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Le Traité transatlantique de libre-échange s'invite dans la campagne européenne

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Les négociations autour du traité de libre-échange entre l’Union européenne et les Etats-Unis (Transatlantic trade and investment partnership) marquent la dernière ligne droite de la campagne des Européennes. En France, les écologistes, le Front de gauche et le FN ont même placé le sujet au cœur de leur programme. Car il reviendra aux futurs députés européens d’approuver, ou non, ce traité.

Action du Parti de Gauche contre le Grand marché transatlantique à Paris, le 14 mai 2014.
Action du Parti de Gauche contre le Grand marché transatlantique à Paris, le 14 mai 2014.
© Maxppp - Xavier de Torres

Europe Ecologie-Les Verts, le Front de gauche et le Front national ont inscrit leur hostilité au traité au sein même de leur programme . Les écologistes s’inquiètent que les normes sociales, environnementales et sanitaires deviennent monnayables. Ils s’opposent également à la création de tribunaux d’arbitrages privés pour régler les litiges entre Etats et entreprises. José Bové , chef de file des écologistes, avec l’allemande Ska Keller, en vue de la présidence de la Commission européenne, a réclamé ce jeudi un référendum sur le traité.

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Le Front de gauche, comme le NPA ou Lutte ouvrière, est aussi contre le traité transatlantique. Jean-Luc Mélenchon en a fait le 7ème point de son programme, et son parti diffuse des vidéos virales mettant en scène « une brigade de poulets anti-Grand marché transatlantique ».

Le parti espère réitérer le coup du « non » au traité constitutionnel européen lors du référendum de 2005. La candidate du Front de Gauche pour les Européennes en Île-de-France, Raquel Guarrido , reconnaît auprès du Monde que «ce n'est pas une campagne hyper-simple à développer » , * mais en «* * dramatisant sur le GMT [Grand marché transatlantique, ndlr], ça donne une énergie spécifique sur le vote »* . Le mouvement veut faire du vote du 25 mai un « référendum anti-TTIP ».

Une résolution à l'Assemblée pour réclamer la suspension des négociations
C’est aussi le Front de gauche qui a proposé la résolution examinée ce jeudi à l’Assemblée nationale. Le texte exigeait une suspension immédiate des négociations. Mais la résolution - initialement écrite au vitriol contre le TTIP – a été** largement édulcorée** en commission (par des amendements PS).

« Dénaturée », même, selon les membres du groupe communiste. Ils ont finalement décidé de voter « contre ». Explications de Frédéric Says dans le journal de 18 heures :

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A l’autre extrême de l’échiquier politique, le FN se positionne contre la toute-puissance de multinationales non-européennes, si le traité est adopté. Marine Le Pen revient régulièrement sur ce thème dans sa campagne pour les européennes. Et les négociations entre l’UE et les Etats-Unis étant secrètes, elle assure tenir la preuve de la collusion entre ce qu’elle appelle « l’UMPS », l’Europe et les Etats-Unis. Une position partagée par Nicolas Dupont-Aignan .

Pour les autres principales familles politiques, la lecture de leur position n’est pas aussi évidente. Si au niveau européen, le Parti socialiste européen (PSE) et le Parti populaire européen (PPE) sont favorables au TTIP, ce n’est pas forcément aussi clair au niveau national.

Le PS français est officiellement favorable au Traité. François Hollande l’a défendu publiquement, lors d’une conférence de presse conjointe avec Barack Obama à Washington en février dernier : « Nous avons tout à gagner à aller vite sinon, nous savons bien qu’il y aura une accumulation de peurs, de menaces, de crispations ».

Conférence de presse conjointe de François...par elysee
Un aveu qui ne plait pas à l’aile gauche du PS qui s’inquiète en outre des implications du TIPP. Devant l’Assemblée ce jeudi, Henri Emmanuelli , député PS, a ainsi souligné que « les multinationales de l’énergie pourront attaquer les Etats sur leurs entraves au libéralisme. Le Québec a été condamnée par une entreprise américaine après avoir interdit l’extraction du gaz de schiste ».

Dans l’hémicycle ce jeudi, la secrétaire d’Etat au commerce extérieur**, Fleur Pellerin** , a bien tenté de rassurer les députés frondeurs : « Le fait que la commission ait pour objectif d’augmenter l’importation de matières premières depuis les Etats-Unis, n’a rien à voir avec l’exploitation du gaz de schiste. Aucune entreprise ne pourra faire condamner l’Etat. »

L’UMP, enfin, est largement en faveur du traité, même si quelques individualités comme Marc Le Fur et Xavier Bertrand se distinguent. Ce dernier s’était dit prêt à voter la résolution communiste visant à suspendre le traité transatlantique.

Les centristes de l’UDI et du Modem déplorent quant à eux le manque de transparence des négociations. Ils s’inquiètent aussi de la création d’un tribunal extrajudiciaire , habilité à régler les conflits entre entreprises et Etats. Le dernier mot reviendra au Parlement européen qui devra ratifier le traité une fois signé entre l’UE et les Etats-Unis.

> Retrouvez tous les programmes et articles de France Culture consacrés au Traité transatlantique

Le traité de libre-échange entre l'UE et les Etats-Unis (TTIP)
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