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Le relogement des habitants des Ecameaux

Le relogement des habitants des Ecameaux. L’enquête sociale. 1985 Extrait du programme de relogement piloté par le CCAS d’ElbeufLe niveau de chômage de la ville d’Elbeuf, l’extinction du flux de créations ou d’installations d’entreprises, la sous-qualification de la population, les problèmes de logement ont conduit la municipalité à prendre l’initiative d’opérations diverses tendant à redonner à la vile d’Elbeuf son pouvoir attractif en redynamisant la vie économique et sociale.(…) Dans cette perspective la municipalité a décidé en concertation avec son CCAS, la société HLM et le Comité d’action et de promotion sociale de supprimer la cité de transit des Ecameaux et de reloger l’ensemble des familles sur le territoire de la commune ou de l’agglomération.(…) Le 1er avril 1983, l’association CAPS informait Madame D., Directeur départemental des affaires sanitaires et sociales de sa décision d’interrompre l’action éducative qui n’était plus adaptée aux problèmes de la population et qui ne pouvait que prolonger l’existence de la cité de transit.(… a été défini) le programme suivant :1) Le relogement s’effectuera en collectif, en veillant à répartir les familles dans les différents quartiers d’Elbeuf2) Les familles dites « lourdes » (nombre important d’enfants, problèmes de comportements…) seront relogées en maisons individuelles(…) La circulaire du 19 avril précisait : « les cités de transit peuvent être définies comme des ensembles d’habitations affectées au logement provisoire (souligné) des familles, occupantes à titre précaire (souligné), dont l’accès à l’habitat définitif ne peut être envisagé sans une action socioéducative ». Il semble que la précarité évoquée n’ait pu être respectée. En règle générale, l’action éducative prolongée, au sein d’une forte concentration de familles à gros problèmes, ne fait que renforcer l’assistanat et la marginalité ».

Ce document signe l’échec éducatif, au niveau local, du programme national de 1972. Respecter la précarité, c’est éclater les familles, disperser les problèmes dans l’agglomération.En 1987, quatre ans après, le CCAS produit un deuxième document faisant le bilan de l’opération de relogement des 53 familles. 34 familles ont été relogées dans le parc social, 15 sont parties dans le privé, 2 en accession à la propriété, deux « autres ». 5 familles sur les 53 vivent en dehors de l’agglomération. « Quatorze familles présentant des difficultés à s’intégrer dans des logements collectifs » ont été relogées dans des maisons individuelles gérées par la société HLM. Et le rapport conclut : « L’opération de relogement des habitants de la cité des Ecameaux est donc terminée ».L’enquête préalable au relogement Cette enquête donne des informations sur 34 familles, soit 57 adultes et 113 enfants. Le document est incomplet et signale que plusieurs familles n’ont pu être rencontrées ou que les logements n’ont pu être visités. Sur ‘un des bâtiments, par exemple, le nombre de familles figurant au fichier HLM est de 16, mais l’enquête n’en comptabilise que 12 . Sur les 34 familles, les occupations des 34 « chefs de ménage » se répartissent ainsi :- Emploi salarié : 9- Retraite : 5-Chômage : 15- Invalidité : 1- Sans activité professionnelle : 4Les revenus disponibles par personne au foyer , incluant toutes les prestations sociales, se répartissent ainsi :- Moins de 500F personne/mois : 13 - Entre 500 et 1000 F : 9- Entre 1000 et 1500 F : 7- Plus de 1500 F : 6Le revenu médian par personne et par mois est inférieur à 1000 F. A comparer avec le SMIG de 1983.Il n’est pas difficile de comprendre la position des HLM si l’on analyse le nombre et le montant des impayés de loyer. 13 des 34 locataires sont à jour de leur loyer. Le montant des impayés représente, dans 14 cas, plusieurs années de loyer. Il est à noter que dans les pavillons 7 locataires sur 8 sont à jour de leur loyer. Il faut comprendre qu’être à jour de son loyer est la condition nécessaire, dans les familles nombreuses, pour continuer à exister en tant que famille. Si le loyer n’est pas payé, si la famille n’est pas tenue avec un père ou une mère pourvoyeuse de revenu et de sécurité, elle ne tient pas, elle éclate en plusieurs morceaux.

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Sur les 34 familles enquêtées, 12 disent vouloir rester aux Ecameaux, ne veulent pas être relogées. 22 souhaitent ou du moins acceptent le relogement.

Certains éléments de l’enquête sociale méritent citation : M. A., salarié en intérim dans une coopérative légumière, « souhaite rester aux Ecameaux », « se plait aux Ecameaux » mais « souhaiterait des gens normaux aux Ecameaux ».

M. B. « ne cherche pas de travail ». La situation lui convient, « cela pourrait être bien si c’était entretenu », l’enquêteur note « logement bien tenu ».

M. C. « souhaite partir mais pas au parc St Cyr ».

M.D., handicapé, « suivra sa sœur ». Il « souhaiterait récupérer son logement occupé actuellement par son frère Richard qui aux dernières nouvelles serait en prison ».

M.E., retraité « accepterait de rester aux Ecameaux si les voisins étaient mieux », mais a « de gros problèmes avec un voisin ». Le logement n’est « pas très bien entretenu ».

Pour M. F., occupant un emploi stable mais à temps partiel, il n’est « plus possible de rester aux Ecameaux quoi que l’on fasse ». Le logement est « propre et bien entretenu ».

M. G., au chômage depuis trois ans, se demande « *où aller puisque l’on ne pourra pas payer le loyer * ». Le logement n'est « *pas très bien entretenu mais à peu près propre * ».

M.H., retraité, « se plaît aux Ecameaux », « préfère rester ici ». Le logement est « très bien entretenu » (souligné)

M.H., au chômage, « se plaint du voisinage », « s’ennuie et trouve le logement trop petit ». Le logement est « particulièrement sale ».

Pour M. I., au chômage depuis 7 mois, « il n’est plus possible de vivre ici », « parce qu’ils vivent dans la peur ». Le logement est « propre et entretenu », mais « ils ont reçu une menace d’expulsion des HLM ».

M.J., au chômage, ne veut pas partir, « il se sent à la campagne ».

M.K., salarié, « souhaite rester dans son logement malgré les problèmes de voisinage », il est « inquiet de ne pouvoir payer ailleurs un loyer plus cher ».

M.L., salarié, « se plaint des problèmes de voisinage » et souhaiterait « un commissariat de police, une sélection des occupants et l’amélioration des logements ».

M.M. « se plait dans son logement et ne parle à personne (en fait supporte la situation sans se plaindre) ». Le logement est « très bien tenu ».

Et à chaque ligne ou presque, les problèmes d’humidité, d’infiltrations d’eau.