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Le "Roi" Jean-Paul Belmondo est mort

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Jean-Paul Belmondo sur le tournage d'À bout de souffle, en 1959. Le premier long-métrage de Jean-Luc Godard, emblématique de la Nouvelle Vague, qui révèle l'acteur au monde.
Jean-Paul Belmondo sur le tournage d'À bout de souffle, en 1959. Le premier long-métrage de Jean-Luc Godard, emblématique de la Nouvelle Vague, qui révèle l'acteur au monde.
© AFP - Productions Georges de Beauregard / Collection Christophel

(1933-2021). Monument du cinéma et du théâtre, Jean-Paul Belmondo est mort à 88 ans a annoncé son avocat. Plus de 50 ans de carrière, une centaine de films, courts-métrages, pièces et plus de 150 millions de spectateurs. Héros populaire, apprécié des intellectuels pour son jeu naturel, décontracté et physique.

" Devenir immortel et puis mourir." La plus grande ambition dans la vie de l'écrivain Parvulesco, alias Jean-Pierre Melville, dans À bout de souffle, vient de s'appliquer à Jean-Paul Belmondo. Le comédien et acteur s'est éteint à l'âge de 88 ans, a annoncé son avocat à l'Agence France Presse. 

"Je crois qu'on est sur Terre pour une seule chose. Moi, c'est pour être acteur." disait la star qui avait su passer de Godard, Truffaut ou Peter Brook à des productions très grand public comme Le Professionnel, attirant des millions de spectateurs sur son seul nom.

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"On a tous espéré devant nos posters devenir un jour Jean-Paul Belmondo" avait lancé Quentin Tarantino en 2013 à Lyon, saluant "un Roi" qui "représente la supercoolerie".

"À maman et papa"

En 2017, lors de la cérémonie des César sur Canal plus, pendant trois minutes, la salle et ses proches sur scène acclament Jean-Paul Belmondo. Actrices, acteurs, français ou d'ailleurs, comme George Clooney, debout. Jean-Paul Belmondo de remercier ses parents, en rappelant ses débuts :

Tout jeune, quand j'allais au théâtre, tout le monde trouvait que j'avais une sale gueule. Une fois, ça va. Deux fois, ça va. Trois fois, non ! Alors, ma mère m'a dit : 'Tu dois être comme ton père, avoir du courage.' Et je n'ai jamais manqué de courage, ce qui fait que je suis là !

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Le courage et la persévérance de celui qui dès l'âge de 10 ans adore faire le clown. Adolescent, il a passé sa jeunesse dans les ateliers de peintres et se prend au jeu lors d’un séjour dans le Cantal, précise-t-il dans ses Mémoires : "Les concours de bonimenteurs et les hurlements de rire des camarades m’ont rappelé le plaisir incommensurable que je prenais depuis toujours à me donner en spectacle." Avec les encouragements de son père, le sculpteur Paul Belmondo, comme il le racontait sur nos ondes dans l’émission Agora, en 1985 : 

Jean-Paul Belmondo : "Mon père m'a beaucoup aidé quand j'étais tout jeune."

36 sec

Quand j'ai voulu être acteur, mon père ne m'a pas découragé du tout. Au contraire, il m'a présenté à des amis à lui, dont André Brunot, grand sociétaire de la Comédie-Française. À l'entracte au théâtre Marigny, je lui ai dit une fable de La Fontaine et là, il m'a dit 'retourne à tes études vaurien'. Et le soir, j'étais un peu bouleversé, mon père m'a dit : ''C'est pas grave, moi aussi quand j'ai amené mes sculptures au début, on me les a cassées en me disant que je n'avais aucun don, mais il faut s'accrocher et travailler, travailler et travailler". 

À l'école des planches et du Conservatoire 

"Tu es nul, rentre chez toi. Tu n’es pas du tout fait pour ce métier." lui avait aussi dit André Brunot. Mais ce jeune passionné de sport et boxeur amateur se bat pour entrer au Conservatoire, après déjà des cours avec Raymond Girard. Il y apprend le métier avec désinvolture et mène une bande avec Jean-Pierre Marielle, Guy Bedos, Bruno Crémer, Annie Girardot, Françoise Fabian ou Jean Rochefort. En 2007, sur France Culture, Rochefort racontait en public, à Olivier Barrot et avec beaucoup d'humour, la force de cette génération de légende :

Jean Rochefort parle de Jean-Paul Belmondo dans "Volte face" du 25/08/2007 (extrait)

3 min

Il était le leader. Et ceux qui ont senti, je m'en vante un peu, que le personnage de Belmondo était exceptionnel, à tous points de vue. Par sa merveilleuse inculture. Cela nous passionnait ! Il ne savait rien et il ne cherchait à n'apprendre rien. Il savait tout : être contemporain lui suffisait. Et il était en avance sur notre époque puisque en 1950, il avait l'air d'un soixante-huitard. Nous étions encore avec des cravates et des costumes et lui était en haillons. Et des profs comme Pierre Dux lui ont dit : monsieur Belmondo, faites autre chose !

Lors du célèbre concours, Belmondo choisit Feydeau. Le public l'acclame mais il n'est pas primé. Ses camarades le portent en triomphe "comme un boxeur" et il lance un bras d'honneur au jury.

"Toute ma vie, j'ai voulu me venger. Prouver qu'ils avaient eu tort." confiera celui qui joue pendant les années cinquante Racine, Molière, Musset, Courteline, Goldoni, Claudel, Shakespeare ou la comédie Oscar. Avant la rencontre avec Godard et le passage au 7e art. 

Jean-Paul Belmondo au théâtre. Évocation signée Éric Chaverou.

3 min

Poussé par Robert Hossein, il ne reviendra sur les planches que 28 ans plus tard, en 1987, dans Kean, de Jean-Paul Sartre :  

Un énorme succès : 211 représentations, et 200 000 entrées pour une pièce sur le métier d'acteur qui lui permet aussi un trophée alors jusqu'ici inédit pour lui : le prix du Brigadier, l'une des plus anciennes récompenses théâtrales en France.

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En 1991, il rachètera le théâtre emblématique des Variétés, où il reviendra à Feydeau dans La puce à l'oreille. Un rêve, après une tournée mondiale jusqu'au Japon pour l'un des plus beaux rôles : Cyrano.

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Un monument du grand écran

Pour beaucoup, il est le plus grand. Une légende et le souvenir de tant de grands moments du cinéma. À commencer par la claque de la Nouvelle Vague, forcément. Jean-Luc Godard le révèle au monde en 1960, dans À bout de souffle, avec Jean Seberg. Insolent, souriant, éclatant d'un naturel déconcertant :

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De Léon Morin prêtre à l'homme de Rio ou au Guignolo, plus de 80 films suivront. 

Jean-Paul Belmondo, légende du 7e art. Évocation signée Éric Chaverou.

2 min

Choisi entre autres aussi par Truffaut pour La sirène du Mississipi, en 1969. De confier sur nos ondes : "J'ai été enchanté par la voix de Belmondo qui est splendide, disant des choses tristes. Ça m'a stimulé dans mon travail de dialogues que je faisais au jour le jour. Je savais que ça allait être tellement bien tout ce qu'il allait dire. Mon acteur préféré après lui, ou avec lui, n'est pas une grande, grande vedette, c'est Jean-Pierre Léaud. Si je dois choisir un homme dans un film en dehors de Léaud ou Belmondo, je suis embêté." :

François Truffaut dit son admiration pour Jean-Paul Belmondo, dans une Grande Traversée "L' homme cinéma" du 31/07/2008. (extrait)

3 min

Avec aussi, notamment, un duel au sommet face à Gabin dans Un singe en hiver, d'Henri Verneuil, en 1962. Ou face à Delon dans Borsalino, de Jacques Deray, en 1970.

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"Bébel" deviendra un champion du box-office avec plus de 150 millions de spectateurs au compteur ! Après l'échec, selon lui, du Stavisky d'Alain Resnais (qu'il coproduisait), il sera le premier acteur en France à maîtriser de bout en bout ses films. Il s'appuie pendant dix-huit ans sur son ancien attaché de presse devenu associé René Chateau, via sa société de production Cerito. Belmondo devient une marque, son nom en majuscule écrase les affiches pour des histoires très grand public, souvent de flic, et marquées par de la castagne et des cascades, sans doublure, toujours plus spectaculaires. Comme dans Peur sur la ville sur un métro franchissant le viaduc de Passy.

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28 min

Le vieux lion devra pourtant attendre 1989 pour hériter d'un César de meilleur acteur, grâce à Itinéraire d'un enfant gâté, de Lelouch, et sa tendre leçon à Richard Anconina pour savoir "bien dire bonjour" :

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Et ce n'est qu'en 2012, affaibli par un AVC, qu'il reçoit une Palme d'or d'honneur à Cannes, acclamé par des milliers de fans au pied des marches. L'année suivante, à Lyon, Tarantino lui déclare aussi : 

Belmondo, ce n'est pas seulement le nom d'une star de cinéma, pas seulement le nom d'un homme, c'est un verbe, qui représente la vitalité, le charisme, une force de l'Esprit.