Une image du 1er clip de l'Histoire, qui est aussi le 1er film sonore de l'Histoire
Une image du 1er clip de l'Histoire, qui est aussi le 1er film sonore de l'Histoire

Le 1er clip de l'Histoire

Publicité

Le premier clip de l'histoire

Par

Alors que Taylor Swift a reçu cette année le prix du meilleur clip de l'année aux Video Music Awards de MTV, on a eu envie de retrouver le tout premier clip de l'histoire. Et il est peut-être plus vieux que vous ne le pensiez.

Associer un film à une musique à des fins de promotion, ça ne date pas d'hier. C'est même aussi ancien que le principe de l'image qui bouge. Car oui, le cinéma sonore a précédé le cinéma parlant, et c'est une femme cinéaste, la première femme cinéaste au monde, Alice Guy, qui en est l'instigatrice, en France, dès 1902.

Le Billet culturel
4 min

La préhistoire du clip

Le premier clip de l’histoire est tourné en 1894 aux États-Unis. C’est en fait le premier film sur un morceau de musique, et c’est aussi le premier film sonorisé de l’histoire, 30 ans avant le cinéma dit parlant. La musique est une ritournelle composée par un Français de l’époque, Robert Planquette. Et la personne qui (essaye de) jouer du violon, c’est Dickson, un génie, un pionnier du cinéma, et l’inventeur avec Edison d’une machine à clip qu’on appelle phonokinétoscope. 

Publicité

Ils n’en ont construit que 45, dont aucun n’a vraiment réussi à synchroniser le son avec l’image, jusqu’à ce qu’un incendie détruise finalement tous ces films en 1914. 

Les premiers clips et Alice Guy

Mais les premiers clips au sens moderne, dont le son est synchronisé à l’image, à des fins promotionnelles, ils sont créés en France, à Paris, en 1902. On les appelle  “phonoscènes”. Et c’est une femme qui les réalise, la première cinéaste femme de l’Histoire, Alice Guy, la secrétaire de Léon Gaumont. 

En 15 ans, 700 phonoscènes d’une à deux minutes vont être réalisées. On les présente dans des cabarets, des bordels, des foires, partout où l'on montre du cinéma, qu’on voit alors comme un spectacle total. Grâce à la sonorisation des salles, jusqu’à 4 000 spectateurs peuvent en profiter en même temps. Souvent les gens achètent la partition à l’entrée pour chanter en chœur pendant la projection. Pour mieux diffuser cette nouvelle technologie de Gaumont, Alice Guy, Louis Feuillade et les autres tournent en play-back avec les chanteurs les plus populaires, les tubes des vedettes de café concert : Polin, Félix Mayol, Dranem, Adolphe Bérard… tous voient leur notoriété et leurs revenus exploser grâce aux phonoscènes. 

Comme le souligne l'historien du cinéma et spécialiste du clip Antoine Gaudin : "Les artistes musicaux qui en ont tourné un certain nombre voient leur notoriété et leurs revenus augmenter considérablement. C’est à ce moment-là que les phonoscènes vont s’affirmer comme un formidable outil promotionnel pour la musique populaire du moment."

Splendeur et misère du clip commercial

Et déjà, le produit commercial s’exporte outre-Atlantique, grâce à la musique qui traverse les barrières de la langue, Alice Guy tourne aux États-Unis. Elle est attentive aux bouches, aux mains des musiciens, pour insister sur la prouesse technique de la synchronisation, qui fascine les foules. 

Dans les cinémas, les gens sont habitués à avoir la musique en illustration du film. Mais avec ces phonoscènes, comme dans le clip, la musique précède les images et rapidement, les histoires racontées par les chansons sont mises en scène. 

Malgré son succès, avec la guerre de 14, la phonoscène disparaît. Mais l’idée d’un film qui promeut une musique, elle, est promise à un bel avenir. 

L'Anachronique culturelle
7 min
Le Billet culturel
3 min