Le théâtre immersif, une nouvelle tendance ?

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Le théâtre immersif, une nouvelle tendance ?

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Théâtre | Vous n'avez pas pu passer à côté de ces trois lettres que l'on voit partout depuis quelques jours : DAU. Cette installation pharaonique vient de prendre ses quartiers à Paris avec la promesse de faire vivre une expérience unique. Mais cette forme de théâtre immersif est-elle vraiment nouvelle ?

Vous n’êtes pas en URSS dans les années 1950, mais bien à Paris en 2019. DAU, c’est le nom de cette installation pharaonique qui vient de prendre ses quartiers en plusieurs lieux de la capitale. Elle invite le spectateur à se plonger dans une ville à l’ère soviétique.

Est-ce une expérience théâtrale ? Une performance artistique ? Un parc à thème ?

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L’installation du DAU s’inspire du “théâtre immersif”, une forme de théâtre popularisée dans les années 2000 par la compagnie anglaise Punchdrunk. Elle fait tomber le “quatrième mur” entre la scène et le public et permet aux spectateurs de déambuler au milieu des acteurs dans des décors composés de plusieurs espaces. L’immersion passe aussi par les cinq sens.

Cette forme se développe en France. Le Secret, une usine désaffectée en plein Paris, a accueilli plusieurs adaptations de Shakespeare durant six mois. 

Il y a des émotions qu’on ne ressent vraiment nulle part ailleurs. Voir quelqu’un qui se donne de manière aussi certaine à 50 cm, parce qu’on ne triche plus à 50 cm. Ce qui génère chez le spectateur cette émotion si particulière, c’est la générosité de cet échange."

Léonard Matton, metteur en scène au Secret

Des expériences similaires de Shakespeare au Living theatre

Malgré l’engouement, l’implication du spectateur dans la scénographie n’est pas nouvelle, elle s’inspire d’autres expériences.

Au Moyen Âge, les “mystères” représentent au milieu des fidèles des épisodes bibliques. Joués d’abord dans l’église, ils sont ensuite joués dehors, sur le parvis, puis dans toute la ville. Au début du XVIIe siècle, Shakespeare ouvre le théâtre du Globe à Londres.

Il propose une arène théâtrale où le public n’est pas face à la scène mais tout autour.

À New York, le Living theatre, une troupe libertaire bouleverse les usages dans les années 1950 en invitant les spectateurs à improviser.

Elle développe le métathéâtre, une mise en abîme du théâtre dans le théâtre.

En France, dans les années 1960, Ariane Mnouchkine crée le Théâtre du Soleil. Tout est fait pour abolir la frontière entre la troupe et les spectateurs et créer une communauté. Les loges sont visibles du public, les comédiens font à manger et déchirent les tickets à l’entrée. Si le théâtre “immersif” pose la question du rapport au réel, il peut aussi être prétexte à un spectacle ludique.

Il touche un nouveau public qui privilégie le divertissement aux intentions politiques. Un public habitué à l'interactivité, au zapping, à la narration éclatée des séries. Mais laisser au spectateur sa liberté de mouvement fait-il vraiment de lui un spectateur actif ?

Sur actif/passif à la limite peu importe qu’on se lève ou pas, qu’on soit frontal à la scène ou pas mais l’important c’est de savoir pourquoi on a monté telle ou telle pièce, pourquoi on va voir telle ou telle pièce et comment on en ressort à l’arrivée quand on sort du théâtre, si on peut continuer ou si on doit continuer à être actif ou non."

Christian Biet, professeur d'histoire et esthétique du théâtre

En savoir plus : Qu'est-ce que le théâtre immersif?