Portrait de Jean Jaurès lisant l'Humanité
Portrait de Jean Jaurès lisant l'Humanité

Le premier jour de "L'Humanité"

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Le premier jour de "L'Humanité"

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Médias | Le journal "L’Humanité", en grande difficulté financière, vient d'être placé en redressement judiciaire avec poursuite d’activité. Presque 115 ans après sa création, retour sur le premier jour de ce journal qui a accompagné les luttes sociales du XXe siècle.

"L’Humanité n’existe point encore ou elle existe à peine." C'est ainsi que Jean Jaurès expliquait la raison même de la création du journal "L'Humanité" dans le tout premier éditorial du journal, le 18 avril 1904.

Ce premier numéro de "L’Humanité" est un 4 pages, vendu 5 centimes et tiré à 130 000 exemplaires. Journaliste à La Dépêche depuis des années, Jean Jaurès le fonde, le dirige et en est la plume. En plus de son éditorial quotidien, ses articles couvrent parfois ¼ du journal.
Il a fait le tour de ses amis politiques et a lancé une souscription pour en financer le lancement. Quant au nom "L’Humanité", il est trouvé par son camarade normalien, Lucien Herr, pionnier du socialisme, et rédacteur des pages internationales.

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"L’Humanité" naît du besoin de donner une voix au socialisme

Jaurès le voit comme un outil pour l'unification du mouvement socialiste :

C’est par des moyens d’humanité que va le socialisme.

Cette nouvelle ligne éditoriale socialiste est le secret de sa réussite, malgré un marché déjà chargé avec 300 quotidiens français autour de 1900, 60 rien qu’à Paris. La rédaction est installée rue Richelieu, en plein quartier de la presse, une proximité qui  permet de recevoir plus rapidement les informations envoyées par télégramme. Les relectures et bouclages se passent directement à l’imprimerie rue du Croissant, en face de laquelle Jaurès sera assassiné 10 ans plus tard. 

 Un ouvrier intervient sur une rotative. Sur des plaques, un exemplaire de l'Humanité est posé qui titre « Jaurès assassiné », 1914
Un ouvrier intervient sur une rotative. Sur des plaques, un exemplaire de l'Humanité est posé qui titre « Jaurès assassiné », 1914
- DR- Mémoires d'Humanité / Archives départementales de la Seine-Saint-Denis

Une équipe engagée

L’équipe est nouvelle, avec peu de professionnels , en dernier page un encart indique que « Ce journal est composé par une équipe "d’ouvriers syndiqués" ». La plupart sont des militants, membres de l’un des partis socialistes, comme Léon Blum, en charge de la rubrique littéraire. De grands noms comme Jules Renard et Anatole France écrivent dès les premières pages de L’Huma.

Jaurès invite ceux qu'il appelait les “maîtres écrivains” : 

  • Marcel Mauss, qui invente l’ethnologie
  • Octave Mirbeau, qui défend les impressionniste honnis par l’Académie
  • Tristan Bernard, connu pour ses mots d'esprit
  • et plus tard Erik Satie, qui révolutionne la musique 

Le premier éditorial de Jaurès sonne comme un manifeste :

Que le suffrage universel s’affirme et s’éclaire, qu’une vigoureuse éducation laïque ouvre les esprits aux idées nouvelles et développe l’habitude de la réflexion, que le prolétariat s’organise et se groupe selon la loi toujours plus équitable et plus large et la grande transformation sociale qui doit libérer les hommes de la propriété oligarchique s’accomplira.

Lecture de l'édito de Jean Jaurès du 18 avril 1904.

4 min

Il prône l’ouverture vers les syndicats ou les coopératives :

Ainsi la largeur même et le mouvement de la vie nous mettront en garde contre toute tentation sectaire et esprit de coterie.

En 1905, le rêve de Jaurès d’unifier les voix des socialistes se réalise avec la naissance de la SFIO.

Une succession de difficultés

Dès 1906, les ventes tombent à 30 000 exemplaires. Jaurès fait alors appel au parti socialiste, à ses lecteurs, ouvre ses pages aux "chroniques ouvrières", à une tribune libre, intègre de la photo, relance une souscription. Fin 1907, le journal retrouve 80 000 lecteurs, en 1914 il en compte 150 000.
Le journal devient communiste en 1920 et ne cessera de vivre des crises. Son histoire faite de luttes et de combats peut se résumer à l'un de ses slogans : "L'humanité est un combat quotidien".