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Le Puy du Fou, ses bénévoles, son « génocide » : comment se fabrique une contre-histoire

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En 1989, alors que sonnait l'heure du bicentenaire de 1789, le Puy du Fou, son parc, et son jeune élu de Vendée Philippe De Villiers, étaient prêts pour faire vivre un contre-récit de la Révolution française
En 1989, alors que sonnait l'heure du bicentenaire de 1789, le Puy du Fou, son parc, et son jeune élu de Vendée Philippe De Villiers, étaient prêts pour faire vivre un contre-récit de la Révolution française
© Getty - Alain Le Bot

Entre engouement pour l'histoire et agenda politique pour la reconnaissance d'un "génocide vendéen" qui n'a pas eu lieu, le Puy du Fou est un gigantesque succès. Mais aussi un vecteur de contre-histoire, qu'Emmanuel Macron a auréolé d'une légitimité en l'autorisant à rouvrir parmi les premiers.

Le Puy du Fou est devenu le deuxième parc d’attraction de France en termes de fréquentation. Dès l’origine, ce lieu bâti autour d’une certaine lecture de la Révolution française, étayée par des travaux très controversés, a reposé sur l’engagement de bénévoles. Une communauté avide d’histoire, qui s’est appropriée le récit historique et qui parfois se transmet le goût de la Vendée de génération en génération, continue de faire vivre le Puy du Fou, quarante ans plus tard. 

Avec, prévue ce 11 juin, la réouverture polémique du parc à thème, qui fut parmi les premiers lieux d’accueil de public autorisés à rouvrir par Emmanuel Macron après le confinement, le détour par la genèse de cette communauté passionnée est l’occasion d’interroger l’appropriation de l’histoire par le grand public. Loin des sphères académiques, et parfois à rebours de l’historiographie valide, ces bénévoles et ces figurants fans du Puy du Fou co-construisent l’histoire, que les historiens de métier le veuillent ou non. 

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En 1978, pour la toute première représentation donnée au Puy du Fou, tout juste sorti de terre, 600 bénévoles participaient déjà au spectacle. Dans ce coin de Vendée où Philippe de Villiers, un jeune élu de 28 ans bataillait pour créer son parc à thème, on les appelait déjà les “puyfolais”. Le Puy du Fou, du côté du petit village des Epesses, en Vendée, se résumait encore à un petit son et lumière donné dans une aile d’un château en ruines pour revisiter l’histoire de la Vendée du Moyen-Âge à la Seconde guerre mondiale. Mais la pratique bénévole et une écriture profane de l’histoire étaient déjà au centre du projet. Aujourd’hui, dans ce département dont Villiers prendra les commandes à partir de 1987, les “puyfolais” sont près de quatre mille.

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Sur des sites comme par exemple vendeecamping.com, on précise que “bien évidemment pour assister à ces spectacles, il faut compter au moins deux journées” (et qu’il est préférable de dormir dans le coin). Outre divers tableaux sur la vie médiévale, le spectacle principal, qui existe depuis l’origine, se donne en nocturne et qui s’appelle Cinéscénie, dure 1h40. Un show ourlé de voix célèbres (Robert Hossein, Alain Delon, Gérard Depardieu ont prêté leur voix, précise toujours vendeecamping), mais surtout de la présence de ces centaines de bénévoles.

L’historien Guillaume Mazeau a publié, début 2020, un petit livre aussi vivifiant qu’accessible : Histoire, chez Anamosa, dans la collection “Le Mot est faible”. Qui s’ouvre justement sur le témoignage d’un certain Aymeric, bénévole au Puy du Fou. Enseignant-chercheur et spécialiste de la Révolution française, Mazeau a aussi un pied au théâtre, et notamment à son actif un compagnonnage scientifique auprès du dramaturge Joël Pommerat pour de formidables pièces comme Ca ira, Fin de Louis. Là, ou encore en collaborant à des supports comme Retronews, le site de la BNF qui éditorialise les archives à destination du grand public, il ouvre grand les portes de sa discipline, jusqu’à interroger qui est historien (et qui ne l’est pas), ce qu’est l’histoire et qui en fabrique. Le tout partant du constat d’un phénomènal appétit d’histoire qui se manifeste chez les non-spécialistes. Et par exemple chez Aymeric, qui écrivait sur un forum non-officiel du parc du Puy du Fou

Je joue actuellement dans une association où l’on réalise des spectacles médiévaux. Notre but ? Approcher le public, sans faire découvrir l’envers du décor et sans révéler la magie du spectacle.

Pour pénétrer sur ce forum fermé, il faut évidemment s’inscrire. La procédure prend deux minutes, mais outre son nom et sa date de naissance, il faut renseigner le nom du nouveau restaurant créé sur le parc en 2018 pour passer à l’étape suivante. On peut ensuite préciser si l’on est par exemple figurant (“puyfolais”) et dans quelle “cabane”, ou plutôt saisonnier (“coulisses, maintenance technique, accueil, vente, sécurité, élevage et soins des animaux, hôtellerie-restauration”…) - mais c’est facultatif.

57 000 messages, et le "génocide vendéen"

Un dimanche de déconfinement sur le coup de 16 heures, on pouvait découvrir, en fouillant sur le site, que 72 utilisateurs étaient en ligne (“2 inscrits, 1 invisible et 69 invités”) mais que le 10 avril 2020, jusqu’à 813 personnes s’étaient connectées simultanément. Parmi les 2531 membres inscrits fin mai, 27 s’étaient exprimés sur le forum dans les dernières 24 heures. Mais depuis sa création, Puyfolonaute enregistrait près de 57 000 messages postés sur 3769 sujets. Le tout réparti en plusieurs entrées, qui mêlent des demandes de covoiturage, quelqu’un qui recherche la vidéo d’un ancien spectacle de 1999 “assez lugubre qui [lui] faisait vraiment peur quand [il] était petit”, (ici sur Dailymotion), et même une annonce de mariage (et une réponse qui suggère d’organiser le cocktail au château du Puy du Fou). Mais on trouve aussi, toujours dans la section “Agora”, des suggestions de films à voir, où les termes “génocide républicain” et “génocide de la Vendée” figurent en bonne place, en référence aux massacres de 1793 à une période que les historiens appellent plutôt les “guerres de Vendée”. Un membre rappelle que c’est “un des principaux thèmes” du spectacle principal, Cinéscénie.

L’expression “génocide vendéen” est un des indices d’une proximité, et même d’une parenté avec une certaine lecture de la Révolution française.  Elle remonte plus particulièrement à 1985. A l’époque, c’est un jeune historien, Reynald Sécher, qui l’emploie pour la première fois, défendant l’idée que la France révolutionnaire avait décidé “l’extermination” des Vendéens par une armée conduite par le général Turreau. Deux ans plus tôt, Reynald Sécher, 30 ans, avait soutenu (sous la direction de Pierre Chaunu) une thèse consacrée à une commune nantaise pendant la guerre de Vendée. L’historien Jean-Clément Martin, rappelait en 2000 dans la revue Sociétés contemporaines, que ce jour de soutenance “le jury qui examinait la thèse consacrée à la Vendée ne comportait aucune des personnalités scientifiques engagées dans des recherches systématiques sur cette période” : à 350 km de là, se déroulait un colloque de spécialistes de la Révolution française qui les avait fait le plein.

Revenant à la genèse de l’expression “génocide vendéen”, Jean-Clément Martin écrivait aussi que “cette affirmation a aussitôt quitté le domaine étroit de l’érudition et de l’histoire universitaire pour devenir un enjeu national”. Et c’est de de cette dilatation que vient aussi le succès du Puy du Fou, qui continue de recruter des passionnés toujours plus nombreux alors même que la controverse a été tranchée depuis longtemps dans le monde académique.

Région-martyr, région-pansement

Jean-Clément Martin est l’un des historiens parmi les tout premiers qui, avec aussi Claude Langlois, dès l’origine du projet de Philippe de Villiers, avaient sonné l’alerte contre cette instrumentalisation fantaisiste et mensongère de l’histoire au service d’un projet réactionnaire. On était alors dans les années 70, et la Vendée se muait en ce que Martin a nommé “une région-mémoire”, à mi-chemin entre un sanctuaire et une gigantesque machine à panser des plaies sourdes, invisibilisées. Car en 1793, des massacres ont bien eu lieu, qui ont longtemps été tus par l’historiographie légitime. Ce silence a d’autant plus stimulé le sentiment d’injustice, et le besoin de réparation des héritiers des victimes, sur place. Un terreau parfait pour l’implantation du projet porté par Philippe de Villiers et la dissémination à une échelle inédite d’une vaste réécriture de l’histoire qui s’appuie aussi sur une mémoire blessée.

Vingt ans plus tard, le même Jean-Clément Martin épinglait encore l’usage des termes “génocide vendéen”, qui avaient largement voyagé entre-temps. En particulier grâce au livre tiré de la thèse de Reynald Sécher (Un Génocide franco-français, en 1986 aux PUF), mais aussi au succès du parc à thème, et à la vitalité de sa communauté. Le Puy du fou peut ainsi être regardé non seulement comme un effet de longue traîne d’un courant historiographique (certains diraient, “une contre-histoire”) qui a connu une vitalité particulière dans la deuxième moitié des années 1980, et fait l’objet de polémiques virulentes entre historiens, depuis les couloirs des universités jusque dans des tribunes et des livres. Mais aussi comme le signe d’une appropriation par le grand public de l’histoire jusque dans ses controverses épaisses, ses spéculations les plus hasardeuses... et ses versions minoritaires (ou fausses).

Le diable est dans les plis de l'histoire

Or avec son succès colossal qui en fait le deuxième parc d’attraction de France, et son activité bénévole depuis les origines, le Puy du Fou n’est pas seulement un témoignage de ce récit historique contesté. Il est aussi un instrument de dissémination, et même un lieu de production de ce récit-là, centré par exemple sur la diabolisation de l’année 1793 et la figure de Robespierre. Dès 1978 à sa création, le Puy du Fou a été fondé autour d’une association de bénévoles dédiée aux victimes vendéennes de “la Terreur” pendant la Révolution française. D’emblée, il ne s’agit donc pas seulement d’une vision grand public en train de s’écrire, et, en coulisses, d’un agenda politique qui se vit en contre-offensive - un “combat culturel”, pour reprendre l’expression de Philippe de Villiers cité par Guillame Mazeau sur The Conversation. Il s’agit aussi d’une pollinisation plus souterraine, mais peut-être aussi plus dynamique et finalement assez incontrôlable, arrimée à toute une communauté de fans, à laquelle appartiennent ces internautes et ces figurants, parfois sur plusieurs générations.

Sauf à être passée à côté, il ne semble pas exister d’ethnographie du forum Puyfolonaute et une sociographie précise de l’histoire de ses membres serait passionnante. Difficile de savoir, par exemple, si c'est plutôt un goût viril ou si le genre n'a guère d'incidence, ou encore l'origine sociale des passionnés. Mais en s’y promenant, on peut en apprendre quelque chose : sous une entrée du forum, les membres peuvent se présenter. Le 18 mars 2018, on pouvait lire par exemple : 

Bonjour à tous, j'ai 16 ans et je suis un passionné des animaux et du Puy du Fou. J'ai été recruté pour cette saison en tant qu'ambulant dans la zone vikings/stadium/oiseaux. Cela fait quelques temps que je consulte le forum et j'ai enfin décidé de sauter le pas pour partager sur notre passion commune. Bonne journée à tout le monde.

Un autre, deux ans plus tard, en avril 2020 :

Depuis mes dix huit mois je suis acteurs bénévole au Puy du fou. Ma famille est entrée dans l'association la première année et ma génération prend maintenant le relève. Je suis passionné d'histoire ce qui m'attache encore plus au Puy du du fou. J'ai un point de vu et un avis éclairé sur les spectacles. Mais je jure de ne jamais en divulguer les secrets (sauf contre un petit billet  ). J'espère être pertinent et utile à ce blog grâce à ma vision interne du puy du fou et ma passion pour l'histoire.

Le bon grain, l'ivraie... et l'ivresse ?

Le terme “passion” est essentiel : pour nombre de ces membres, le Puy du Fou est, tout à la fois, un sujet d’intérêt, un lieu favori, un réseau de sociabilité et une pratique. C’est à dire, non seulement quelque chose de l’ordre du loisir pour tous ceux qui, comme ce fan de 16 ans, jouent les “figurants”. Mais aussi une pratique qu’on peut regarder comme historienne. Historienne malgré les raccourcis, les biais, les parti-pris et les parfois les contre-vérités scientifiques ? Le terme peut faire sursauter mais c’est justement tout l’intérêt du petit livre Histoire de Guillaume Mazeau, que de poser la question de qui fait l’histoire, et ce que ça peut impliquer et vouloir dire. 

Ainsi les figurants sur place, tout comme les puyfolais du forum, font de l’histoire au sens où ils l’aiment, ils la lisent ou la regardent, parfois la fabriquent en participant à un spectacle, mais aussi en disséminant un certain récit du passé. Et c’est ça qui a explosé depuis la création du lieu, en Vendée : le goût d’une histoire populaire qui se dirait “à bas bruit”, comme l’écrit Mazeau : “une histoire qui ne prend pas seulement le peuple pour objet mais qui s’écrit par, avec lui et pour lui”. La lecture de l’historien est plus subtile qu’un simple tri entre imposture et authentique savoir sur le passé - même quand il ne s’agit plus seulement des fêtes rurales médiévales sur lesquelles il a enquêté en Normandie, mais du Puy du Fou : 

Une histoire qui, parfois, a été ignorée par les romans nationaux : en 1978, ce qui pousse les modestes bénévoles du Puy du Fou à jouer eux-mêmes les Vendéens de 1793 dans le spectacle qui fait alors ses premiers pas c’est bien l’envie de rendre visible des populations dont les souffrances avaient été tenues dans l’oubli. Avec du faux, dans une visée de réhabilitation plus que de vérité, ces amateurs pointent néanmoins les failles de l’histoire savante. 

Evidemment, ce floutage est complexe, et l’intrication entre ce récit populaire et des travaux invalidés par l’expertise scientifique peut s’apparenter à un casse-tête. Peut-on tout dire (et faire dire) sous prétexte que le roman national tel qu’il a cristallisé, souffre des critiques ? A épisodes réguliers, des historiennes et des historiens montent au front (comme par exemple, Aurore Chéry sur France Culture, en septembre 2019), rappellent des vérités historiques, et tordent le cou à l’idéologie qui affleure dans le ressac des contre-récits. Ils et elles montrent qu’il n’est pas mission impossible de surligner les béances du récit national, ses angles morts et ses partis-pris… sans pour autant sombrer dans une réécriture pure et simple de l’histoire au nom d’une mémoire blessée.

Mais il est plus rare de regarder de quoi nous parle le goût de ces fans pour l’histoire. Et aussi, ce que ça dit d’une plus vaste position en porte-à-faux vis-à-vis du récit autorisé, légitime, spécialiste. Or c’est aussi l’enjeu du repli identitaire face au surplomb d’une histoire qui parfois a pu oublier d’être pédagogue, et réflexive. Longtemps dominants, les historiens de la Révolution française ont ainsi vu leur crédit s’affaiser au cours du XXe siècle, et leur légitimité contestée. Au point que Mazeau relève une véritable “défiance vis à vis de l’histoire savante”.

Robespierre, les nazis et le droit de réponse

Or en face, les forces se sont structurées, organisées, pour répliquer. Chaque spectacle du Puy du Fou est l’occasion de former sur le fond les jeunes qui seront bénévoles, en leur enseignant une autre lecture de l’histoire vendéenne. Des centres de recherche sur l’histoire de la Vendée ont aussi ouvert, dont Guillaume Mazeau pointe les liens avec, par exemple “l’Institut catholique de Vendée (ICES), reconnu par l’Église catholique, dont Philippe de Villiers a été «la cheville ouvrière». De son côté, l’Association du Puy du Fou, active sur le Net, réplique à l’historien dans un “droit de réponse" que “contrairement à [ses] affirmations péremptoires, ses académies n’ont strictement aucun lien avec l’ICES. L’Association n’a pas non plus de liens avec le Centre vendéen de recherches historiques.”

Faut-il y voir, comme le grand historien de la Révolution française, Michel Vovelle, en 1994 dans les colonnes du Monde diplomatique, une entreprise "révisionniste" ? En un mot, un combat obscurantiste à bannir d'autant plus qu’il noyauterait des instances reconnues, comme par exemple, par l’inspection académique de Vendée ? Ou envisager de dialoguer, et répondre sur le fond, à une vision profane de l’histoire qui, de fait, poursuit sa toile ? Un tel dialogue, qui confine  à la joute, requiert certes des munitions, mais la connaissance et le savoir historiens sont maintenant bien stabilisés.  Elle requiert aussi de l'adhésion, des troupes, et une visibilité forte, pour porter le message et montrer, par exemple, que les guerres de Vendée ont bien donné lieu à des massacres injustement passés sous silence. Mais pas à un génocide (qui reviendrait à faire des fondateurs de la République française... des nazis). 

Qui a aujourd’hui le plus d’écho, alors que sur le forum Puyfolonaute, on lit des adolescents qui soutiennent que leurs manuels scolaires sont totalement erronés ? Et quelle version est susceptible de faire ricochet, de forum en reconstitution historique, en passant par des festivals pour amateurs d’histoire, qui attirent un public de plus en plus nombreux chaque année ? A Montbazon, en Indre-et-Loire, le festival Les Historiques, draine ainsi dans sa forteresse médiévale un public toujours plus avides depuis cinq ans, alors qu’il n’a pas la même notoriété que le Puy du Fou. Sans parler des success stories de Lorant Deutsch, depuis le Métronome jusqu’à ce numéro spécial du Parisien sur l’Occupation.

Fumistes ou dangereuses, quel arsenal ?

Folkore, fumisteries kitsches ou contre-récit pugnace ? Ces initiatives et leur succès témoignent en tout cas d’un appétit indéniable, à quoi les historiens de métier sont confrontés. Qu’ils le veuillent ou non, leur rôle, leur utilité, et leur manière de faire leur métier sont en jeu ici aussi dès lors que l’histoire n’est plus seulement une discipline académique, mais une pratique sociale ordinaire. 

Pour être émancipatrices, comment les sciences-sociales peuvent-elles s’organiser pour répondre aux ricochets de cette démocratisation (y compris dans ses méandres les plus marécageux) ? Dans les années 1980, Claude Langlois et Jean-Clément Martin avaient par exemple donné dans la contre-offensive, pour démonter l’idée que la Vendée serait “un peuple”, homogène et singulier. Et aujourd’hui ? Dans le petit livre Histoire, Guillaume Mazeau s’interroge sur la marche à suivre puisque, écrit-il, “on ne fait pas de l’histoire inocemment” :

Définir l’histoire comme une pratique sociale dans laquelle l’histoire scientifique tient une place particulière mais non isolée ni exclusive, contribue à clarifier ce que peut aujourd’hui apporter cette histoire savante à la fabrique du commun.

Son livre est un plaidoyer pour l’histoire avec un petit h. Celle qui ne ressemble pas à ce que l'historien Marc Bloch appelait “un musée d’antiquailles”,  mais qui sort de sa tour d’ivoire. Qui reconnait l’adversaire pour mieux lui porter la réplique :

« L’histoire scientifique n’a pas besoin d’une majuscule mais d’une méthode. C’est peu et beaucoup à la fois. C’est à cette condition que l’histoire peut jouer son rôle comme art démocratique. »