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Législatives 2022 : Emmanuel Macron perd sa majorité face à la Nupes et percée historique du RN

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L'hémicycle de l'Assemblée nationale le 10 mai 2022.
L'hémicycle de l'Assemblée nationale le 10 mai 2022.
© Maxppp - Olivier Corsan / Le Parisien

Ces législatives de confrontation entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon ont tourné à l'avantage de l'alliance de gauche, désormais première force d'opposition. Le Rassemblement national obtient un groupe très puissant. Quand les Républicains apparaissent déterminants pour la majorité.

Vote sanction, cinglant, pour Emmanuel Macron ce 19 juin, deux mois après sa réélection. La majorité présidentielle perd très largement sa majorité absolue, avec 245 sièges sur les 577 de l'Assemblée selon le ministère de l'Intérieur, et le gouvernement est à remanier en raison de la défaite d'une secrétaire d'État et de deux ministres, dont Amélie de Montchalin, à la Transition écologique. Des ténors de la macronie comme Richard Ferrand ou Christophe Castaner sont aussi sortis. L'alliance de gauche de la Nupes et le Rassemblement national surgissent en groupes d'opposition majeurs à l'Assemblée. Et Les Républicains et l'UDI cumulent 64 sièges, contre une centaine précédemment. Avec une abstention à 53,77% des inscrits. Il n'y aura pas de cohabitation en tant que telle mais "On entre dans une terre inconnue" d'après l'historien Nicolas Roussellier, avec une situation inédite et extrêmement compliquée à gérer à l'Assemblée. Le nouvel hémicycle comptant 37,3% de femmes, en recul par rapport à 2017 (39%).

Renouvellement des élus, profil sociologique, féminisation. Le nouveau visage de l'hémicycle dessiné par Nicolas Balu. Avec une moyenne d'âge de 48 ans et demi.

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Emmanuel Macron fragilisé et un "quinquennat mort-né"

Contrairement à ce que les législatives ont permis depuis l'inversion du calendrier avec l'élection présidentielle, elles n'ont absolument pas conforté la majorité ce dimanche. Pas de vote de confirmation de la présidentielle cette fois, au contraire. Elles signent un désaveu très marqué pour la majorité présidentielle et Emmanuel Macron. D'après le ministère de l'Intérieur, la coalition de la majorité Ensemble ! obtient 245 sièges. Nous sommes très loin des 289 sièges nécessaires à la majorité absolue. Si les plus optimistes de la macronie pariaient sur un sursaut emmené par le président de la République, notamment entre les deux-tours, le déplacement d'Emmanuel Macron en Ukraine n'a pas eu l'effet escompté. Tout comme semble-t-il la dramatisation du scrutin. Sans oublier le cafouillage des consignes de vote lors des duels RN/Nupes, renvoyés dos-à-dos par certains pontes de la macronie, qui a achevé de créer le trouble au sein de la majorité, autant que chez certains électeurs.

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"La majorité se retrouve prise en étau sur sa gauche et sur sa droite, avec quasiment le même nombre de députés pour le groupe LFI et RN (autour de 85 députés)" constate ce soir  Frédéric Says, éditorialiste sur notre antenne. "C'est un vote sanction inédit qui conduit à se demander comment ce quinquennat va pouvoir s'engager ?" analyse Gérard Courtois. "La seule solution pour Emmanuel Macron est un accord politique avec les Républicains pour bénéficier de leur très bon score.", ajoute l'éditorialiste politique, qui parle d'"un quinquennat mort-né". Selon lui, "Cela fait basculer le dispositif présidentiel à droite de manière très claire et cela rend caduque toute la démarche d'Emmanuel Macron depuis cinq ans, précisément de ne pas retomber dans ces ornières du monde ancien, disait-il".

L'ambiance n'était pas à la fête ce dimanche soir au QG d’En Marche dans le 8e arrondissement de Paris. Reportage de Rosalie Lafarge

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Alors que des figures de LR, comme Jean-François Copé, appellent à un pacte de gouvernement avec le camp présidentiel, le président des LR Christian Jacob a déclaré ce dimanche soir "Nous avons fait campagne dans l'opposition, nous sommes dans l'opposition et nous resterons dans l'opposition. Ce sera, comme nous l'avons toujours fait, une opposition constructive mais une vraie opposition à Emmanuel Macron, qui aura tout détruit. Son quinquennat aura été un échec total, c'est ce qui amène ce résultat aujourd'hui". Avant que la Première ministre Élisabeth Borne n'annonce : "Nous travaillerons dès demain à construire une majorité d'action, il n'y a pas d'alternative".

Émission spéciale
2h 13

Yves Bardon, d'Ipsos, rappelle pour expliquer cette défiance très significative à l'égard d'Ensemble ! la période passée des "gilets jaunes", celle du Covid, et "énormément de frustrations exprimées depuis des années". "On a l'impression que Emmanuel Macron était élu mais c'était parce qu'il était en face de Marine Le Pen, donc c'était aussi face à un repoussoir. La France était divisée, fracturée et maintenant elle est absolument ingouvernable." ajoute le politologue.

"Nous entrons dans une expérience parlementaire, une expérience même constitutionnelle aussi nouvelle, aussi incroyable qu'avait été en 1986 la première cohabitation. Mais nous ne sommes pas là dans une cohabitation. Nous entrons dans une troisième Ve République", a aussi analysé sur notre antenne l'historien Nicolas Roussellier. "Mais la nouveauté historique de ce qu'il se passe ce soir, de cette Assemblée ingouvernable, est peut-être, à beaucoup d'égards, plus inquiétante. Justement par son côté incertain, cette nouveauté par rapport ce nous avions vécu avec les trois cohabitations. Et le macronisme est atteint ce soir dans sa forme même d'avoir voulu renouveler les vecteurs de la politique." conclut-il.

44 voix manquantes pour constituer une majorité absolue et des discussions qui promettent d'être compliquées pour pouvoir légiférer. Analyse de Stéphane Robert

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Loin de la majorité relative de Michel Rocard de 1988 (275 députés), qui était parvenue à faire voter ses textes grâce à l'appoint de députés centristes ou ultra-marins, quitte à recourir à l'article 49.3, la nouvelle majorité étriquée de la macronie devra rivaliser d'ingéniosité et de conviction pour espérer faire voter ses textes. À défaut, il reste à Emmanuel Macron une dernière arme, hautement risquée : la dissolution de l'Assemblée nationale, prérogative que lui garantit l'article 12 de la Constitution.

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Un gouvernement à remanier

Quinze ministres étaient présents au second tour de ces élections législatives. Trois avaient terminé en deuxième position au premier tour. Et l'exécutif avait rappelé avant le scrutin la règle pour les ministres défaits. Édictée en 2017 par Emmanuel Macron, et héritée de Nicolas Sarkozy, elle établit que tout ministre battu dans une élection doit démissionner de ses fonctions.

La Première ministre Élisabeth Borne a été élue de justesse dans le Calvados face au candidat de la Nupes Noé Gauchard avec 52,46% des suffrages exprimés. Un score extrêmement faible dans une circonscription qui lui était sur le papier largement favorable.

Mais Amélie de Montchalin, la ministre de la Transition écologique et proche d'Emmanuel Macron, est battue par Jérôme Guedj, candidat de la Nupes, dans l'Essonne. Brigitte Bourguignon, ministre de la Santé et sortante dans la sixième circonscription du Pas-de-Calais, battue par sa rivale RN Christine Engrand, devra aussi quitter le gouvernement. Idem pour la députée sortante de Guadeloupe et secrétaire d'État chargée de la mer Justine Bénin, face à Christian Baptiste, maire de Sainte-Anne et candidat de la Nupes, élu avec 58,65 % des suffrages.

Au soir de la défaite d'Amélie de Montchalin. Reportage dans l'Essonne de Julie Pacaud

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Pour le reste, parmi les ministres victorieux figurent le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin dans le Nord, son collègue des Solidarités Damien Abad dans l'Ain, Olivier Dussopt (Travail), Franck Riester (Commerce extérieur), Marc Fesneau (Agriculture), Olivier Véran (Relations avec le Parlement), Yaël Braun-Pivet (Outre-mer) et Gabriel Attal (Comptes publics).
La porte-parole du gouvernement Olivia Grégoire et ses collègues Stanislas Guerini (Fonction publique) et Clément Beaune (Europe) l'ont emporté à Paris après une bataille acharnée face à des candidats de la Nupes.

Emmanuel Macron va donc devoir compléter et ajuster son gouvernement. "Peut-être sera-t-il tenter d'y intégrer des représentants d'autres forces politiques avec qui il espère pouvoir discuter pour dégager des majorités ponctuelles à l'Assemblée. Mais qui accepterait d'y entrer sans être accusé de trahison ? On a bien du mal à répondre à cette question." constate notre chef du service politique Stéphane Robert.

Autre revers pour le chef de l'État, plusieurs barons de la macronie ont aussi été sortis. Richard Ferrand, l'ancien président de l'Assemblée et grognard du Président, est éliminé par Mélanie Thomin, de la Nupes, dans le Finistère. Christophe Castaner, président sortant du groupe LREM à l'Assemblée et ancien ministre de l'Intérieur, s'incline lui aussi à l’issue d’un match très serré avec Léo Walter, autre candidat de la Nupes, dans son fief des Alpes-de-Haute-Provence. L'ex-ministre des sports Roxana Maracineanu s'est inclinée dans le Val-de-Marne contre la femme de chambre Rachel Keke, toujours de la Nupes. Tout comme l'ancien président du groupe Modem à l'Assemblée, Patrick Mignola, en Savoie, face à Jean-François Coulomme (Nupes).

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Les Matins
2h 00

Un groupe historiquement puissant pour le Rassemblement national

C'est une première depuis 1986 et une surprise majeure de ce dimanche. On prévoyait 20, 30 ou 40 sièges pour le RN, déjà à nouveau finaliste de la dernière élection présidentielle. D'après le ministère de l'Intérieur, il en obtient 89 ! Le RN était au second tour dans 121 circonscriptions en 2017 et 208 cette fois. Avec huit députés en 2017 et onze fois plus désormais. "Pour la première fois, des candidats Rassemblement national s'imposent en grande partie au scrutin majoritaire à deux tours", souligne Stéphane Robert, le chef du service politique de France Culture. Gérard Courtois racontant que Jean-Marie Le Pen avait souhaité à sa fille de faire mieux que lui en 1986. Il menait à l'époque 32 députés du Front national et 3 du petit mouvement conservateur CNIP, elle en obtient trois fois plus !

Le président par intérim du Rassemblement national Jordan Bardella a salué dimanche soir un "tsunami". "C'est une vague bleue marine partout dans le pays. L'enseignement de ce soir, c'est que le peuple français a fait d'Emmanuel Macron un président minoritaire", s'est-il réjoui sur TF1. "Nous incarnerons une opposition ferme, sans connivence, responsable, respectueuse des institutions, parce que notre seule boussole, c'est l'intérêt de la France et du peuple français", a précisé de son côté Marine Le Pen depuis son QG de Hénin-Beaumont.

La forte mobilisation de l'électorat du RN dans les zones rurales et périurbaines confirme l'enracinement local du parti d'extrême droite dans le paysage politique. Des départements entiers basculent, la Haute-Marne, la Haute-Saône, l'Aude, les Pyrénées orientales et dans le Var, le Vaucluse et l'Eure presque tous les candidats RN sont élus. "Pour beaucoup dans des territoires à l'écart des grandes villes ou dans leur périphérie lointaine, là où sévit de façon particulièrement accrue la fermeture des commerces et la désertification médicale et là où l'on le sentiment d'abandon vis-à-vis du pouvoir central est souvent très fort" commente Stéphane Robert.

Marine Le Pen est largement réélue dans le Pas-de-Calais face à la candidate de la Nupes Marine Tondelier, avec 61,03% des suffrages. Et elle a revendiqué ce lundi matin la présidence de la prestigieuse commission des Finances de l'Assemblée nationale. Très convoitée, elle est traditionnellement dirigée par le groupe d'opposition le plus important. Une chose est sûre : cette victoire va venir renflouer les 23 millions d'euros de dettes du RN. Le jackpot à venir est estimé à plus de 10 millions d'euros par an.

Le Reportage de la Rédaction
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"Un chiffre a été trop peu commenté à l'issue du premier tour, c'est que le RN avait obtenu 19% des voix" pointe Frédéric Says. Pour Gérard Courtois, le score de ce second tour est "porté par un rejet radical, profond, d'Emmanuel Macron, de sa politique et de son style et par le socle populaire de cet électorat". Et il est aussi le fruit de candidats attirés par la nouvelle stratégie de Marine Le Pen et qui "n'avaient plus de débouchés dans les autres partis, notamment à droite".

La Nupes première force d'opposition

L'alliance de gauche obtient 131 sièges selon le ministère de l'Intérieur. La France insoumise devrait compter au moins 72 députés, le PS 26 élus et le PCF 12. Les écologistes étant en mesure de constituer un groupe grâce à leurs 23 députés.

Le chef de file de la Nupes Jean-Luc Mélenchon, qui n'était pas de nouveau candidat à l'Assemblée, a estimé dimanche que la "déroute du parti présidentiel" était "totale" et qu'"aucune majorité" ne se présentait, une situation "inattendue" et "inouïe". De fustiger "l'échec moral" des membres de la majorité "qui donnaient des leçons à tout le monde sans arrêt et qui se prétendaient le barrage à l'extrême-droite et qui ont eu pour principal résultat d'en avoir renforcé les rangs". "Sur 65 face à face entre la Nupes et le RN, les donneurs de leçon ont été incapables de donner une consigne claire dans 52 cas, ce qui les disqualifie à faire des leçons de morale pour qui que ce soit", a accusé celui qui a déploré une trop forte abstention.

La victoire en chantant au QG de la Nupes, à l'Élysée-Montmartre, à Paris. Reportage de Claire Flochel

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Sur la base de l'Assemblée sortante, en ajoutant les différentes composantes de la Nupes, l'alliance de gauche double la masse de son groupe. "C'est un succès" relève Gérard Courtois, mais c'est aussi "plus qu'une contre-performance quand on pense que depuis plus d'un mois et demi Jean-Luc Mélenchon appelait les électeurs à l'élire Premier ministre". Et "le vote populaire va sur le Rassemblement national, très peu sur les Insoumis, les socialistes ou les écologistes" détaille le journaliste politique.

La sociologue et politologue Anne Muxel a également nuancé cette victoire sur notre antenne : "C'est un résultat peut-être un cran en dessous par rapport non seulement à ce qui était annoncé ou espéré du côté de la Nupes mais aussi par rapport à cette campagne extrêmement active que la Nupes a mené, ce projet d'union quand même réussi. Mais ce n'est pas le raz-de-marée espéré". Selon elle, des votes de jeunes ont aussi manqué du fait de l'abstention.

Après son union pour la campagne, la Nupes devra aussi pouvoir maintenir sa cohésion dans les rangs de l'Assemblée et dans ses interventions médiatiques. Dès ce dimanche soir, le chef de file des communistes, Fabien Roussel, semblait assez désabusé par les résultats de la Nupes, en même temps qu'impatient de faire entendre sa différence.

La Nupes unie pour combien de temps ? Analyse de Julie Pacaud

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L'abstention au second tour des législatives, ce dimanche, a atteint 53,77%, selon le ministère de l'Intérieur. En 2017, elle était de 57,36% au second tour et au premier tour dimanche dernier elle avait atteint 52,5% des inscrits.

Avec AFP et Reuters