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Lèpres

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Yomeddine d'Abu Bakr Shawky
Yomeddine d'Abu Bakr Shawky
- Le Pacte

Cannes 2018. Pas beaucoup de cinéma, malheureusement, dans le feel good movie égyptien et éloge de la différence qu’est Yomeddine, d’A.B. Shawky, seul premier film de la compétition. On aura préféré se rendre au Donbass, tel que dépeint par l’Ukrainien Sergeï Lozntisa dans un portrait charge qui divise à Cannes.

Chronique Cannes Antoine Guillot - PODCAST

2 min

Yomeddine, ça veut dire "Jour du Jugement dernier", quand tous les hommes seront égaux, et non jugés selon leur apparence. C'est une gageure cinématographique, depuis au moins les Freaks de Tod Browning : faire accepter au spectateur un corps différent, voire monstrueux à l'écran, et l'amener à s'identifier à lui. Avec Elephant Man en référence, le jeune réalisateur égyptien A.B. Shawky, qui signe avec Yomeddine le seul premier film de la compétition, a pris le pari de donner le rôle principal à un véritable lépreux, Rady Gamal, et il s'en sort plutôt bien, sans complaisance ni dolorisme. Bien au contraire, il a voulu faire de ce road-movie, qui va voir notre héros traverser l'Egypte en charrette à âne accompagné d'un jeune orphelin, un feel-good movie, un de ces films qui veut vous faire du bien, et c'est sans doute là qu'il achoppe : ce qui se voudrait également un portrait en coupe de la société égyptienne, sa police arbitraire, son islamisme rampant, son intolérance à l'altérité (car notre héros, non content d'être lépreux, est également chrétien, ce qui n'arrange rien), n'est finalement qu'une succession maladroites de saynètes inoffensives et sans aucune idée de mise en scène, sauf celle de monter à fond le volume de la musique pour provoquer l'émotion. Un peu facile...

Homo sovieticus

Comme dans Une femme douce, présenté l'an dernier en compétition, le cinéaste ukrainien Sergeï Loznitsa continue à traquer ce qu'il reste aujourd'hui de l'homo sovieticus. Territoire de choix pour lui : le Donbass, cette région séparatiste de l'Ukraine où des milices russophones, appuyés par des soldats russes, ont pris le pouvoir depuis 2014. Dans une narration type marabout d'ficelle, où chaque scène en entraîne une autre, et d'impressionnants plans séquences, Loznitsa fait le portrait d'un territoire mis en coupe réglée par des gangsters déguisés en patriotes, où les civils humiliés sont manipulés pour se transformer en foules haineuses. Un portrait charge, ce qui divise beaucoup les spectateurs, ici à Cannes, mais qu'on peut aussi voir comme une critique acéré, via le miroir grossissant de cette micro-société néo-soviétique, de ce qu'est la Russie contemporaine en son entier. Hier, un film russe était également présenté en compétition. Son réalisateur, Kirill Serebrennikov, n'était pas là : assigné à résidence à Moscou, il était représenté par un fauteuil vide. Il a été longuement applaudi...

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