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Le prix du sauvetage de Chypre

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C'est à l'issue d'un épisode au scénario hollywoodien, "sur le fil" lundi matin, que les responsables de la zone Euro se sont mis d'accord avec le président chypriote pour un plan de sauvetage des banques. Mais ce "sauvetage" va coûter cher aux habitants et aux banques de l'île.

Manifestation à Chypre
Manifestation à Chypre
© Maxppp

Les banques sont toujours fermées ce mardi 26 mars, et ce jusqu'à jeudi. Voilà une nouvelle qui nuance les annonces "soulagées" de sauvetage de Chypre.

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Malgré les mesures draconiennes, les autorités craignent toujours une fuite massive de capitaux dès la réouverture des banques, sapant l'efficacité du plan de recapitalisation du secteur bancaire.

Le ministre des Finances Michael Sarris, a confirmé que les dépôts bancaires les plus importants pourraient être taxés d'environ 40%.

Les Chypriotes sont donc toujours privés de liquidités et personne sur l' île n'est dupe : au choc de la restructuration bancaire ( plusieurs milliers d'emplois menacés )succèdera un cortège de sacrifices exigés par l' Eurogroupe comme ce fût le cas au Portugal ou avant ça en Grèce.

Le reportage dans les rues de Nicosie de notre envoyé spécial Eric Biegala :

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Chypre - Crise économique
Chypre - Crise économique
© Maxppp - FILIP SINGER

Les dépôts sont saufs ! En tout cas ceux qui ne dépassent pas 100 000 euros. On est loin de la première mouture du plan d'aide à Chypre, qui prévoyait de ponctionner 6,75% pour cette tranche.

Mais face aux nombreuses critiques à travers l'Europe, et surtout chez les habitants et parlementaires chypriotes, l'idée a été abandonnée par le FMI et l'Union Européenne, qui craignaient également de trainer une image désastreuse de fossoyeurs auprès de l'opinion publique.

Au départ, le but était de trouver 5,8 milliards d'euros pour bénéficier de dix milliards supplémentaires d'aides de la part de la Troïka (BCE, Union Européenne, FMI).

Finalement Chypre va bien bénéficier de dix milliards d'euros d'aides, et éviter ainsi la faillite et la sortie de la zone Euro, mais s'engage à diminuer la taille de son secteur bancaire hypertrophié, qui représente aujourd'hui environ huit fois la richesse nationale.

Le plan adopté par toutes les parties présentes dans la nuit du 24 au 25 mars épargne les petits épargnants, et taxe à environ 30% les dépôts supérieurs à 100 000 euros sur les comptes de la première banque du pays : Bank of Cyprus.

Et le deuxième établissement chypriote, la Laïki Bank, va fermer. Une faillite organisée, pour que les petits dépôts aillent dans une "good bank" aux dépôts garantis. Et les montant supérieurs à 100 000 euros se retrouveront dans un "bad bank", où les dépôts non-sécurisé se serviront à recapitaliser le secteur bancaire.

Le gouvernement s'engage également à privatiser plusieurs secteurs de son économie et à relever le taux de l'impôt sur les sociétés, jusque là très bas, qui passera de 10 à 12,5%.

Les précisions d'Hakim Kasmi :

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Toutes les mesures du plan ne seront pas soumises au vote du parlement chypriote, qui avait déjà rejeté la semaine dernière une première mouture du plan d'aide.

Les Chypriotes s'attendent à des années difficiles. Suite à l'adoption du plan de sauvetage, l'ancien gouverneur de la banque centrale Afxentis Afxentiou prévenait ses compatriotes :

**"Chypre a pris un gros coup et notre niveau de vie va baisser, même si notre économie peut être en mesure de se rétablir dans deux ou trois ans cela va prendre au moins dix ans pour retrouver notre niveau de vie". **

Pour le député Verts George Perdikes :

"une fois que la pression sera retombée nous devrions examiner sérieusement la question de savoir si rester dans l'euro est dans notre intérêt ou s'il ne vaut pas mieux changer de monnaie" .

La correspondance à Chypre de notre envoyé spécial Eric Biegala :

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Chypre - la note du pays
Chypre - la note du pays

Les Russes apprécient moyennement
Le Premier ministre et le président russes ont été très virulents dès l'annonce d'une taxe sur les dépôts bancaires la semaine dernière. Beaucoup de particuliers et d'entreprises russes ont en effet domicilié leurs comptes à Chypre, attirés par la douceur de la taxe sur les sociétés et par l'absence d'obstination dans les contrôles. En clair, Chypre est l'un paradis fiscaux prisés par les Russes.

L'idée de taxer les dépôts bancaires, à majorité Russes (25 des 70 milliards d'euros de dépôts) est donc très peu appréciée à Moscou.

Et il est seulement question ici de fonds légaux qui ont bénéficié d'une "optimisation fiscale".

Mais à l'annonce du plan adopté par Chypre et la Troïka, la Russie a étonnamment été encline à apporter son aide au nouveau plan de sauvetage, malgré les risques de ponctions sur les dépôts russes.

La correspondance à Moscou de Marc Crépin :

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