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Le Soudan s'embrase

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Barricade à Omdurman, banlieue de Khartoum (Soudan), au lendemain de la démission du premier ministre Abdullah Hamdock , le 4 janvier2022.
Barricade à Omdurman, banlieue de Khartoum (Soudan), au lendemain de la démission du premier ministre Abdullah Hamdock , le 4 janvier2022.
© AFP - AFP

Le monde dans le viseur. La démission du Premier ministre soudanais Abdullah Hamdock a poussé la population dans la rue pour réclamer le départ de la junte militaire au pouvoir depuis la chute d'Omar Al-Bachir. Décryptage via une "photo d’alerte", pour Jean-Jacques Farré, directeur fondateur de la revue photographique Like.

Un cercle de feu, comme une gueule de dragon crachant des flammes inquiétantes, rouges et noires, isolant tel un cadre le regard grave et soucieux d’une jeune femme, voile brun posé à l’arrière de ses cheveux noirs. Au-dessus d’elle, les couleurs du drapeau soudanais. La scène se passe au Soudan, sur une barricade, le 4 janvier 2022 à Omdurman, la plus grande ville du pays, jumelle de Khartoum, posée en miroir de l’autre côté du Nil. Des centaines de manifestants sont là, criant des slogans contre le régime militaire, au lendemain de la démission du Premier ministre Abdullah Hamdock.

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Destitué par l’armée lors du putsch d’octobre, mis en résidence surveillée, isolé, intimidé, Abdullah Hamdock avait dû accepter de reprendre son poste au terme d'un accord conclu avec les militaires en échange de la libération de prisonniers politiques, pour continuer à accompagner le pays dans sa transition vers un pouvoir civil.

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En acceptant le marché brandi par la junte, il pensait, disait-il, mettre un arrêt aux effusions de sang.

À réécouter : Soudan : démission d'Abdallah Hamdok, symbole d'une révolution empêchée

La mobilisation de la rue

Les militaires, eux, ont trouvé dans cet accord le moyen de garder la main, tout en présentant à la communauté internationale, avec la figure de cet économiste internationalement réputé, cette caution qu'elle réclamait pour continuer à accompagner le Soudan, au bord de l'effondrement économique.

La rue soudanaise, elle, n'a pas pardonné ce compromis. Depuis six semaines, elle reprochait à Abdullah Hamdock d'avoir trahi la révolution en acceptant un marché de dupe. Mais sa démission a jeté à nouveau la foule dans la rue, face à un pouvoir ivre de répression.

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Une "photo d'alerte"

L'image est une "photo d’alerte", pour Jean-Jacques Farré, directeur et fondateur de la revue photographique Like.

Dans ce pays, où il est si difficile de faire des photos dans ce contexte de très grande répression, cette photo, pas forcément une très grande photo, est pourtant là pour nous mettre en éveil et nous dire : il se passe des choses à Khartoum.

Un éditeur photo, reprend-il, sera "forcément interpellé par le côté spectaculaire de l’image, ce pneu en feu très graphique".

C’est également, précise-t-il, une photo qui correspond aux attendus d’une photo d’agence, telle que l'AFP (qui la diffuse mais sans préciser le nom de son auteur, vraisemblablement pour des raisons de sécurité) qui doit contenir le maximum d’éléments visibles d’information sur le pays. "C’est le cas avec ce drapeau soudanais, qui apparaît au cœur du cercle de feu du pneu." Le personnage principal, une femme, jeune, renvoie aussi aux images iconiques du début du soulèvement soudanais.

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En avril 2019, une photo avait ainsi symbolisé la révolte de la population, celle d’une jeune femme, debout sur le toit d’une voiture, doigt pointé vers le ciel, interpellant la foule, scandant le mot "thawra", révolution. À ses pieds, des centaines de personnes, smartphones à la main, immortalisant ce moment.

Cette image de cette étudiante en architecture, Alaa Salha, alors âgée de 22 ans, a fait le tour du monde, et a donné le surnom de "Kandaka", nom des reines de la Nubie antique, à ces femmes soudanaises libres et révoltées.

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En revanche, note Jean-Jacques Farré, la photo ne permet pas de se rendre compte de l’ampleur réelle de la mobilisation. Les conditions de prise de vue, extrêmement périlleuses, ne le permettent probablement pas.

Vu la légère déformation que l’on constate, cette photo pourrait avoir été prise au smartphone. Elle correspond au grand angle dont ils sont équipés. L’arrivée de la technologie numérique avec les téléphones transformés en appareils photo a permis l’essor d’un journalisme citoyen où l’information était auparavant trop difficile à produire localement. Un smartphone, ça va vite, plus qu’un photographe classiquement équipé d’objectifs et de boîtiers, et cela permet la photo d’alerte, précisément, quand elle ne serait pas possible autrement.

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Jean-Jacques Farré se souvient ainsi de la force de témoignage dégagée par les photographies exposées l’été dernier aux Rencontres photographiques d’Arles : Thawra (Révolution), une exposition de jeunes photographes et activistes soudanais toutes prises au portable. "En échangeant avec eux, j’ai réalisé à quel point leur curiosité était intense, ils étaient nourris par l’image et parfaitement conscients de ce qui faisait qu’une photo allait frapper des lecteurs occidentaux. Sur leurs smartphones, ils lisent le Washington Post, parcourent les réseaux sociaux et s’en inspirent : le contexte, le nombre, le cadrage, la lumière… Ils ont compris ça très vite !"

À réécouter : Soudan : la révolution confisquée

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