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Le péplum, machine à plaisir

Par
Stephen Boyd et Charlton Heston, dans Ben-Hur, 1959
Stephen Boyd et Charlton Heston, dans Ben-Hur, 1959

Archive. Le nouveau Ben-Hur sort en salle ce mercredi. S'il ne semble pas fameux, sa sortie est l'occasion d'exhumer une archive de 1996 qui tend à appréhender la "formidable machinerie baroque" ayant longtemps assuré le succès de ce genre cinématographique.

Jack Huston, Morgan Freeman... malgré ce casting de haute-voléee, le nouveau Ben-Hur, sorti aux Etats-Unis le 19 août et réalisé par Timour Bekmambetov (Night Watch, 2004), est un relatif échec : 19.6 millions de dollars au box-office, seulement. Au point qu'il a été surnommé "Les chariots embourbés" par de nombreux médias, dans un clin d’œil ironique aux Chariots de feu de Hugh Hudson (1981).

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Il s'agit de la quatrième adaptation du roman de Lewis Wallace, paru en 1880, et ce nouveau film sera en salle ce mercredi. Sorti en 1959, le Ben-Hur de William Wyler, incarné par Charlton Heston avait, lui, connu un succès retentissant, couronné par 11 Oscars, et générant 75 millions de dollars rien qu’en Amérique du Nord. La course de chars notamment, longue d'une douzaine de minutes, avait ébahi spectateurs et critiques.

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En 1996, l'émission Les mardis du cinéma de Mathieu Bénézet, sur France Culture, décryptait l'engouement que pouvaient susciter les péplums. Elle revenait sur la naissance de ce genre cinématographique, et analysait le plaisir "un peu pervers" qu'il pouvait faire naître chez les spectateurs :

"C'est André Thirion [écrivain et théoricien NDLR] dans son livre de souvenirs, Révolutionnaires sans révolution (1972), qui raconte que les surréalistes, et en particulier Eluard, qui allait beaucoup au cinéma, allaient voir Sous le signe de la croix, de Cecil B. DeMille, dans les salles de quartier, pour applaudir quand les lions bouffaient les chrétiens (…) Ils se faisaient siffler par les spectateurs, et ils y allaient vraiment plusieurs fois pour applaudir quand les chrétiens se faisaient bouffer."

Le péplum, une machine à plaisir. Les mardi du cinéma, 23 avril 1996

55 min

Durée : 55 min

De Quo Vadis (1951) à Spartacus (1960), des Dix commandements (1956) à Ben-Hur, traversée de l'univers violent, érotique, flamboyant du péplum. Un genre littéralement familier, comme l'explique l'universitaire français et latiniste Claude Aziza, posant un regard rétrospectif sur les débuts du péplum au début des années 1950 (époque sexiste s'il en fut) : "Le péplum c’est un genre que l’on doit aller voir en famille : il faut que les enfants puissent s’identifier, surtout les garçons, il faut que la mère puisse pleurer, il faut que le père puisse, de temps en temps, avoir un coup d’œil sur de belles esclaves savamment dénudées."

"Le péplum est né du cinéma, et le cinéma lui-même est né de quoi ? Il est né du spectacle forain. Ce qui fait peut être l’attrait du péplum quand on veut bien le regarder indépendamment d’abord de tout regard critique, au fond, c’est peut être ça. C’est l’héritage de quelque chose qui était en train de se faire à partir des oripeaux du théâtre du pauvre, à partir des corps qui vacillaient, à partir d’acteurs qui étaient à la limite du professionnalisme souvent." Claude Michel Cluny