Le prix Pritzker, "Nobel" de l'architecture, pour Balkrishna Doshi

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Le prix Pritzker, "Nobel" de l'architecture, pour Balkrishna Doshi

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L'architecte indien Balkrishna Doshi, 90 ans, a remporté le prix Pritzker de l'architecture.
L'architecte indien Balkrishna Doshi, 90 ans, a remporté le prix Pritzker de l'architecture.
© AFP - SAM PANTHAKY

Disciple du Corbusier, Balkrishna Doshi a été récompensé pour l'ensemble de ses réalisations par le prix Pritzker. L'architecte et enseignant, âgé de 90 ans, est parvenu à mêler à l'architecture moderne les traditions indiennes. En 2006, il était venu se raconter dans l'émission Métropolitains.

C'est à l'âge de 90 ans que l'architecte indien Balkrishna Vithaldas Doshi a été récompensé du prix Pritzker, considéré comme le "Nobel de l'architecture". Cette distinction a fait de lui le doyen des lauréats de ce prix. Le jury a déclaré "rendre hommage au caractère exceptionnel de son architecture, dont rendent compte plus d’une centaine de bâtiments qu’il a réalisés, à son engagement et son dévouement envers son pays et les communautés qu’il a servies, ainsi qu’à son influence en tant qu’enseignant". C'est la première fois qu'un architecte indien gagne ce prix, qui s'accompagne d'une somme de 100 000 $. 

Disciple de Le Corbusier

Né à Pune, au sud de Bombay, en 1927, Balkrishna Doshi apprend l'architecture à la Sir J. J. School of Architecture de Mumbai puis à l'université de Londres. A l'époque, il y a alors très peu d'architectes en Inde : environ 300, soit un architecte par million d'habitants. Alors qu'il envisage de rejoindre le Royal Institute of British Architects, il entend parler de projet de création de la capitale du Punjab, Chandigarh, et va à Paris se faire embaucher par le Corbusier en 1951. Il y reste trois ans, avant de retourner en Inde pour l’agence et de coordonner la réalisation du Palais des Filateurs à Ahmedabad.

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Invité de l'émission Métropolitains, en décembre 2006, Balkrishna Doshi était venu raconter son parcours d'architecte, et sa relation avec Le Corbusier, dont il était le disciple : 

Même aujourd'hui je suis étonné de savoir comment Le Corbusier avait une intuition des gens. Il savait tout de suite des choses que l'on n'avait pas comprises : la chaleur, la ventilation, la pluie, les habitudes des gens. Il a compris tout de suite. Il a dit : "On va faire ici un chantier d'architecture qui est dans le paysage". [...] De la même façon que la peau a des pores sensitifs par lesquels toute observation pénètre l'esprit, Le Corbusier a pénétré la culture indienne de cette façon.

Une rencontre avec l'architecte Balkrishna Doshi (Métropolitains, 13/12/2006)

59 min

Sur les docks | 14-15
53 min

"Je dois ce prix prestigieux à mon gourou, Le Corbusier, a d'ailleurs déclaré l'architecte indien après la remise du prix. Ses enseignements m’ont amené à questionner l’identité et m’ont poussé à découvrir de nouvelles expressions." 

Entre tradition indienne et modernité "humaine"

Dès 1955, il crée Vastu Shilpa, une fondation qui se consacre déjà aux questions d'environnement et où il interroge les habitats indiens pré-existants, qu'il juge structurés et équilibrés. En 1962, le célèbre architecte Louis Khan vient travailler à Amhmedabad, avec Balrkishna Doshi, pour créer l'Institut indien de management d'Ahmedabad, un complexe universitaire d'apparence austère et expressif. "C'est moi qui l'ai appelé, précisait Balkrishna Doshi. C'était le projet d'institut d'aménagement. Le client m'a dit ; vous pouvez faire ce complexe. J'ai dit que je voulais avoir un autre architecte connu. J'enseignais à ce moment-là à Philadelphie en Pennsylvanie et j'ai expliqué que si on l'invitait lui, on aurait une démonstration d'une plus belle architecture."

Une cour intérieure de l’Institut indien de management, inspirée des temples hindous.
Une cour intérieure de l’Institut indien de management, inspirée des temples hindous.
- Courtesy of VSF

Au cours de sa carrière Balkrishna Doshi parvient à mêler l'architecture moderne apprise auprès du Corbusier à ses propres traditions indiennes, et s'attache notamment à développer les parties collectives de ses réalisations : "Je ne me considère pas ou non comme un moderniste, je ne connais pas la définition du mot, poursuivait-il dans Métropolitains. J'appartiens à aujourd'hui et j'y suis sensible. Je crois que puisque ma tradition, ma famille, ma vie sont hindous, je vis dans une société. C'est pourquoi je travaille maintenant pour les gens."

Je crois, au commencement, que notre religion, notre croyance, dit qu'il faut chercher le mélange et trouver l'essentiel. Et je cherche le mélange et l'essentiel. Par exemple, si je suis en train de faire un bâtiment, je cherche sûrement quelque chose : est-ce qu'on peut avoir une expérience unique où nous sentons pour nous-même là où nous sommes ? Est-ce qu'il est possible d'utiliser toutes les techniques et de créer une expérience unique pour nous ?

Les logements de Ahmenabad.
Les logements de Ahmenabad.
- COURTESY OF VSF

En 1989, Balkrishna Doshi termine son projet de maisons communautaires d’Aranya, à Indore, qui héberge plus de 80 000 personnes, qui lui vaut le prix Aga-Khan d’archi­tecture. Egalement enseignant, l'architecte indien est le cofondateur de l’école d’architecture d’Ahmedabad, qui ne cesse de s'étendre et à laquelle s'ajoute, au fil des ans, entre autres, un centre d’arts visuels, une école des sciences de la construction et de technologie et le centre Kanoria pour les arts. En 1976, l'architecte et enseignant indien a obtenu le Padma Shri, une des plus hautes distinctions civiles indiennes, pour l’ensemble de son travail.

A la question de savoir si ses futurs projets le dirigeaient vers une architecture plus proche de l'"indianité", Balkrishna Doshi répondait : "Le mot indianité me gêne. Ce n'est pas indien, c'est juste humain".