Le roman policier, un genre toujours à part

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Le roman policier, un genre toujours à part

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Des bacs remplis de romans policiers (© photographie libre de droits)
Des bacs remplis de romans policiers (© photographie libre de droits)

Le polar ou roman noir, est souvent considéré comme un genre à part, qu'on opposerait à la littérature blanche. Cette distinction a-t-elle toutefois vraiment lieu d'être ? Du polar au roman, peut-on envisager les livres autrement qu'en noir et blanc ?

Vous connaissez cette fameuse collection de livres jaunes et noirs ? Nonobstant le graphisme de leur couverture, qui laisse un peu à désirer parfois, ils peuvent se révéler tout à fait utiles et intéressants. C’est le cas du petit dernier de la collection "Le polar pour les nuls", signé Marie-Caroline Aubert et Nathalie Beunat. Toutes deux sont traductrices, critiques et éditrices, la première à la Série Noire chez Gallimard, et la deuxième directrice de la collection "Souris noire" chez Syros. Entre parenthèses, deux femmes pour une somme sur le roman noir, chapeau bas, le domaine est si souvent absolument balisés par des écrivains, éditeurs, critiques mâles… La littérature policière représente aujourd’hui en France un marché considérable : deuxième au sein de la fiction moderne, il occupe rappellent les deux autrices du livre, les dix premières places des meilleures ventes de livre en poche. Un roman vendu sur quatre est un roman policier et pourtant la critique "littéraire" continue de le bouder. 

Le polar, un genre à part ?

De fait la critique n’est pas seule en cause, force est de constater qu’en France la littérature noire est toujours à part sur toute la chaîne du livre. Les écrivains qui écrivent les romans noirs à succès n’écrivent bien souvent que ça. Elle a ses prix, ses jurys, ses salons spécialisés. Les livres sont publiés dans des collections dévolues, chaque maison a aujourd’hui sa collection et de nouvelles ouvrent encore aujourd’hui chez certains éditeurs, par exemple Rouergue Noir, Asphalte noir, on peut également évoquer Aurélien Masson, un des grands éditeurs de littérature policière parti de chez Gallimard l’année dernière pour aller fonder une nouvelle collection noire aux Arènes. Les polars sont réunis chez le libraire dans des rayons spéciaux, reconnaissables souvent au bloc noir que forment leurs tranches réunies les unes à côté des autres. Et puis ils sont bien souvent dans les médias, évoqués par des journalistes et des émissions spécialisées. Quand on se rend, dans “Le polar pour les nuls”, à la page "la critique dans les médias", répertoriée comme telle au sommaire, on tombe sur trois petites lignes, indiquant une émission sur Radio libertaire, des vidéos de tables rondes critiques tournées par le journal Télérama intitulées "Cercle Polar", et puis bien sûr l’émission de François Angelier sur France Culture, "mauvais genre". 

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Une littérature en noir et blanc

Pourquoi cette place si à part de la littérature noire ? Est-ce justement parce qu’il s’agit d’un "genre" ? Entre le roman d’épouvante, le thriller, la comédie policière, le polar rural, le polar urbain, entre Simenon, Christie, Manchette, King, ou Montalban, on se demande si la variété des sous-genres ne fait pas s’effondrer la notion même de genre policier. Et après tout, la littérature blanche accueille elle-même en son sein bien des genres différents, de l’auto-fiction au roman historique en passant par la prose poétique parfois. Est-ce alors parce que ce genre est encore un "mauvais genre" et que sa fréquentation menacerait encore la "bonne littérature" ? Là encore on a du mal à envisager pareille hiérarchie, je ne crois pas que la question du bon goût soit encore un critère de partage entre littérature blanche et noire. Pourtant, dans leur introduction au "polar pour les nuls", les deux autrices sacrifient à ce geste de justification un peu coupable dès l’introduction en affirmant : "aujourd’hui le polar a pour vocation de faire mieux que divertir. Parce qu’un bon polar, c’est d’abord de la littérature. Et cela finira bien par se savoir !". 

La Dispute
55 min