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Le rouleau des Cent vingt journées de Sodome de nouveau sous les verrous

Par

**« Ce n’est point ma façon ** **de penser qui a fait mon malheur, ** c’est celle des autres » (lettre du marquis de Sade à sa femme, novembre 1783)

La Bastille
La Bastille
© Radio France - Fondation Martin Bodmer

**De la prison de la Bastille aux scellés d’Aristophil, le rouleau des Cent vingt journées de Sodome de nouveau sous les verrous **

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Lettre du Marquis de Sade Février 1779
Lettre du Marquis de Sade Février 1779
© Radio France - Fondation Martin Bodmer

** Lettre autographe sans signature du Marquis de Sade à sa femme, Vincennes [fin février 1779], publiée dans Lettres intimes, une collection dévoilée, * Paris, Textuel, 2006*

Collection Anne-Marie Springer. Photo Naomi Wenger

Lettre écrite par le prisonnier de Vincennes à sa femme, à l’encre noire et à l’encre sympathique. L’encre noire peut être lue par la censure, l’encre sympathique (révélée par une source de chaleur) lui échappe. Dans ce message secret, Sade se déchaîne contre ses geôliers. Son œuvre littéraire sera ainsi divisée entre des œuvres qu’il avoue et d’autres qu’il publie anonymement.

C’est à la fondation Martin Bodmer près de Genève que le public avait pu découvrir pour la première fois exposé le mythique rouleau manuscrit des Cent vingt journées de Sodome ,écrit par le marquis de Sade pendant sa détention à la prison de la Bastille.

Rédigé d’une écriture minuscule et serrée sur des bandes de papier mises bout à bout pour former un rouleau de douze mètres de long, ce monument littéraire que son auteur croyait perdu lors de la destruction de la Bastille, a connu une longue série de déboires, dont les tout derniers rebondissements ont signé sa nouvelle confiscation au regard du public.

Son dernier propriétaire, Gérard Lhéritier, à la tête de la société Aristophil spécialisée en achat de manuscrits, avait déjà défrayé la chronique lors de l’acquisition houleuse du Rouleau contre la BnF, mais, plus impressionnant encore, il est aujourd’hui soupçonné d’une escroquerie monumentale d’un montant de 700 millions d’Euros,(lire Libération ) et l’Institut des Lettres et des Manuscrits (Paris 6e) qu’il dirige, a été placé sous scellés, condamnant à l’enfermement une importante part du patrimoine littéraire, dont le Rouleau de Sade.

Une actualité qui montre les dérives spéculatives dont les manuscrits littéraires sont devenus l’objet.

A l’opposé de cette tendance du marché existe un “art de la collection“ dont Martin Bodmer a incarné un sommet avec son projet de sauvegarder pour les générations futures les documents originaux des plus importantes œuvres de l’esprit.

A la Fondation Martin Bodmer ouvre ce 6 décembre 2014 la très belle exposition Sade, un athée en amour , qui présente des documents méconnus du marquis.

SADE
SADE
© Radio France - Fondation Martin Bodmer

Michel Delon, le commissaire de l’exposition, nous a parlé du célèbre rouleau, et de l’histoire de ce document exceptionnel.

Sade par Michel delon

4 min

Michel Delon, professeur de littérature à Paris-Sorbonne, est aussi l’éditeur du catalogue paru chez Albin Michel et des trois volumes des œuvres de Sade dans la Pléiade.

**Elise Gruau ** Partager

auteure de Martin Bodmer, le fou des livres

et Martin Bodmer, un voyage dans l'écriture

*première photo :Modèle réduit de la Bastille, amalgame de mortier et de pierres broyées, don du patriote Palloy à l’administration départementale de l’Isère en 1790. Collection Musée de la Révolution française, Domaine de Vizille.

Sade a été prisonnier à la Bastille. Il prétend avoir par ses appels contribué à l’insurrection parisienne. Après la prise et la destruction de la Bastille, certaines pierres servent à sculpter des modèles réduits envoyés dans les départements. Ici c’est l’exemplaire du département de l’Isère où ont eu lieu les premiers soulèvements insurrectionnels en 1788.