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"Le Petit Prince" : dessine-moi un manuscrit

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Ecrit à New York, le chef d'œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry a d’abord été publié aux Etats-Unis, en 1943. Photographie d’une édition dédicacée par l’auteur, dans l’exposition “A la rencontre du Petit Prince” au musée des Arts décoratifs de Paris.
Ecrit à New York, le chef d'œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry a d’abord été publié aux Etats-Unis, en 1943. Photographie d’une édition dédicacée par l’auteur, dans l’exposition “A la rencontre du Petit Prince” au musée des Arts décoratifs de Paris.
© Maxppp - Christophe Petit-Tesson

Des feuillets originaux de l’œuvre majeure de Saint-Ex sont en France pour la première fois. Autant pour le récit que pour ses illustrations, "Le Petit Prince" publié le 6 avril 1943 est le fruit d’une intense maturation de la pensée de l’auteur pour en faire un conte philosophique universel.

Une exposition inédite et exceptionnelle sur “Le Petit Prince” d’Antoine de Saint-Exupéry a ouvert ses portes le 17 février 2022 au musée des Arts décoratifs, tout près du Louvre à Paris. Avec des centaines de pièces : photographies, lettres, dessins, croquis ou aquarelles dont la plus célèbre Le Petit Prince sur son astéroïde B 612, utilisée pour la couverture dès la première édition datant de 1943 et publiée aux Etats-Unis en français et en anglais, avant sa parution chez Gallimard en 1946.  

Et pour la première fois, des pages du manuscrit original de l’œuvre la plus traduite - près de 500 langues et dialectes - après la Bible, trente des cent quarante et une pages de ce trésor, sont exposées au public en France. 

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Les documents offerts par Antoine de Saint-Exupéry peu avant sa disparition en 1944 à la journaliste américaine Silvia Hamilton, appartiennent depuis la fin des années 1960 à la Morgan Library de New York et n’avaient jamais quitté cette prestigieuse institution jusque-là. 

Les treize aquarelles et dix-sept autres feuillets qui ont pu traverser l’océan Atlantique sur un vol d’Air France, permettent de comprendre l’élaboration du Petit Prince, au regard d’autres dessins et écrits de son auteur. Aviateur combattant pour la liberté, Antoine de Saint-Exupéry, poète humaniste dans ses textes et ses illustrations, a progressivement fait de son double le messager de valeurs universelles, accessibles à tous, enfants et adultes aux quatre coins de la planète. 

Antoine de Saint-Exupéry chez Silvia Hamilton à New York en 1942.
Antoine de Saint-Exupéry chez Silvia Hamilton à New York en 1942.
- Coll. Succession Saint-Exupéry - d'Agay

"Le Petit Prince", composé par Saint-Exupéry lors de son exil à New York 

En quittant la France pour rejoindre les Etats-Unis en 1940, Antoine de Saint-Exupéry veut encourager le gouvernement américain à entrer en guerre contre l’Allemagne nazie. Pendant cette mission qu’il s’efforce de mener à bien, sans y parvenir, il poursuit la rédaction de Citadelle entamée en 1936, un conte philosophique complexe, après avoir été couronné du prix Femina en 1931 pour Vol de Nuit et avoir publié en février 1939, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, Terre des Hommes. Avec des récits, témoignages et méditations sur ses expériences, émotions et souvenirs de ses nombreux voyages dans ce livre autobiographique, Antoine de Saint-Exupéry donne déjà les clés de son humanisme. Son errance dans le désert, chapitre central de Terre des Hommes, marque aussi le point de départ du Petit Prince.

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Et c’est à partir de ses multiples dessins que le projet littéraire voit le jour, explique Alban Cerisier, éditeur chez Gallimard et co-commissaire de l’exposition A la rencontre du Petit Prince au musée des Arts décoratifs : "Voyant qu’il ne cesse de crayonner de petits personnages, ses éditeurs américains lui suggèrent d’écrire un conte philosophique illustré pour enfants, un conte pour Noël 1942__. Antoine de Saint-Exupéry se met au travail et met un plus de temps que prévu pour le composer. Cela lui prend quatre à cinq mois, du printemps à novembre 1942, pour livrer l’ensemble du texte et les aquarelles définitives."

Installé à New York, Antoine de Saint-Exupéry utilise du papier pelure onion skin, des feuilles volantes très fines, dans la réalisation de son œuvre en plusieurs lieux, précise Anne Monier Vanryb, conservatrice au musée des Arts décoratifs et co-commissaire de l’exposition : "Entre New York, certainement dans l'appartement de son amie journaliste Silvia Hamilton et Bevin House, la villa sur la côte nord de Long Island que sa femme Consuelo a louée pour qu'il puisse écrire Le Petit Prince. Antoine de Saint Exupéry fait des allers-retours. Il appelle beaucoup de proches américains jour et nuit pour leur lire des pages du manuscrit, pour demander leur avis. C'est vraiment un processus qui lui prend énormément de temps. Et il va surtout repasser encore et encore sur les aquarelles. Saint-Exupéry a mis plus de temps à réaliser ses dessins qu'à écrire le texte. C'est la raison pour laquelle l’ouvrage ne sera pas prêt pour Noël 42. Il va sortir au printemps 43, quand Saint-Exupéry rejoint l’Afrique du Nord et s’engage dans les Forces françaises libres. C'est à ce moment-là qu'il va laisser chez sa femme tous les dessins, les esquisses, les brouillons préparatoires et qu'il va donner le manuscrit, les feuillets qui ont servi à créer le livre, à Silvia Hamilton qui l’a soutenu pendant l’écriture__."  

Cette femme, "sa maîtresse bien entendu", selon Alban Cerisier, se sépare du manuscrit en le vendant en 1968 à la Morgan Library de New York. L’Institution américaine conserve précieusement ce trésor depuis cette année-là, dans ses réserves les plus sécurisées, en ne le sortant qu'à de rares occasions, pour des chercheurs présentant des projets spécifiques. C’est donc la première fois qu’une partie et seulement une partie du manuscrit original, précise Anne Monnier Vanryb, est ainsi prêtée : "Des feuillets ne sont plus en état de voyager. C’est le cas notamment d’une très belle aquarelle avec un trou de cigarette. Antoine Saint-Exupéry a taché plusieurs de ses feuillets avec des cendres ou du café... certains ne sont donc plus en état d'être traités.” 

“On sent la passion dans ces pages du manuscrit, des pages qui vivent et qui parlent !” : Thomas Rivière, arrière-petit-neveu de l'écrivain et membre de la Fondation Antoine de Saint-Exupéry.

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Aux côtés de ces trente pages du manuscrit original du Petit Prince, trente-cinq aquarelles également prêtées par la Morgan Library et de nombreuses autres pièces appartenant à des collectionneurs privés exposées au musée des Arts décoratifs, apportent des éclairages sur le processus créatif de Saint-Ex. "Toutes les pièces qui sont réunies ici", affirme Anne Monier Vanryb, "permettent d'amener le visiteur vers le manuscrit et vers la compréhension de ce que Saint-Exupéry a voulu faire. On apprend aussi que tout ce qu'il y a dans Le Petit Prince était déjà en germe dans ses autres dessins, dans ses autres textes, dans sa vie.” 

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"Le Petit Prince", l’évolution du double de Saint-Exupéry 

"On remonte le temps, on remonte le fil pour essayer de comprendre la genèse du Petit Prince", confirme Olivier d’Agay, petit-neveu de l'auteur et directeur de la succession Saint-Exupéry : "C’est lui Le Petit Prince, c’est Saint-Ex évidemment__. Il se dessine dans des situations en avion, sur un nuage. Il le met en scène, il se met en scène. Ce Petit Prince, c'est lui enfant, lui adulte. C’est lui adulte rencontrant lui enfant, comme cela s'était passé dans le désert. Tout vient de là, après l’accident d’avion du 31 décembre 1935, entre Paris et Saïgon. Dans son délire, il rencontre Le Petit Prince et pour lui c'est un choc qui va générer le conte, six ans après."

Exposé pour la première fois au monde, le portrait du Petit Prince en habit de majesté, cette aquarelle de 1942 issue d’une collection privée est “la Joconde du XXe siècle” pour Thomas Rivière et Olivier d’Agay, héritiers d’Antoine de Saint-Exupéry.
Exposé pour la première fois au monde, le portrait du Petit Prince en habit de majesté, cette aquarelle de 1942 issue d’une collection privée est “la Joconde du XXe siècle” pour Thomas Rivière et Olivier d’Agay, héritiers d’Antoine de Saint-Exupéry.
© Radio France - Benoît Grossin

Dans les années 1930, Antoine de Saint-Exupéry avait déjà créé un petit personnage ressemblant au Petit Prince qu’Alban Cerisier analyse comme "la projection de son âme, de son cœur, de ses états d'âme, de son inquiétude en réalité sur le monde. Mais ce petit prince-là n'est pas Le Petit Prince. Il ne faut pas se tromper ! Le Petit Prince naît vraiment en 1942, au moment où débute le projet littéraire et qu'il faut lui donner une figure définitive. Et pour Saint-Ex, cela a été un travail colossal à l’aquarelle dont témoigne l’exposition. Le Petit Prince ne tombe vraiment pas du ciel !

Les dessins préparatoires et les dessins non retenus dans le texte final en racontent toute l'évolution que détaille Alban Cerisier : "On le voit sur les traits même du Petit Prince. Antoine de Saint-Exupéry simplifie petit à petit le visage. Il enlève ses sourcils. Il lui donne son fameux cache-nez, comme il l'appelle dans le livre, c’est-à-dire son écharpe. Il y a tout un travail et des résultats qui ne viennent pas tout de suite. Quatre des dessins du Petit Prince avec des ailes témoignent de la recherche de Saint-Exupéry sur la façon dont son personnage va pouvoir rejoindre la Terre ou se rendre d’une planète à une autre. Avant d’imaginer la migration des oiseaux sauvages, on voit bien que ce n'est certainement pas évident pour lui, au début. Et dans ses dessins antérieurs, quand il met des ailes, c’est plutôt à des aviateurs. Saint-Exupéry dessine très peu d'avions, parce qu’un avion pour lui, ce n’est pas une machine mais un homme qui a des ailes. Tout cela montre que le travail graphique est à la source de sa réflexion littéraire__."

Antoine de Saint-Exupéry a souvent mis des ailes au Petit Prince dans ses dessins, avant d’imaginer une migration d’oiseaux pour lui permettre de voyager.
Antoine de Saint-Exupéry a souvent mis des ailes au Petit Prince dans ses dessins, avant d’imaginer une migration d’oiseaux pour lui permettre de voyager.
© Radio France - Benoît Grossin

"Le Petit Prince" : une méticuleuse articulation du texte et de l’image 

Le manuscrit original, "l’élaboration du Petit Prince" pour Anne Monier Vanryb, montre à quel point "il était nécessaire pour Saint-Exupéry de voir ses dessins exactement comme il les avait pensés, en pleine page ou dans le texte__. Le roi, par exemple, en pleine page dans le manuscrit est réinséré dans le texte de l’ouvrage imprimé. Saint-Exupéry rétrécit donc parfois ses dessins pour les remettre dans son texte. On le voit donc vraiment travailler avec le manuscrit.

Dès la première page du manuscrit, Antoine de Saint-Exupéry intègre le dessin, "central dans son intention d’écrivain”, pour Alban Cerisier, co-commissaire de l’exposition “A la rencontre du Petit Prince”.
Dès la première page du manuscrit, Antoine de Saint-Exupéry intègre le dessin, "central dans son intention d’écrivain”, pour Alban Cerisier, co-commissaire de l’exposition “A la rencontre du Petit Prince”.
© Radio France - Benoît Grossin

Le texte et l’image sont associés dès le premier feuillet que décrit Alban Cerisier : "C’est un manuscrit au crayon de papier très très fragile. Ce n’est pas un proto manuscrit. Saint-Exupéry sait où il va. Le récit commence comme dans le livre : "Quand j’avais six ans, j’ai une fois vu un magnifique dessin. C’était un serpent boa qui avalait un fauve. C’était à peu près ça. Mais je ne sais pas dessiner. J’ai une fois dessiné ça. C’était mon premier dessin." Et juste en dessous, Saint-Exupéry montre un premier dessin du serpent boa qui incarne finalement toute la réflexion sur ce qu'on voit, ce qu’on ne voit pas, l'importance du dessin pour décrire une réalité que les grandes personnes ne voient plus. Toute cette réflexion sur l'enfance est portée par le dessin. Le dessin est central dans l’intention d'écrivain de Saint-Exupéry__. Le manuscrit en témoigne, en intégrant dès le début des dessins."

Mais la plupart des autres pages originales sur la suite de son récit, à quelques exceptions près, ne contiennent que du texte. Antoine de Saint-Exupéry "déporte" la réalisation de la partie illustrée du livre sur des feuillets à part, explique Alban Cerisier : "Il travaille d'abord au crayon, à l'estampe et ensuite, peu à peu, à l'aquarelle, à l'encre pour aller chercher le bon dessin. On sait que Saint-Exupéry a hésité à dessiner lui-même le livre, alors que pour ses éditeurs américains, il ne pouvait pas en être autrement. Comme le montrent des documents présentés dans l'exposition, il disait : “Moi, je ne sais pas dessiner”. Pas dessiner de manière académique, bien entendu, mais comme c’est sa maman qui lui avait appris, c’est aussi un retour à l'enfance pour lui. L'enjeu est très important. Et il révèle un vrai talent à partir du moment où il se dit que la question de la ressemblance est accessoire, qu’il faut juste être fidèle à ce qu’il ressent__."

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"Le Petit Prince" : à la recherche du récit final 

Le manuscrit original du Petit Prince montre qu’Antoine de Saint-Exupéry a mis beaucoup de temps pour trouver à la fois la bonne représentation illustrée de ses personnages et la version définitive du texte. L’auteur a "ciselé son texte", affirme Anne Monier Vanryb, "en multipliant les repentirs pour arriver au message le plus concis et le plus proche de sa pensée. On voit donc énormément de ratures et plein d’ajouts__. Et il y a des personnages qui évoluent. Le roi, par exemple, ressemble beaucoup au vaniteux dans une première version, ne ressemble à rien de qu’on connaît dans une deuxième version, et ressemble dans une troisième version au roi qui est imprimé."

Comme le montrent de nombreux dessins, Antoine de Saint-Exupéry a d’abord imaginé graphiquement un simple compagnon du Petit Prince, un animal proche du chien, avant de parvenir au personnage emblématique du renard.
Comme le montrent de nombreux dessins, Antoine de Saint-Exupéry a d’abord imaginé graphiquement un simple compagnon du Petit Prince, un animal proche du chien, avant de parvenir au personnage emblématique du renard.
© Radio France - Benoît Grossin

Les hésitations concernant la révélation du sens philosophique de l’œuvre sont particulièrement évidentes dans les feuillets originaux, pour Alban Cerisier : “La philosophie du lien, de l'importance du lien et de l'intériorité, et donc du temps que la constitution du lien suppose dans la formation des sentiments est portée dans le livre, on le sait bien, par une rencontre avec le renard. Or, dans le manuscrit, le renard n'apparaît pas au début. Le Petit Prince fait la découverte tout seul après avoir été visité un jardin, avec 5 000 roses qui provoquent un traumatisme pour le personnage. C’est le vertige de la ressemblance universelle, de l'uniformatisation. Le Petit Prince se met subitement à pleurer et à comprendre en quoi sa rose est unique. Mais cela va trop vite, il y a quelque chose qui ne va pas. Il faut un personnage intermédiaire. Et ce personnage intermédiaire, c’est d’abord un chien avant de devenir un renard__. On le voit bien dans le manuscrit. Notamment à travers une illustration dans laquelle un personnage très proche du Petit Prince définitif, au crayon, promène son renard avec une laisse. Cela fait référence à l'idée qu’un renard ne s’apprivoise pas vraiment et que Le Petit Prince le fait donc passer pour un chien, vis-à-vis des hommes qui n’apprécieraient pas sinon, puisqu’ils considèrent le renard comme un chasseur de poules."

Anne Monier Vanryb ajoute que "parmi les phrases mythiques du livre, le dialogue entre le renard et Le Petit Prince a nécessité à l’auteur beaucoup de travail, beaucoup de recherches, pour aller à l’essentiel."

“la visite chez les hommes”, scène inédite présente dans le manuscrit autographe, dans laquelle Le Petit Prince est rapidement invité à rentrer chez lui.
“la visite chez les hommes”, scène inédite présente dans le manuscrit autographe, dans laquelle Le Petit Prince est rapidement invité à rentrer chez lui.
© Radio France - Benoît Grossin

Le manuscrit contient des scènes inédites et notamment celle de "la visite chez les hommes, une scène extraordinaire pour Alban Cerisier : "Quand Le Petit Prince arrive sur Terre, cette grande solitude désertique, Saint-Exupéry le fait entrer dans une maison où il demande à être accueilli, tout simplement. C'est une scène très courte et il est sorti de ce foyer par les gens qui sont en train de dîner, un homme et une femme qui lui disent : "Vous êtes un étranger, vous n'avez rien à faire ici !" C’est donc un effondrement, évidemment, pour Le Petit Prince. Ce texte n'a pas été retenu et nous avons retrouvé, pour l'exposition, l'aquarelle qui correspond à cette scène, la seule aquarelle qui représente Le Petit Prince en compagnie des hommes__. Pour moi, c’est très important parce qu’il y a une idée littéraire dans ce choix de Saint-Exupéry de ne pas finalement représenter Le Petit Prince avec les hommes, ni même avec l'aviateur."

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"Le Petit Prince", remanié par Saint-Exupéry pour éviter l’autobiographie 

D’autres scènes et d’autres dessins n’ont pas été conservés, pour obtenir la version "la plus épurée et la plus poétique qui soit", estime Thomas Rivière, arrière-petit-neveu de l’écrivain et membre de la Fondation Saint-Exupéry : "Le manuscrit nous permet de découvrir qu’il a lui-même fait son montage, qu’il a fait ses coupes, après avoir mis toutes ses idées. La planète du chasseur de papillon et celle du cruciverbiste notamment ne sont pas dans le livre__. Saint-Exupéry voulait que son œuvre soit accessible. Alors que le manuscrit compte 140 pages, le livre est très court, 80 pages, mais il est très dense."

“Le chasseur de papillon”, aquarelle de 1942 montrant un personnage et sa planète qui n’apparaissent pas dans la version définitive du “Petit Prince”.
“Le chasseur de papillon”, aquarelle de 1942 montrant un personnage et sa planète qui n’apparaissent pas dans la version définitive du “Petit Prince”.
- Benoît Grossin

“Saint-Ex a dû être malheureux que le chasseur de papillon ne soit pas retenu. Il disait l’aimer beaucoup pour son utopie réaliste” : Olivier d’Agay, directeur de la succession Saint-Exupéry.

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Jusqu’au bout, jusqu’à la parution en 1943 à New York de la première édition du Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry est intervenu pour des corrections, pour que son livre soit bien conforme à sa pensée, confirme Anne Monier Vanryb : "Il y a donc beaucoup de différences entre le manuscrit et les épreuves. Le manuscrit n’est pas l’état final. Et sur les épreuves que nous exposons aussi, il y a encore des repentirs. Antoine de Saint-Exupéry est vraiment très précautionneux et très précis, un auteur qui retravaille son texte jusqu’à la dernière minute d’impression et en exigeant, comme le montre des lettres envoyées à ses éditeurs américains, que son souhait d’insérer les dessins à tel ou tel endroit soit respectée, que son souhait d’auteur-illustrateur soit respecté."

Alban Cerisier qui a passé "des centaines et des centaines d'heures" sur le manuscrit pour établir l'édition génétique du livre, y est extrêmement attaché : "Ces originaux si fragiles comptent énormément pour moi, parce qu’ils représentent finalement le secret de l'élaboration du Petit Prince. Cette œuvre apparaît si simple en apparence dans sa forme finale, alors qu’elle est fruit d'un immense travail d’écrivain de Saint-Exupéry, pour supprimer ses intentions biographiques, pour exclure des détails sur sa vie personnelle, sa vie de pilote ou sur ses voyages, afin d’atteindre ce point d'universalité qu’il cherchait__, pour que son livre ne soit pas considéré comme un témoignage. Voilà une des révélations du manuscrit du Petit Prince."  

59 min