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Le photographe David Goldblatt est mort

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David Goldblatt en 2011 devant son travail exposé à la Fondation Cartier Bresson.
David Goldblatt en 2011 devant son travail exposé à la Fondation Cartier Bresson.
© AFP - François Guillot

Disparition. A 88 ans, David Goldblatt a documenté d'un œil engagé et obstiné 70 ans d'histoire de l'Afrique du Sud, où il était encore adolescent lorsque l'apartheid fut instauré, en 1948.

“Une complexité modeste et secrète”, c'était ce à quoi aspirait dans sa pratique de la photographie David Goldblatt, dont on a appris la mort ce 25 juin à 88 ans. L'expression est en réalité de Jorge Luis Borges au sujet de l'écriture, mais elle a structuré près de 70 années de travail du photographe sud-africain et c'est par ces mots que démarrait la rétrospective que lui consacrait le Centre Pompidou en ce début d'année.
Du mois de février jusqu'au 13 mai, le public avait pu (re)découvrir l’œuvre du photographe, l’œil singulier et engagé de Goldblatt sur l'histoire de l'apartheid. Né en 1930 en Afrique du Sud, il n'a eu de cesse de sillonner son pays pour en raconter à l'image les lignes de fracture et les déchirures. De ce travail, le photographe disait qu'il l'avait mené d'autant plus librement qu'il s'était trouvé, lui, un Blanc, à raconter le monde des Noirs séparés, humiliés.

Issu d'une famille émigrée dont les racines creusaient du côté de la Lituanie et de la Lettonie, Goldblatt était adolescent lorsque l'apartheid sera installé en Afrique du Sud, en 1948, à la faveur de l'arrivée au pouvoir du Parti national. Il se souvenait avoir immédiatement pris la mesure de l'infamie, et décidé de raconter ce qu'il appellera "cette matrice grise, qui entravait tous les aspects de l’existence". Mais sans concevoir son objectif comme "une arme" pour autant, précisait le photographe, surlignant l'indépendance de sa démarche.

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Invité le 21 février 2018 de l'émission "La Grande table", il précisait même se départir autant de l'étiquette d'"artiste", que du label "documentaire", souvent accolés à sa photographie. Et l'on entendait dans cet entretien son besoin de se passer de cadre, et sans doute de mots :

Mon travail n'est pas de l'art, ni du documentaire. Je considère mon travail comme de la photo. Certes, c'est une forme d'art, au même titre que la peinture ou les déjections d'éléphants.

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Pour cette première grande rétrospective qui lui était consacrée en France, quelques semaines finalement avant qu'il meure, Goldblatt avait réalisé lui-même une série de vidéos détaillant sa démarche de " complexité toute simple", à mi-chemin entre professions de foi et petit précis de l'histoire de la photographie sud-africaine (nombreuse et féconde). Goldblatt avait à cœur d'évoquer lui-même et avec précision son travail, comme il l'avait fait par exemple en 2011 au micro de France Culture, déjà dans "La Grande table". 

Entretien avec David Goldblatt

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Il racontait alors, ce 19 janvier 2011, comment il avait entamé une "nouvelle phase professionnelle" : il redécouvrait la photographie couleur après l'avoir considéré durant plusieurs décennies comme trop "doucereuse". Même s'il lui était arrivé d'utiliser la couleur dans le cadre de commandes pour la presse magazine ou des entreprises, il ne s'en était jamais emparé jusque-là dans le cadre de son travail personnel. Et puis la fin de l'apartheid [en 1994] et ce qu'il dépeignait comme "un désir de faire bouger les lignes, d'être plus expansif" à la faveur de l'arrivée du numérique, l'avaient amené progressivement à s'emparer de ces couleurs désaturées.

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