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Le sexe féminin, c'est de l'art ?

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Ce tableau de Gilles Traquini représentant un sexe féminin, en hommage à "l’Origine du Monde" peint en 1866 par Gustave Courbet, a fait scandale à Nice en 2006
Ce tableau de Gilles Traquini représentant un sexe féminin, en hommage à "l’Origine du Monde" peint en 1866 par Gustave Courbet, a fait scandale à Nice en 2006
© Maxppp - Thierry LOPEZ

Depuis l'Antiquité, le sexe féminin est mis en scène dans l'art. Aujourd'hui, dans l'art contemporain, la nudité est presque devenue un poncif. Pourtant, en France, elle continue de faire polémique et des performeuses sont poursuivies en justice pour exhibition sexuelle.

En France, la présentation du sexe féminin dans l'art contemporain est parfois controversée. Des artistes et performeuses sont même poursuivies en justice pour exhibition sexuelle. Subversion ou provocation gratuite ?

Reportage sur la transgression sexuelle dans l'art contemporain. Avec le témoignage de Deborah De Robertis.

3 min

La 44ème Foire internationale d'Art Contemporain (Fiac), qui se tient à Paris du 18 au 22 octobre, a, cette année encore, été marquée par une polémique. Le DomestiKator, œuvre du Néerlandais Joep van Lieshout, n'a pas pu s'installer dans les jardins des Tuileries, mais au Centre Georges-Pompidou, parce qu'il figure une scène monumentale de sexe.

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Qu'est ce que le Domestikator?

1 min

Hasard du calendrier, ce mercredi, le jour de l'inauguration de la Fiac, l'artiste Deborah de Robertis a été relaxée par le tribunal correctionnel de Paris. Elle comparaissait pour exhibition sexuelle et violence à cause d'une performance au musée du Louvre.

Montrer un vrai sexe féminin : la terreur des musées parisiens

Depuis le début des années 2010, cette Luxembourgeoise de 33 ans s’infiltre dans les musées français pour exposer son sexe sous des chefs-d’œuvre de l'histoire de l'art. Deborah De Robertis a ainsi posé jambes et vulve écartées sous le tableau L'Origine du Monde de Gustave Courbet ou sous L'Olympia d'Edouard Manet au Musée d’Orsay, et plus récemment au Louvre sous La Joconde ou au musée Guimet pour l'exposition Araki.

Quand j'ouvre mon sexe, j'ouvre ma bouche et ce que je dis sans le dire c'est : "je vous regarde". Il y a ainsi une inversion du regard qui s'opère. Le spectateur ne regarde plus un objet inerte, c'est-à-dire un sexe féminin passif sur une toile, mais il est regardé par un sexe féminin bien vivant et ça, ça dérange !" Deborah De Robertis

Attention, le contenu de cette vidéo de Déborah De Robertis est sexuellement explicite et peut choquer certains publics.

À réécouter : Le musée Guimet évacué après une nouvelle performance de l'artiste Deborah De Robertis

A chaque fois, le scandale

En France, contrairement à l’Allemagne ou à la Suisse, l'exhibition sexuelle imposée à la vue d'autrui dans un lieu public est punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. Mais il y a une nuance : l'exhibition sexuelle ne s'applique pas à une œuvre d'art. Alors, de nombreuses artistes en font un mode d'expression.

L'artiste suisse Milo Moiré, connue pour se montrer intégralement nue et sans pilosité dans les espaces publics, a été arrêtée puis relaxée en 2015 après une séance de selfies au Trocadéro, à Paris. Elle s'était surtout fait un nom en expulsant des "œufs" remplis de peinture de son vagin, devant l'entrée de la foire d'art contemporain de Cologne, en 2014.

Attention, le contenu de cette vidéo de Milo Moiré est sexuellement explicite et peut choquer certains publics.

Mais pour quoi faire ?

Depuis l'Antiquité, montrer la nudité ou le sexe féminin occupe les arts. Dans l'art contemporain, depuis les performeuses et les expériences artistiques des années 1970 c'est aujourd'hui presque devenu un poncif. Un poncif, qui intéresse de plus en plus les jeunes chercheurs : Floris Taton, Pauline Bovineau, ou encore Elisabeth Spettel, auteure d'une thèse en Arts : "le double jeu de la subversion : entre dadaïsme, surréalisme et art contemporain".

Il y a une vraie différence entre la subversion, qui est souterraine et qui laisse une trace, et la provocation qui est plus immédiate. Tout dépend du contexte de la création. Parfois, les artistes ont un vrai message. Montrer le sexe féminin, c'est dénoncer l'oppression ou la surexposition du corps de la femme par exemple. Parfois aussi, les artistes provoquent pour provoquer ; cela fait alors partie d'une stratégie marketing de communication, bien installée dans l'art contemporain, puisque la provocation fait vendre et fait grimper le prix de l'oeuvre sur le marché de l'art. Dans ce cas là, ils font le "buzz" oui, mais leurs œuvres sont vite oubliées. L'art ne ment pas. Elisabeth Spettel

D'où l'effort pédagogique des artistes actuels qui mettent en scène le sexe de la femme. Contrairement à leurs aînés des années 1970 ou aux danseurs performeurs des années 1990, ils ne revendiquent pas toujours un militantisme féministe, mais tentent d'expliquer ou de justifier leur geste artistique. Ces artistes des années 2010 sont donc très présents sur les réseaux sociaux qui sont leur espace d'exposition préféré. Le hic : ces plateformes ne les laissent pas toujours poster. Après Facebook, la plateforme Youtube vient par exemple de dépublier une vidéo de Deborah De Robertis. Un écueil pour ces artistes qui ne veulent surtout pas perdre le lien avec le regard du public... si important pour eux.

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