade sur cinq (19%) a connaissance de sa maladie, en raison d'un accès trop limité au dépistage et au diagnostic, ajoute l'organisation.

400 000 personnes en meurent chaque année, le plus souvent des suites d’une cirrhose ou d’un carcinome hépatocellulaire (cancer primaire du foie).

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D'autres scientifiques avaient été évoqués comme nobélisables pour leurs travaux sur l'hépatite C : l'Allemand Ralf Bartenschlager pour de la recherche fondamentale et l'Américain Michael Sofia pour la mise au point du sofosbuvir, désormais vendu à prix d'or par le laboratoire Gilead sous le nom de Sovaldi.

C'est la récompense d'une victoire collective de virologues se réjouit le Professeur Yves Buisson, épidémiologiste et membre de l'Académie de Médecine, interrogé par Cécilia Arbona :

"Ces travaux étaient extrêmement précurseurs. Ils ont permis de mettre en évidence un virus que l'on ne savait pas cultiver, dont on a découvert les propriétés par les moyens de la biologie moléculaire."

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Avec le temps, on a découvert des médicaments qui s'avèrent efficaces et il faut vraiment saluer le travail des virologues qui, au cours de ces années, ont réussi à vaincre l'hépatite C que l'on sait maintenant guérir. Il y a des recherches pour un vaccin, car on aura sans doute besoin d'un vaccin pour compléter l'éradication peut-être un jour de cette hépatite C. Mais le prix Nobel couronne cette longue marche sur trente ans partie de la mise en évidence, la découverte du virus, jusqu'à la victoire thérapeutique.

Infographie publiée en 2017
Infographie publiée en 2017
© Visactu
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Si les Nobel 2020 sont bien annoncés comme prévu cette semaine, le nouveau coronavirus a entraîné l'annulation de la cérémonie physique de remise des prix, le 10 décembre à Stockholm ; une première depuis 1944. Les lauréats, qui se partageront près d'un million d'euros, doivent recevoir leur prix dans leur pays de résidence, possiblement via une ambassade suédoise ou dans leurs universités.

Ils sont désormais 222 individus à s'être vu décerner le prix "de physiologie ou de médecine" depuis sa création, dont seulement 12 femmes.

Avec AFP

Focus sur les hépatites B et C publié en avril 2017.
Focus sur les hépatites B et C publié en avril 2017.
© AFP - Vincent Lefai, Sophie Ramis, Christopher Huffaker