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Le triomphe du roman ado

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La saga Harry Potter, dont le dernier opus s'est vendu en mois à 600 000 exemplaires en France, a révélé l'ampleur du phénomène
La saga Harry Potter, dont le dernier opus s'est vendu en mois à 600 000 exemplaires en France, a révélé l'ampleur du phénomène
© Maxppp - Guillaume Georges / Le Parisien

Le livre jeunesse va-t-il détrôner en France les ventes de livres dits pour adulte, comme aux États-Unis ? Cela pourrait arriver très vite car le livre jeunesse représente déjà avec la BD 20% du marché de l'édition, et la moitié de ces livres sont des livres ado, appelés aussi livres young adult.

Qu'est-ce qu'un livre ado ou young adult ?

  • C'est ce que ne propose pas la littérature générale.

Il se déroule souvent dans un monde imaginaire. Sorcier, vampire, magie, créatures fantastiques, régimes orwelliens, ces romans explorent tous les genres : de la dystopie à la romance, au polar, au thriller, avec de la science fiction, fantastique ou fantasy, des romans d'anticipation, voire des livres érotiques soft. Ils ont tous en commun néanmoins, de s'appuyer sur des émotions ou des faits réels bien connus des adolescents explique Sylvie Vassalo, directrice du Salon du Livre jeunesse de Seine-Saint-Denis qui vient d'ouvrir ce mercredi :

"Le livre ado : un mélange d'évasion et de réel"

2 min

Au Salon du livre jeunesse 2016, le livre ado est omniprésent
Au Salon du livre jeunesse 2016, le livre ado est omniprésent
© Radio France - Cécile de Kervasdoué

Dans les années 80, les éditeurs ont multiplié les efforts pour proposer un seuil intermédiaire entre le livre pour enfants et le livre pour adultes. Les romans d'aventure, les romances, les polars et surtout les fictions analysant le quotidien et les émotions des adolescents ont fleuri dans les rayons avec une tendance qui s'est creusée au fil des ans : sortir les jeunes des lectures aseptisées. Aujourd'hui, la tendance est donc aux fait réels traités et proposés à travers des fictions. Dans ces romans, il est question de viol, de cancer, de brutalité, de mort.

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Le roman de Patrick Bard 'Et mes yeux se sont fermés' est l'histoire d'une jeune lycéenne embrigadée par Daech. Tout le processus de radicalisation y est posé page après page. C'est dur, ça fait mal, ça fait peur. Cela n'a rien à voir avec un livre d'enfant et ça plaît aux 15-30 ans." Pep Lopez, directeur artistique de Syros Editions.

L'histoire de Maëlle, qui devient Ayat, a été publiée cet été chez un éditeur jeunesse, dans la catégorie "young adult"
L'histoire de Maëlle, qui devient Ayat, a été publiée cet été chez un éditeur jeunesse, dans la catégorie "young adult"
  • Cela représente 40% du marché du livre jeunesse en France.

Ce type de roman ado ou young adult n'a donc rien de très nouveau. Mais il passe complètement inaperçu des médias traditionnels, qui l'ignorent depuis la fin de la seconde guerre mondiale le traitant comme de la sous littérature. Seulement aujourd'hui, plus possible de passer à côté car la saga Harry Potter, dont le dernier opus s'est vendu en mois à 600 000 exemplaires en France, a révélé l'ampleur du phénomène.

Ce sont donc les bloggueurs et booktubers qui font le lien entre les auteurs et les lecteurs. Hyperconnectés, ils sont ultra présents sur les réseaux sociaux et ultra prescripteurs de ce genre. Ils sont donc au même titre que les auteurs toujours présents sur les Salons du livre jeunesse et certains travaillent maintenant directement avec les maisons d'édition. Car depuis dix ans, toutes les grandes maisons d'édition se sont lancées dans ce marché : « Romans grands formats » chez Nathan, « Castelmore » chez Bragelonne, « R » chez Robert Laffont, « Wiz » chez Albin Michel... et une foultitude de petites maisons qui se spécialisent dans l'import.

A lire : La nouvelle donne de l'édition : les booktubers

Le début d'une french touch ?

Pour l'instant, la plupart de ces romans sont encore des traductions qui viennent des États-Unis ou de Grande-Bretagne où le marché du young adult est implanté depuis longtemps. Mais les choses changent en France. Le phénomène U4 par exemple, l'année dernière ,chez Syros Nathan, a connu un énorme succès avec pas moins de 200 000 exemplaires vendus. Il faut dire que le projet est très innovant puisqu'il part de 4 auteurs qui ont décidé d'écrire 4 romans d'une même partition. Le cinquième tome, "Contagion", qui sort en ce moment est une fan-fiction à la française. Un phénomène qu'explique Pep Lopez, directeur artistique chez Syros Editions :

Le phénomène U4 : le livre collectif et interactif

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© Radio France - Cécile de Kervasdoué

Beaucoup d'auteurs passent du roman adulte au roman jeune adulte parce qu'ils retrouvent une forme de liberté. Le problème avec la littérature française c'est qu'elle est tellement obsédée par le style qu'elle en oublie l'histoire. Les jeunes ont besoin d'être emportés par une histoire et des personnages dès la première page et jusqu'à la fin d'un livre. Victor Dixen, auteur de la série Phobos.

"Pourquoi j'écris du livre ado". Victor Dixen, auteur de "Phobos"

1 min

Bien sûr, il y a les adaptations cinématographiques qui galvanisent le genre. Il y a l'attrait pour les séries, pour des personnages que l'on retrouve, mais l'une des spécificités des romans ado ou young adult français est qu'il n'y a pas d'école d'écriture en France. La structure de ces fictions est donc moins "formatée" qu'aux États-Unis par exemple et chez les Français, elles piochent souvent dans un univers historique spécifique. Les guerres napoléoniennes pour "Animale", de Victor Dixen chez Gallimard, ou bien l'ambiance de la Belle Époque européenne dans ""La Passe-Miroir", de Christelle Dabos publié chez Gallimard, sont sans doute des romans vraiment uniques et vraiment français.