Le succès de la Musardine, éditeur érotique

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Le succès de la Musardine, éditeur érotique

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Depuis plus de 25 ans, la maison d’édition La Musardine fait la part belle à la littérature érotique. Voici comment grâce à des choix éditoriaux audacieux et un modèle économique précurseur son succès n’a jamais été démenti.

"BDSM, ça peut être humoristique, tout est envisageable, mais en tout cas, il faut vraiment que la question sexuelle soit centrale, c'est ce que l'on attend et aussi que ce soit excitant. C'est quand même un des buts de la littérature érotique et ce qui nous meut je pense que c'est vraiment la notion de plaisir", introduit Anne Hautecoeur, directrice de La Musardine. 

Maison d’édition érotique depuis plus de 25 ans, La Musardine voit son chiffre d’affaires augmenter d’année en année. Un succès qu’ils doivent à des choix éditoriaux forts et à un modèle économique précurseur où la vente par correspondance et les e-books sont rois. Voici les secrets de La Musardine. 

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Sortir de la fiction 

Quand Claude Bard fonde la maison d’édition en 1995 avec deux associés, il sait très bien où il veut aller. Il a édité pendant dix ans des romans érotiques formatés chez Media 1000 et aspire à de la nouveauté, de l’ouverture et du style.

Il fait entrer à La Musardine d’éminents auteurs érotiques : Sade, Musset, Louÿs ainsi que des pamphlets, des essais, et une collection de guides pratiques lancée en 2004 et nommée “Osez”…  

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"La collection porte bien son nom, c'est osé, mais en même temps, sans rien imposer, évidemment, en termes de schémas sexuels. Et cette collection a marqué un tournant parce qu'elle a très, très bien marché. Vraiment, les ventes se sont avérées très bonnes rapidement. Il y a eu dix ans où c'était clairement grâce à 'Osez' qu’on faisait la majorité de notre chiffre d'affaires à La Musardine. Et je pense que c'était vraiment un public très différent du public traditionnel de la littérature érotique. Pour les collections traditionnelles de littérature, c'était quand même, évidemment, un public plutôt masculin d'un certain âge. Là, ça a ouvert complètement le spectre", développe Anne Hautecoeur.

Avec la série “Osez”, ils investissent le champ du bien-être et du développement personnel, secteur en plein essor.  

L'importance des ventes dématérialisées

La Musardine profite de son approche intime de la littérature érotique pour exploiter toutes les formes de ventes de livre. Ainsi depuis 1995, ils vendent par correspondance via un catalogue. Un modèle délaissé par les autres maisons d’édition. 

"Je pense qu'un certain nombre de gens préfèrent recevoir nos livres par la poste plutôt que d'aller les demander à leur libraire. Donc voilà, ça s'explique avec cette notion de confidentialité", ajoute la directrice. 

Et depuis quinze ans, La Musardine se dématérialise en e-book. Une avance sur la plupart des éditeurs qui s’y sont seulement lancés avec l’explosion des liseuses en 2010. 

"Tout notre catalogue est disponible en numérique et au-delà, puisqu'on fait aussi des livres primo-numériques, ce qu'on appelle du primo-numérique, c'est-à-dire des livres qu'on n'a pas encore édités en papier", ajoute-t-elle. 

Ces ventes numériques représentent 30 % du chiffre d'affaires de La Musardine quand la plupart des éditeurs ne tournent qu’autour de 5%. 

Un nouveau public

2012. Alors que la maison d’édition a le vent en poupe et fidélise un cercle de clients, elle voit toquer à sa porte un tout autre public...

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"'50 nuances de Grey', ça a été tout d'un coup : découverte de la littérature érotique en France. Voilà tout d'un coup une espèce de phénomène d'une ampleur incroyable que nous, on n'avait pas vu venir. On avait entendu parler de ce succès aux Etats-Unis, mais on ne l'avait pas vu venir parce que pour nous, ce n'est pas de la littérature érotique faite au sens où on l'entend. Sauf qu'en France, pays de Sade, toutes les traditions des romans libertins, tout d'un coup, c'était ça la littérature érotique. C'était l'histoire d'une jeune femme qui rencontrait un milliardaire avec qui elle noue une relation plus ou moins BDSM, la découverte de la sexualité, ça a été très déstabilisant. On a un peu bénéficié de cet engouement envers la littérature érotique et surtout de la part du public féminin, ce qui était très nouveau en France. Il y a eu évidemment beaucoup d'auteurs féminins, notamment Françoise Rey, Pauline Réage, mais là, c'était tout d'un coup la vraie découverte", raconte Anne Hautecoeur. 

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La Musardine lance alors une collection pour ce nouveau public : “Point G”. Cela regroupe des textes écrits par des femmes, pour des femmes. 

Depuis toujours, les ouvrages sur la sexualité féminine ont une place de choix dans le catalogue, une place encore plus grande depuis l’arrivée de textes explicitement féministes. Cette ligne éditoriale, qui sort de la fiction, fait un pont vers d’autres formes de sexualité sans pour autant oublier la notion de plaisir. 

L’équipe de La Musardine, transformée en SCOP, défend, aujourd’hui, une organisation horizontale du travail. La gestion et les choix éditoriaux appartiennent totalement aux employés. 

Un fonctionnement rare dans le monde de l’édition qui souligne une envie de s’ouvrir à toutes les voix, tous les sujets en débusquant les nouvelles plumes de l’érotisme.