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Le prix Nobel de littérature 2015 est attribué à Svetlana Alexievitch

Par
Svetlana Alexievitch
Svetlana Alexievitch
© Radio France

L’écrivaine a été récompensée ce jeudi « pour son œuvre polyphonique, mémorial de la souffrance et du courage à notre époque ». Cette journaliste dissidente bélarusse, auteure d’ouvrages à mi-chemin entre roman et reportage, était l'une des favorites.

C’est la quatorzième femme à recevoir ce prix, sur les 112 lauréats récompensés depuis 1901. Et elle succède à Patrick Modiano.

C’est son ouvrage Les Cercueils de zinc , publié en 1990, sur la guerre en Afghanistan (1979-1989), qui avait fait connaître Svetlana Alexievitch du public français. Dans ce livre recueil, l’auteure bélarusse met à mal l’image glorieuse de l’armée rouge à travers les témoignages de combattants soviétiques qui s'y expriment. Ils y trahissent (malgré eux ?) l'image des guerriers libérateurs qui, loin de "planter des pommiers dans les villages", comme le montrait la télévision, "lançai[ en_]t des grenades dans les maisons d'argile où les femmes et les enfants étaient venus chercher refuge_ ".

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En Europe de l’Est et ex-URSS, l’écrivaine était connue bien avant la sortie de cet ouvrage. Née en 1948 à Stanislav, en Ukraine, Svetlana Alexievitch a passé son enfance en Biélorussie avant de faire des études de journalisme. Journaliste discrète travaillant pour le Journal Rural et la revue Neman - elle était proche de Anna Politkovskaïa -, elle tient à faire entendre la voix de son peuple.

Si elle a été membre des Pionniers et des Komsomols (les “Jeunesses communistes"), où elle avait été inscrite par son père, enseignant et communiste convaincu, l’écrivaine affirme n’avoir jamais été elle-même communiste. Elle se fait d’ailleurs connaître dès 1985 avec un livre foncièrement anti-communiste : La Guerre n’a pas un visage de femme . Ce recueil de témoignages d’anciennes combattantes de la Seconde guerre mondiale, jugé “antipatriotique”, se vend à plusieurs millions d’exemplaires et est encensé par Gorbatchev lui-même.

De son métier de journaliste, Svetlana Alexievitch a une propension à déterrer le passé et à dénoncer les exactions. Elle devient une dissidente notoire du régime de Loukachenko lorsque, en 1997, elle publie La Supplication - Tchernobyl, chronique du monde après l'apocalypse , livre toujours interdit en Belarus.

A la fac de journalisme, je me suis rendue compte que j’étais plus libre que les autres. On m’a très vite considérée comme une dissidente parce que je posais trop de questions.

Parmi les livres phares de l'auteur s'inscrivant dans son projet d'élaborer une archive "subjective et souterraine" de la Russie contemporaine, La Fin de l'homme rouge , prix Médicis de l'essai 2013. Elle y ausculte l'"Homo sovieticus" et la manière dont il a été façonné par l'idéologie marxiste-léniniste, avant la dislocation de l'Union soviétique. Dans cet ouvrage polyphonique, se mêlent des témoignages des victimes du régime, de staliniens convaincus, même après leur expérience du Goulag, et d'anticapitalistes nostalgiques de Gorbatchev.

Comment le désir de faire le bien peut-il déboucher sur le mal absolu ? ”, s’interrogeait Svetlana Alexievitch. Longtemps contrainte à l’exil après ses prises de position contre le gouvernement de Loukachenko, l’auteure est depuis retournée vivre à Minsk, en Biélorussie, où elle effectue des interventions civiques, soutenue par le Pen Club et la fondation Soros.

Réécoutez-la dans les émissions de France Culture :
> dans Hors-champs, avec Laure Adler, en mars 2014 :

Svetlana Alexievitch

44 min

> interrogée par Caroline Broué dans La Grande table, en septembre 2013 :

Écouter

29 min

> et dans des entretiens de mars 2005 pour "A voix nue" signés Jean-Pierre Thibaudat

Et dans des adaptations en fiction de deux de ses textes majeurs :

Lecture de « La Fin de l’homme rouge ou le...par franceculture

Dans son livre "La Fin de l’homme rouge ou le temps du désenchantement ", Svetlana Alexievitch poursuit son patient recueil de témoignages pour ausculter le coeur et l'âme de l'Homo sovieticus, passé brutalement du totalitarisme au nihilisme. L'écrivaine journaliste ne cherche pas à comprendre le pourquoi de l’effondrement de l’URSS. Elle veut montrer les conséquences de cette chute dans le quotidien de millions de personnes. Trouver et garder une trace de ce qu’était l’Union Soviétique. Armée d’un dictaphone et d’une oreille fine, elle est partie, à travers la Russie, à travers le temps, à la rencontre de celles et ceux qui ont vécu l’URSS, qui ont participé à son existence, qui en ont payé le prix. De cette multitude de témoignages, cinq ont été choisis et adaptés par la Fiction de France Culture, pour constituer un Feuilleton en cinq épisodes où cinq vies, cinq voix se font entendre.

*> Retrouvez tous les épisodes de "La Fin de l’homme rouge ou le temps du désenchantement", feuilleton en 5 épisodes diffusé en février 2014. Ecoutez le premier épisode : *

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0 min

> Retrouvez tous les épisodes de"La supplication : Tchernobyl, chroniques du monde après l'apocalypse", feuilleton en 5 épisodes diffusé en 2006. Ecoutez le premier épisode :

La supplication, Tchernobyl, chroniques du monde après l'apocalypse de Svetlana Alexievitch 1/5

19 min

> Retrouvez nos dossiers sur les précédents prix Nobel de littérature :

> Et découvrez aussi notre dossier sur les autres prix Nobel de cette année
Les informations officielles du Prix Nobel au sujet de Svetlana Alexievitch