Le dynamisme économique israélien intéresse les voisins, en particulier les Émirats qui ont développé depuis plusieurs années leurs relations avec Israël dans la haute technologie, la banque, la santé, l’immobilier. Photo à Dubaï le 27 octobre 2020.
Le dynamisme économique israélien intéresse les voisins, en particulier les Émirats qui ont développé depuis plusieurs années leurs relations avec Israël dans la haute technologie, la banque, la santé, l’immobilier. Photo à Dubaï le 27 octobre 2020.

Le nouveau regard d’Israël sur ses pays voisins arabes

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Le nouveau regard d'Israël sur ses pays voisins arabes

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Le regard de l'autre | C’est un symbole fort : Benjamin Netanyahu a récemment rencontré le prince héritier d’Arabie saoudite MBS en Arabie saoudite. Longtemps marquée par la guerre et la défiance, la relation d'Israël à ses voisins arabes évolue. Les ennemis d’hier deviennent progressivement des partenaires.

C'est une rencontre théoriquement secrète mais qui a fuité, sans doute délibérément. Dimanche 22 novembre, le Premier ministre israélien se rend en Arabie saoudite, dans le cadre de la visite du chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo. Benjamin Netanyahu y voit le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Riyad est catégorique : "Aucune rencontre" n’a eu lieu, affirme un ministre saoudien. Mais la radio publique israélienne Kan et la radio de l'armée israélienne a révélé ce que le ministre israélien de l'Éducation nationale Yohav Gallant a ensuite commenté : "Le simple fait que cette réunion ait eu lieu, et qu'elle ait été rendue publique, même si elle n'est confirmée qu'à moitié, est de la plus haute importance".

Un événement après déjà en septembre des accords de normalisation qualifiés d'historiques et signés à la Maison Blanche entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn.

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Analyse en six points clés pour " Le regard de l'autre" : géographie, Histoire, droit, économie, psychologie et sociologie.

La géographie

Israël, depuis sa naissance en 1948, se sent encerclé.

Un sentiment compréhensible : le pays est d’abord petit par la taille comme par la population. 22 000 km2 si l’on inclue la zone contestée du plateau du Golan occupée par les troupes israéliennes. Et en excluant les territoires palestiniens de Cisjordanie et de Gaza.

470 kms de long sur 130 de large. 9 millions d’habitants. Alors que le monde arabe en compte 430 millions, 50 fois plus.

Sur cette population, 75% sont Juifs, 20% sont des Arabes israéliens. Et l’évolution démographique des années à venir devrait voir la population juive augmenter, compte tenu du taux de natalité très élevé chez les Juifs orthodoxes.

Tout autour d’Israël, des pays arabes à majorité musulmane : le Liban et la Syrie au Nord, la Jordanie à l’Est, l’Égypte au Sud et à l’Ouest.

Israël et ses voisins.
Israël et ses voisins.
© Radio France - Chadi Romanos

Géographiquement, Israël se voit donc plutôt comme un pays assiégé entouré de rivaux arabes.

Précisons qu’évidemment le sentiment des Palestiniens est très différent : ils se sentent eux assiégés par Israël.

L'Histoire

Ce qui nous intéresse ici, c’est l’Histoire moderne des relations entre Israël et ses voisins arabes, pas la controverse religieuse ancestrale sur Jérusalem, terre sainte à la fois pour les juifs, les musulmans et les chrétiens.

Cette Histoire est celle d’un passage progressif de la guerre à la paix.

Si l’idée sioniste remonte au XIXe siècle, Israël a été pays créé de toutes pièces en 1948 après la Shoah pour accueillir les juifs qui le souhaitaient, le tout sur les terres occupées auparavant essentiellement par les Palestiniens.

Les pays voisins arabes s’opposent alors à cette situation. Il s’en suit 4 guerres israélo-arabes : en 1948, en 1956, en 1967 (la guerre des 6 jours) et en 1973 (la guerre de Kippour).

En résumé, Israël sort militairement vainqueur de ces différentes confrontations notamment avec l’Égypte et la Syrie, et agrandit progressivement son territoire bien au-delà des limites initiales fixées par l’ONU. Israël en tire un sentiment de supériorité militaire, son armée est puissante, moderne, et dotée de la bombe depuis un demi-siècle même si ce n’est pas officiel.

Cela se double d’un sentiment de supériorité politique : c’est la seule démocratie de la région, au milieu de régimes arabes autoritaires.

A partir de la fin des années 70, une nouvelle phase démarre dans les relations. Marquée à la fois par des accords de paix, avec l’Égypte en 1978, puis la Jordanie en 1994. Et avec les Palestiniens à Oslo en 1993 même si ces accords sont sans lendemain.

Dans le même temps, les succès militaires d’Israël deviennent moins probants, lors de l’intervention au Liban en 1982, puis surtout lors de la guerre contre le Hezbollah libanais en 2006. Un échec.

Peu à peu, le logiciel israélien évolue donc : les ennemis ne sont plus vraiment les voisins arabes sunnites. L'ennemi est l’Iran chiite, perse non arabe, dont les dirigeants sont violemment anti israéliens, l’Iran et son bras armé au Liban : le Hezbollah.

Les voisins arabes, ennemis d’hier, ne le sont donc plus vraiment aujourd’hui.

La Fabrique de l'Histoire
51 min

Le droit

Le volet juridique de cette relation israélo-arabe possède deux facettes.

La première concerne évidemment la question palestinienne. Et le droit international donne invariablement tort à Israël.

Plusieurs résolutions de l’ONU, certaines très anciennes, résolutions 191, 194, imposent le retour des Palestiniens sur leurs terres. Et le respect des frontières originelles d’Israël.

L’État israélien juge cette question juridique secondaire par rapport aux impératifs de sécurité. Mais cette question pollue mécaniquement la relation avec les voisins arabes.

La deuxième facette juridique concerne l’occupation par Israël de terres des pays voisins arabes notamment l’occupation du plateau du Golan depuis les guerres des 6 jours et de Kippour.

Là encore, même chose, 2 résolutions de l’ONU, 242 et 338 donnent tort à Israël et prévoit la restitution du Golan à la Syrie. Non appliquées. Israël privilégie là aussi sa sécurité sur fond de religiosité accrue.

Ces questions juridiques ont longtemps bloqué toute relation avec les voisins arabes.

Mais cela bouge. Ces derniers mois, des accords de normalisation ont donc été signés entre Israël d’un côté, les Émirats arabes et Bahreïn de l’autre. Oman pourrait suivre. Et il y a donc des discussions avec l’Arabie saoudite.

C’est le signe que le droit est devenu secondaire dans ce dossier.

Revue de presse internationale
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L'économie

Le paramètre économique est désormais beaucoup plus important.

Israël, là aussi, affiche non sans raison, un sentiment de supériorité sur ses voisins.

Avec un produit intérieur brut par habitant de 40 000 dollars, Israël est un pays riche, qui se situe au même rang que la France.

Israël affiche les performances d’un pays occidental : espérance de vie de plus de 80 ans, alphabétisation avancée, couverture santé, infrastructure de transports, et très forte innovation économique avec 7 000 start up.

Ce dynamisme intéresse les voisins, en particulier les Émirats qui ont développé depuis plusieurs années leurs relations avec Israël : dans la haute technologie, la banque, la santé, l’immobilier.

Les échanges se développent aussi dans deux autres secteurs bien précis :

- La fourniture de gaz : la découverte de gisements offshore en Méditerranée a permis à Israël de conclure des accords d’exportation avec la Jordanie et l’Égypte.

- Plus sensible encore le matériel militaire et de sécurité : l’expertise israélienne est forte, les logiciels de surveillance en particulier intéressent les voisins saoudiens ou émiratis.

Bref, l’économie est un facteur majeur de rapprochement entre Israël et ses voisins arabes.

Psychologie et sociologie

Là aussi, ce sont plutôt des facteurs de rapprochement.

Il y a d’abord une forme de passé commun, sur des terres où les populations juives et musulmanes ont cohabité à plusieurs reprises.

Il y a aussi, en tous cas au niveau des dirigeants politiques, la conviction de devoir faire alliance face à un même ennemi : l’Iran.

Ennemi numéro un pour Israël, ennemi numéro un aussi pour l’Arabie saoudite et les Émirats.

Les Enjeux internationaux
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Ajoutons que ces pays ont à l’inverse un allié commun (les États-Unis) et que les dirigeants actuellement au pouvoir (Netanyahu, MBS) sont des joueurs qui aiment tenter des coups.

Il demeure malgré tout un obstacle majeur pour sceller ce rapprochement progressif : c’est le non règlement de la question palestinienne, voire du statut de Jérusalem.

Depuis le plan du roi saoudien Abdallah en 2002, la Ligue arabe a conditionné la reconnaissance d’Israël à la création d’un État palestinien avec Jérusalem pour capitale.

Même si les gouvernements arabes ont en grande partie lâché les Palestiniens, ce sujet demeure un totem, avec un poids symbolique fort dans les opinions publiques arabes.

Ce sujet demeure en travers du chemin et empêche que ce rapprochement entre Israël et les pays arabes, devienne normalisation.

Avec la collaboration d'Eric Chaverou et de Chadi Romanos