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Le statut de la morale dans l'Encyclopédie

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©Flickr /Monceau
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L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert définit l’humanité comme une notion morale et en fait même une vertu. Cette notion renvoie à un ensemble de données empiriques concernant l’homme dans le monde, mais elle désigne également un devoir-être humain. Ce passage du fait (la nature humaine) au devoir (les devoirs de l’homme et du citoyen), et du devoir au droit (les droits de l’homme), pour autant qu’elle caractérise l’anthropologie politique et morale des Lumières, se trouve d’abord à l’œuvre dans le droit naturel moderne.

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Pour les jusnaturalistes, en effet, la loi* naturelle * prépare** la loi* civile* . Notre propos est de montrer comment la prépondérance du droit naturel dans l’Encyclopédie entraîne malgré tout un certain nombre de tensions. La première raison en est à chercher dans la pluralité des voix qui s’expriment au gré des articles du « Dictionnaire raisonné ». D’une certaine manière, cette pluralité ne fait que refléter les différentes interprétations du jusnaturalisme au fil de son élaboration progressive, mais on pourra se demander dans quelle mesure ces tensions ne sont pas constitutives du droit naturel lui-même. Une autre raison tient à la coexistence, dans l’Encyclopédie , de matrices philosophiques parfois très hétérogènes, antiques et modernes, chrétiennes et déistes, voire matérialistes (on verra néanmoins que cette dernière est loin d’être dominante).

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Tout se passe comme si l’Encyclopédie constituait un espace de dialogue, poursuivant d’une part celui ouvert par le droit naturel autour de Hobbes, d’autre part celui ré-ouvert par Mandeville contre la thèse d’une bienveillance naturelle de l’humanité telle qu’elle est proposée par Shaftesbury. Mais en procédant à un vaste recyclage des grandes philosophies de la morale et du droit, l’Encyclopédie dilue plus qu’elle ne les révèle les contradictions qui travaillent l’éthique des Lumières. L’objet de notre enquête sera d’abord de mettre à jour ces contradictions, de comprendre ensuite ce qui fait le lien entre ces voix discordantes, de réévaluer enfin la place exacte de Diderot dans cet ensemble.

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Un séminaire de Stéphane Pujol enregistré le 3 avril 2013