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Le prince saoudien Alwaleed investit 300 millions de dollars dans Twitter

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Vingt-septième fortune mondiale selon Forbes , le prince saoudien Alwaleed vient d'annoncer avoir investi 300 millions de dollars dans la firme américaine Twitter via son entreprise Kingdom Holding Company. Ce qui ne va pas sans faire débat. **

Le prince Alwaleed bin Talal
Le prince Alwaleed bin Talal
- gage and desoto

**Twitter et l'Arabie saoudite ? ** La relation ne va pas de soi, surtout depuis le « Printemps arabe ». D'un côté nous avons le site de micro-blogging, catalyseur voire amplificateur des mouvements de révoltes, et de l'autre un régime peu enclin à l'éclosion des libertés individuelles, qui n'a pas hésité à réprimer farouchement les quelques manifestations qui se sont tenues dans le pays. Ce mariage de 300 millions de dollars entre Twitter et la Kingdom Holding Company (KHC) du prince Alwaleed bin Talal a donc fait grincer quelques dents, en particulier dans le paysage médiatique étatsunien. Beaucoup se sont focalisés sur les intérêts politiques d'un tel investissement et de ses supposés objectifs : museler le « Printemps arabe », faire taire la contestation virtuelle pour éviter sa propagation au sein de l'Etat ou hors de ses frontières, etc.

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Mais tout n'est pas si simple. D'une part, le prince Alwaleed n'est pas l'Arabie saoudite, bien qu'il fasse effectivement partie de la famille régnante et que des liens existent entre lui et ses dirigeants actuels. Mais il n’exerce par exemple aucune fonction gouvernementale ou ministérielle. Reprocher à Alwaleed les actions de l'Arabie saoudite au niveau du respect des libertés de la presse, des droits de l'homme ou de la démocratisation de la société est donc tout simplement hors de propos. De plus, le prince est considéré depuis de nombreuses années comme relativement « libéral » par rapport à bon nombre de ses concitoyens, et ce sur des domaines relativement variés comme les droits de la femme ou le rapprochement entre les cultures.

D'autre part, ce n'est pas la première incursion du prince dans les médias : s'il a majoritairement investit dans la finance et le secteur bancaire au début de sa carrière (Citicorp, USCB, Samba) puis dans l'hôtellerie (le George V à Paris et le Plaza Hotel à New-York par exemple), les médias et les industries créatives sont devenus, depuis plusieurs années, son nouveau hobby . Du label musical quasi-hégémonique Rotana et de ses chaînes télévisuelles à Apple en passant par Mediaset, Newscorp. ou LBC, le prince tisse sa toile médiatique. Et si possible globale. Son dernier projet, auquel il pense depuis plusieurs années déjà, est probablement le plus ambitieux : concurrencer la chaîne satellitaire qatarie al Jazeera avec al Arab, en partenariat avec Bloomberg. Enfin, il est également bon de rappeler que l'investissement d'Alwaleed ne représenterait que 3 à 4 % des parts totales de Twitter, ce qui laisse peu de marge à une quelconque ingérence. Ainsi, plutôt qu'une quelconque volonté politique et encore moins qu'une quelconque volonté étatique à visée répressive, il semblerait donc plus que le business reste de mise dans cet achat, qui peut s'avérer, à terme, très rentable, mais qui pourra également apporter une meilleure interaction entre les branches médias du groupe et le site de microblogging.

  • Th. C.*

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